"Il n'y a pas de rapport
sexuel" :
HPG, sa vie, son
sexe, sa dévoration
Une scène du film documentaire français de
Raphaël Siboni, "Il n'y a pas de rapport
sexuel".
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Une scène du film documentaire français de
Raphaël Siboni, "Il n'y a pas de rapport
sexuel".CAPRICCI FILMS |
Dans l'hypothèse où l'on prendrait ce film
en cours de route, Il n'y a pas de rapport
sexuel se donnerait à voir comme un making
of de films X d'HPG. Un montage de séquences
tournées dans le studio de ce personnage
hors norme, hardeur professionnel,
réalisateur, cadreur et producteur de films
porno, qui s'illustre régulièrement par
ailleurs comme auteur de films indépendants
"classiques" (HPG, mon vit mes oeuvres, On
ne devrait pas exister...), prisés des
festivals et de la critique cinéma.
La matière en soi est passionnante. Mais
elle est loin de résumer ce film, qui
échappe à toutes les catégories existantes,
né de la rencontre entre HPG et le vidéaste
Raphaël Siboni. Le producteur Thierry Lounas
les a mis en relation quand il a découvert
que le premier accumulait depuis des années
des milliers d'heures de rushes de making
of. Laissant tourner plusieurs heures par
jour, à différents endroits de son studio,
une caméra posée sur un trépied, HPG avait
recréé là son propre petit loft, sans bien
savoir à quoi pourraient servir les images.
Siboni a tout visionné et en a tiré un film.
La première question que pose ce film est
donc celle de l'identité de l'auteur. Signé
Siboni, il n'existerait pas sans la folle
volonté d'archivage d'HPG, sans sa
personnalité dévorante d'orchestrateur
mégalomane des corps et des images. Et,
pourtant, celui-là dit ne pas assumer le
film. En même temps, il accepte d'en faire
la promotion...
La grande réussite du projet tient à cette
manière qu'il a de brouiller les repères, à
tous les niveaux. Le mélange des genres
inhabituel que fabrique l'industrie du X, où
le sexe, l'argent et le pouvoir se mélangent
ouvertement, met à mal, pendant une heure et
demie, les certitudes et les modes de
représentation du spectateur. Il n'y a pas
de rapport sexuel n'est pas un making of de
film porno, c'est une oeuvre conceptuelle
troublante, qui ouvre chez le spectateur des
abîmes de questionnement - sur la sexualité
(à l'heure d'Internet accessoirement), sur
les mystères du désir et du plaisir, de la
domination et de l'aliénation, sur le
rapport à soi, à l'autre, la part qu'y prend
l'image... Le fait que Siboni vienne de
l'art contemporain et non du cinéma, qu'il
se soit largement illustré par une pratique
collaborative (avec l'artiste Fabien Giraud
notamment), n'y est sans doute pas pour
rien.
Que montre ce film ? Des hardeurs en action.
Rien d'érotique toutefois, rien de
véritablement excitant. Le cinéma en général
est affaire d'angle de vue, et ce film où
l'on voit HPG tourner dans toutes les
positions possibles - à genoux, debout,
allongé sur le dos sous une table - le
montre admirablement. Reculez la caméra d'un
mètre, et au lieu de l'acte sexuel suggéré
par le gros plan de visage gémissant qu'HPG
est en train de filmer, vous verrez un
acteur nu balancer le rocking-chair sur
lequel est allongée sa partenaire et lui
claquer les cuisses pour simuler le bruit
des chairs qui s'entrechoquent.
Le porno est un secteur professionnel, les
acteurs en sont les techniciens. Ils sont
tous introduits, ici, par un plan de face,
présentant leur carte d'identité et leur
carte Vitale (floutés, pour protéger
l'identité de ces personnages qui portent
tous des pseudos). C'est un boulot, et comme
pour n'importe quel boulot, il y a des jours
où on a moins envie d'y aller, il y a des
collègues qu'on apprécie et d'autres moins.
Certains vous excitent, avec les autres il
faut simuler.
C'est un travail, mais un travail qui met en
crise la notion de travail. Le mélange qui
s'opère dans le studio, notamment, entre
professionnels et non-professionnels
participe au brouillage des frontières. De
plus en plus d'amateurs, on le voit,
participent pour leur propre plaisir à des
tournages de films porno. On voit ainsi des
jeunes femmes étrangères au milieu venir
passer une après-midi pour réaliser un de
leurs fantasmes devant la caméra d'HPG.
L'une d'elles est tellement secouée par le
plaisir qu'elle en a tiré qu'elle finit en
pleurs, comme touchée par la grâce. En bon
patron de PME, HPG profite de cette manne
formidable que sont ces performeuses
amatrices, comme il profite de tout ce qui
vient à lui. On peut y voir du cynisme, ou
simplement une stratégie de survie. De la
part de ce trublion qui revendique
volontiers ses origines prolétaires, cette
manière de faire feu de tout bois relève
aussi d'un pragmatisme subversif,
parfaitement en phase avec son époque.
Le film met constamment en jeu un nuancier
de contradictions déroutant, sans jamais
asséner de jugement. Une même scène pourra
être appréciée pour son aspect comique (HPG
qui filme nu, sans un poil sur le caillou ni
ailleurs, prêt à sauter dans l'arène, est un
des corps burlesques les plus délirants du
cinéma français contemporain), ou rejetée
pour sa cruauté déprimante. "La chair est
triste, hélas !" Jamais la phrase de
Mallarmé n'a paru si à propos que dans les
premières scènes de ce film. Dans les
dernières, la pétulante Ana et le couple
d'acteurs gays tout harnachés qui se
préparent à tourner donnent l'impression, au
contraire, qu'elle n'a jamais été si
ludique. Alors, quoi ?
LA BANDE-ANNONCE
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Film documentaire français de Raphaël Siboni
avec HPG, Phil Holliday. (1 h 18.)
Isabelle Regnier
Article paru dans l'édition du 11.01.12
Il n'y a pas de rapport
sexuel Bande Annonce (2012)
by
Filmsactu
Il n'y a pas de rapport
sexuel. Bande annonce du
film documentaire de
Raphael Siboni. Un
portrait de HPG,
l'acteur, réalisateur et
producteur de films
pornographiques,
entièrement conçu à
partir des milliers
d’heures de making-of
enregistrées lors de ses
tournages. Plus qu’une
simple archive sur les
coulisses du X, ce film
documentaire
s’interroge sur la
pornographie et la
passion pour le réel qui
la caractérise. Sortie
du film au cinéma le 11
janvier 2012 ©FilmsActu.com.
LEMONDE | 10.01.12 |
15h20 • Mis à jour le
10.01.12 | 17h49
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