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Films d'Histoire et libertinages
 

 

Dans " Vénus noire ", d'Abdellatif Kechiche, Yahima Torres joue la " Vénus hottentote " qui fascina l'Europe de Napoléon. DR

  Jesse Eisenberg et Yahima Torres : on attend de voir ces deux-là sur les écrans de cinéma avec plus d'impatience que Jean Dujardin ou Angelina Jolie, même si leurs noms sont quasi inconnus. Jesse Eisenberg est un jeune acteur américain plutôt doué, cantonné jusqu'à maintenant aux rôles d'adolescent. Il passe d'un coup à celui de maître du monde puisqu'il incarne Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook, dans The Social Network, de l'Américain David Fincher, qui sort le 13 octobre.

A la question de savoir comment le jeune Jesse va se sortir d'un rôle aussi écrasant - d'autant que le personnage n'inspire pas forcément la sympathie -, s'ajoute celle de la façon dont Fincher va traiter le sujet. La construction d'une multinationale, fût-elle virtuelle, ne suscite pas les vertiges de fiction de ses films précédents, que l'on contemple les esprits criminels (Seven, Zodiac) ou qu'on inverse le cours de la vie (Benjamin Button).

Abdellatif Kechiche, lui aussi, s'est aventuré loin de son terrain d'élection. Présenté au festival de Venise, qui débute le 1er septembre, et distribué en France à partir du 27 octobre, Vénus noire est un film historique, dont l'interprète principale est une débutante, Yahima Torres. A elle la charge de donner vie à Saartjie Baartman, la " Vénus Hottentote " venue d'Afrique du Sud et exhibée à travers l'Europe de Wellington et Napoléon. Le récit d'une servitude, d'une déchéance, très loin dans le temps du collège de L'Esquive ou de la péniche de La Graine et le mulet.

Ce qui ne veut pas dire qu'on n'attend rien de Jean Dujardin ou d'Angelina Jolie. Le premier est à l'affiche des Petits Mouchoirs (20 octobre), troisième film du réalisateur Guillaume Canet, qui a réuni une dizaine d'amis - Jean Dujardin, François Cluzet, Marion Cotillard, Benoît Magimel, Pascale Arbillot... - pour un très long (2 h 25) métrage dont la bande-annonce évoque furieusement Les Copains d'abord (1983), de Lawrence Kasdan. Angelina Jolie s'égarera à nouveau, après Salt actuellement à l'affiche, dans un labyrinthe d'intrigue internationale, avec The Tourist (15 décembre), premier film américain de Florian Henckel von Donnersmarck, l'auteur allemand de La Vie des autres.

Comme le veut le calendrier liturgique du cinéma français, cet automne sera en partie consacré aux films découverts en mai à Cannes. Des hommes et des dieux, qu'a inspiré à Xavier Beauvois l'assassinat des moines de Tibéhirine, en Algérie, sort dès le 8 septembre, deux semaines avant Hors-la-loi de Rachid Bouchareb. Sur la Croisette, cette évocation de l'action du FLN en France pendant la guerre d'Algérie avait suscité la colère de gens qui ne l'avaient pas vue. Un potentiel d'audience important pour Hors-la-loi, si chaque protestataire a l'honnêteté de vérifier qu'il avait bien raison de s'indigner.

Viendront ensuite Un homme qui crie, un vrai film de guerre, du Tchadien Mahamat Saleh Haroun (29 septembre), le magnifique documentaire chilien Nostalgie de la lumière, de Patricio Guzman (27 octobre), La Princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier, ou Des Filles en noir, drame de l'adolescence signé Jean-Paul Civeyrac, vu à la Quinzaine des réalisateurs (tous deux le 3 novembre).

Il y a d'autres festivals que Cannes. Après être passé par le Lido, Happy Few, d'Antony Cordier, film audacieux sur des amours modernes - avec Marina Foïs, Elodie Bouchez, Roschdy Zem et Nicolas Duvauchelle - sortira dès le 15 septembre. Potiche, de François Ozon, qui offre à Catherine Deneuve un rôle créé sur scène par Jacqueline Maillan, mettra un peu plus de temps à rentrer à la maison (10 novembre).

On s'égarera dans Au fond des bois, venu de Locarno, film hypnotique par son sujet et âpre par son traitement, de Benoît Jacquot (13 octobre). Enfin, c'est à Berlin qu'on avait subi le choc du Soldat dieu, de Koiji Wakamatsu (1er décembre), charge d'une violence terrifiante contre le militarisme japonais. En même temps, la Cinémathèque française rendra hommage à ce vieux maître de la subversion.

On prévoit également une éruption d'amours juvéniles avec deux films présentés dans la section Un certain regard à Cannes : Les Amours imaginaires, du Québécois Xavier Dolan (29 septembre), et Kaboom de l'Américain Gregg Araki (6 octobre), qui brouillent chacun à leur manière les frontières en augmentant d'au moins 50 % les effectifs habituels d'une relation amoureuse. Tout comme le fait une bonne surprise hollywoodienne, Scott Pilgrim vs The World, d'Edgar Wright (1er décembre), qui oblige un adolescent prolongé à éliminer ses rivaux selon les règles d'un jeu vidéo.

Enfin, la révolution Avatar, évoquée ici même il y a un an, a bien eu lieu : maintenant, quand les enfants vont au cinéma, ils sont affublés de lunettes qui laissent de profondes traces sur leurs petits nez. Moi, moche et méchant, de Chris Renaud et Pierre Coffin (6 octobre) ou la dernière production DreamWorks, Megamind (15 décembre) seront projetés en relief. Harry Potter aussi passe à la troisième dimension pour terminer ses études secondaires. Le premier volet de l'adaptation du dernier tome de la saga de J. K. Rowlings, Harry Potter et les reliques de la mort, est annoncé pour le 24 novembre et en 3D.

Thomas Sotinel
© Le Monde 29 août 2010