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"Entre les murs" d'une salle de classe

 

 

Les salles de classe sont des pièces aussi mystérieuses que les chambres conjugales. Entre les murs éclaire ce mystère en mettant les outils de l'expérience directe au service de la fiction. Cette greffe est rendue possible par l'existence d'un individu qui occupe une multiplicité de positions au centre du film : François Bégaudeau en est à la fois le sujet (il a été professeur), l'inspirateur (il a écrit un roman tiré de son expérience d'enseignant), le coscénariste (avec Laurent Cantet et Robin Campillo) et l'interprète principal.

Cantet ne le laisse pas pour autant kidnapper le film et impose sa mise en scène fluide et rigoureuse. Le scénario, à première vue fait d'une succession de séquences disjointes, révèle progressivement une construction dramatique intense.

Comme son titre l'indique, Entre les murs ne sort jamais de l'enceinte d'un collège du 20e arrondissement de Paris. François Marin (Bégaudeau) y enseigne le français. Le parti pris est de ne montrer qu'une seule des classes de l'enseignant, une quatrième, de septembre à juin. L'essentiel du film est consacré à des cours qui prennent un tour comique, violent ou polémique (Entre les murs fait abstraction d'une des composantes essentielles de la vie scolaire : l'ennui). Ces heures de classe sont ponctuées de réunions (de conseils de classe, entre professeurs, entre enseignants et parents).

Dans ce film sans acteurs professionnels, tout le monde joue très appuyé. Monsieur Marin veut à la fois séduire et en imposer, et se sert à loisir d'une ironie parfois cruelle pour amuser et tenir à distance ses élèves. A ce "jambon-beurre" narquois, ces derniers, en majorité issus de l'immigration opposent le langage de la rue – les mots, les gestes, les vêtements. A chaque séquence consacrée à un cours, le suspense est le même : le dialogue va-t-il s'engager ? La réponse n'est jamais identique. Sans donner la sensation de passer en revue les pièges que doivent affronter enseignants et enseignés, le film couvre en deux heures le très long cours du fossé qui sépare François Marin de ses élèves.

GENTIL, PAS GENTIL

Parmi eux, le scénario privilégie une poignée de premiers rôles. Ceux-ci correspondent à la typologie que tout usager des bancs de l'école connaît bien : la bonne élève, le peut-mieux-faire, le réfractaire. Au début du film, on voit d'ailleurs un professeur qui enseigne depuis longtemps dans le collège passer en revue l'effectif d'une classe, au profit d'un collègue nouvellement arrivé. A chaque nom correspond déjà une appréciation : gentil, pas gentil, s'en méfier...

Cantet et Bégaudeau font travailler à plein les contradictions de l'école en France : le souci de ne pas exclure et la volonté de maintenir la discipline ; la reconnaissance de la diversité et l'enseignement d'une culture unique...

Progressivement, le film se cristallise autour d'une affaire qui oppose François Marin à sa classe. Le professeur paie chèrement une erreur d'appréciation commise pendant un conseil de classe. De malentendus en raidissements, il se met à dos des élèves que l'on aurait crus ralliés à la cause de l'école. Ce conflit culmine en un conseil de discipline déchirant, pendant lequel une mère qui ne parle pas le français, à qui l'on ne traduit rien, voit son fils traduit en justice. Le goût amer que laisse cet épisode achève la construction d'Entre les murs, qui, plutôt qu'un plaidoyer, offre un constat lucide sur une école menacée. Contrairement à leurs jeunes personnages, Cantet et Bégaudeau n'auraient pas pu mieux faire.


Film français de Laurent Cantet avec François Bégaudeau. (2 h 10).


 
Thomas Sotinel

LE MONDE | 24.05.08 | 08h42  •  Mis à jour le 24.05.08 | 08h42

 

Compte rendu

Cannes : le film de Laurent Cantet a été plutôt bien accueilli

 

 

 

REUTERS/CHRISTIAN HARTMANN

Le réalisateur Laurent Cantet et l'acteur François Bégaudeau avec toute l'équipe du film "Entre les murs" lors de la montée des marches à Cannes, le 24 mai 2008.

La compétition officielle du 61e Festival de Cannes s'est achevée, samedi 24 mai, par la projection de deux films (sur les vingt-deux en lice pour la Palme d'or), l'un signé par le Français Laurent Cantet, l'autre par l'Allemand Wim Wenders.

Très bien accueilli lors de la projection de presse, Entre les murs de Laurent Cantet plonge dans le quotidien d'un collège parisien où un professeur de français s'efforce d'enseigner une langue très différente de celle que ses élèves, adeptes de la "tchatche", parlent au quotidien. Festival de joutes oratoires, tour à tour drôle, grave et émouvant, il montre l'école "non pas telle qu'elle devrait être mais telle qu'elle est au quotidien", selon le réalisateur. A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, ce long métrage s'inspire du livre éponyme d'un professeur, François Bégaudeau, acteur principal du film tourné au terme d'ateliers d'improvisation.

Aux antipodes de la dimension réaliste du film français, Palermo Shooting (Rendez-vous à Palerme) de Wim Wenders met en scène, dans un univers particulièrement sophistiqué, un photographe interprété par Campino, chanteur du groupe de punk rock allemand Die Toten Hosen, hanté dans ses rêves par la Mort - incarnée par Dennis Hopper -, lors d'un reportage en Sicile. Pour sa 9e participation à la compétition officielle à Cannes, le lauréat de la Palme d'or en 1984, avec Paris Texas, signe un conte à visée philosophique. Mais avec une image numérique très recherchée et une envahissante bande son très tendance (Nick Cave, Portishead, Calexico, Beirut...), Palermo Shooting fait trop souvent penser à un long spot publicitaire, un sentiment renforcé par l'insistance du cinéaste à faire apparaître des marques.

 

A noter, la projection hors compétition de The Good, the Bad, the Weird, de Kim Jee-woon, une version mandchoue du grand classique de Sergio Leone, Le Bon, la Brute et le Truand.

 

Plusieurs prix ont commencé à être annoncés, notamment le prix du jury oecuménique 2008 décerné au film Adoration, du réalisateur canadien Atom Egoyan et le prix France Culture Cinéma 2008 attribué à l'actrice et réalisatrice française Sandrine Bonnaire.

Le film hongrois de Kornel Mundruczo, Delta, a reçu le prix de la critique internationale (Fipresci) et le prix Un certain regard (section qui fait partie de la Sélection officielle) a été attribué, samedi soir, à Tulpan du Kazakh Sergey Dvortsevoy.

Le Monde 25/05/08


Cantet, la classe !

Bonne note. «Entre les murs», du réalisateur de «Ressources humaines» : transposition réussie du livre de François Bégaudeau avec une troupe de collégiens inspirés.

GÉRARD LEFORT

QUOTIDIEN : samedi 24 mai 2008

en compétition Entre les murs de Laurent Cantet 2 h 08.

Pourquoi guette-t-on ce film de sa première à sa dernière image, inquiet d’y découvrir une faute ? Parce que son sujet est de perpétuelle actualité et qu’il encourage bien des approximations : l’Education nationale et les faits divers qui régulièrement attisent le feu, entre le prof qui baffe un élève, et l’élève qui baffe un prof.

En plantant sa caméra dans une école du XXe arrondissement de Paris, Laurent Cantet s’exposait à une double démagogie : envers les profs, ces héros, ou envers les élèves, dépositaires d’un état de nature censément rousseauiste. Or, ni l’une ni l’autre, ce qui, comme à l’école, est déjà un bon point. Cette absence de généralités tient à un léger détail. Ce film documentaire qui suit l’année scolaire d’une classe de 4e est une fiction. Les 25 élèves qui l’habitent sont le résultat d’un casting et le professeur de français est interprété par l’écrivain François Bégaudeau, qui a relaté son expérience d’ex-prof dans son livre Entre les murs, dont le film est l’exhalation.

Enfermement. Bégaudeau ne joue pas son rôle, mais intensément celui de François Marin, professeur de français. Pareil pour les enfants : des bêtes de scène, parfaits acteurs de leurs vies inventées, à cet égard en pleine récréation. Entre les murs est l’antipode d’Etre et Avoir, de Nicolas Philibert, qui fantasmait une école «comme si». Cantet ne rêve pas, il fonce au réel quitte à se cogner la tête, contre les murs justement.

Le titre suggère un enfermement. Le film abat les cloisons, ouvre les fenêtres, fait circuler le courant d’air de l’intelligence, donc des doutes, allume la flamme du cinéma, qui mérite ici qu’on l’appelle cinématographe. Non parce qu’il serait bien écrit, mais parce qu’au fil des scènes d’enseignement se dessine la question fondamentale, celle de la langue : le français tel qu’il se parle (et dans ce registre, les élèves ont la langue plus que bien pendue) et celui qui se dit, se prononce, s’écrit. Ce français qui fait que le jeune Chinois Wei, pourtant grammaticalement incertain, peut entrer dans les oreilles de Khoumba, la tchatcheuse de service. C’est toute la différence entre parler pour ne pas être entendu, du boucan sur du bruit, et parler pour tenter de s’entendre. A ce titre, ce film laïc et républicain se fout des races, des religions et des sexes, mais se soucie du bien commun. Ce que résume mezzo voce un des élèves : «Je sais très bien ce que veut dire mais je n’ai pas les mots.»

Soubresauts. Le film ne sombre pas pour autant dans la béatitude d’un Cercles des poètes disparus de gauche. Les échecs sont là, et pas seulement scolaires. Souleymane, le plus infrangible des élèves, en fait les frais. Il n’a pas beaucoup de mots, mais un geste violent qui dégénère. Viré. La scène du conseil de discipline en présence de sa mère, qui ne parle pas français, est un grand moment de cinéma. Elle encaisse le renvoi de son fils avec la dignité d’une lady africaine et s’en va en disant «au revoir messieurs-dames».

Salle des profs, entretiens pédagogiques… Ces scènes hors classe, comme offshore du film, sont la boîte noire qui enregistre les soubresauts organiques de l’école et les grincements du monde alentour. Mais l’échappée belle d’Entre les murs, plus rêveur qu’il n’y paraît, arrive à la fin, qui est aussi l’heure des bilans. Une gamine attend le départ de tous, veut avouer quelque chose au prof. Ce qu’elle nous confie alors est un crève-cœur : «Ce que je veux dire, c’est que je ne comprends rien à ce qui se passe.»



http://www.liberation.fr/culture/cinema/festival_cannes_2008/les_films_quinzaine/327917.FR.php
© Libération

 

 

LE MONDE | 12.05.08 | 11h18


 

Une gamine en pull à capuche écoute le chanteur Christophe Maé sur son iPod. Une autre traite son voisin "d'abruti mental". La troisième se coupe avec application le bout des cheveux. C'est un matin de juillet étouffant au lycée professionnel Jean-Jaurès (Paris, 19e), où Laurent Cantet, réalisateur de Ressources humaines (1999), L'Emploi du temps (2001) et Vers le sud (2006), tourne avec vingt-cinq adolescents la libre adaptation d'Entre les murs (éd. Verticales), stimulant roman de François Bégaudeau.

 

 

De son expérience de professeur de français (après avoir interrompu sa carrière de footballeur au FC Nantes), François Bégaudeau a tiré un journal de bord offensif sur la vivacité du langage et les stratégies d'un enseignant qui veut inculquer les valeurs de l'école républicaine à des élèves ignorant parfois jusqu'au sens des mots.

 

Dans le brouhaha grandissant, Cantet et Bégaudeau (car le romancier interprète son propre rôle) passent de table en table et décortiquent avec les gosses la scène du jour : "Chacun d'entre vous va expliquer en trois phrases ce qu'il a appris cette année. Ne faites pas de psychologie, ne cherchez pas à être drôles. Trouvez une notion concrète." Dix minutes plus tard, Boubacar livre sa version personnelle du théorème de Pythagore.

Damien confond échographie et chorégraphie. Esmeralda évoque à sa façon La République de Platon : "Ils sont cheums (méchants, bizarres) les livres qu'on a lus. Avec les questions qu'il pose, le type, là, Socrate, les gens sont perdus." En face d'eux, François Bégaudeau, rendu aux joies de la maïeutique, écoute, précise, aiguille et rectifie. Il bataille fermement pour que l'improvisation réponde aux attentes de Cantet.

Pendant que les gamins filent dans la cour en hurlant, Cantet décrypte les règles du jeu : "Pour Entre les murs, j'ai élaboré un dispositif qui rappelle le protocole du livre, j'ai cherché à mettre en scène des "moments de classe", mais, surtout, à capter ce qui pouvait y advenir. Même si nous disposions d'un script classique (écrit avec Robin Campillo et Bégaudeau), nous avons laissé de la place à la surprise et à l'aléatoire. Nous avons aussi amendé les répliques des élèves lorsqu'elles ne collaient pas." Carl, 16 ans, lunettes noires vissées sur le crâne, confirme : "On doit dire des choses précises mais avec nos mots. A mon avis, m'dame, y'aura un bêtisier sur le DVD, vous ne croyez pas ?"

Père de deux enfants, Cantet voulait depuis longtemps réaliser, non pas un film sur l'école, mais dans l'école. "C'est un milieu qui génère énormément d'idéologie, mais qu'on ne regarde pas, analyse-t-il. J'avais envie qu'Entre les murs échappe à cette idéologie. Que plutôt que d'y écouter un discours, on y observe des personnages en train de l'appréhender."

En 2006, le tournage de Vers le sud, son troisième film, est retardé. Cantet prend trois pages de notes sur l'école, part finalement mettre en scène Vers le sud avec Charlotte Rampling, et, en promo sur France Inter, rencontre François Bégaudeau. L'écrivain a déjà reçu plusieurs propositions d'adaptation de son roman, mais il les a déclinées par manque de confiance. Il admire l'honnêteté du cinéma de Cantet, sa façon de donner leur chance à ses protagonistes. "Je savais qu'il respecterait ce réel-là, explique-t-il. Qu'il se montrerait généreux vis-à-vis des gamins, qu'il ne me trahirait pas."

Autant aller jusqu'au bout de la logique et endosser, aussi, le rôle du prof. "Le roman proposait une méthode d'appréhension du quotidien. Or j'étais, au fond, expert de ce quotidien", lâche-t-il avec un regard en coin qui démine illico ce que la remarque pourrait avoir de pédant. Car Entre les murs décline une façon d'être prof unique, entre refus de l'évitement et goût féroce de se colleter aux sujets qui fâchent (l'antisémitisme, l'homosexualité supposée de son enseignant), devant une classe pleine d'aplomb. "François a toujours proposé à ses élèves une confrontation, mais une confrontation adulte, diagnostique Laurent Cantet. A ma connaissance, très peu de profs osent courir ce risque."

Cantet redoute néanmoins que Bégaudeau supporte mal l'image renvoyée par son personnage, qu'il ne soit dépassé par ce qu'il était initialement prêt à assumer. Car l'enseignant d'Entre les murs doit faire face à l'aplomb de ses élèves, réfléchir devant la caméra, et tâtonner parfois, au risque de se montrer maladroit. "J'ai vu les rushes, j'ai donc eu le temps de m'accommoder, assure le romancier. La maladresse ne me gêne pas, je l'accepte au propre comme au figuré. A l'écran, il m'est arrivé de me trouver grotesque, moche ou bien. Peu importe. Bon, j'ai un défaut : de temps en temps, je fais le malin. Mais je peux aussi faire le "malin malin". Je comptais sur Laurent pour couper dès que je ne serais plus un prof qui assure le spectacle pour son cours, mais un prof qui assure le spectacle tout court."

Retour sur le plateau, où l'après-midi impose sa torpeur. L'enseignant reçoit les parents d'élèves - qui transpirent dans leur manteau d'hiver - avec leurs gosses. Il y a Wey, dont la mère ne parle pas un mot de français. Suleiman, auquel son frère, furieux des révélations de l'enseignant, promet du rififi. Il y a enfin la maman d'Arthur, élève "gothique" dont les résultats chutent, et qui prend aveuglément le parti de son fils. Hésitante, la maman se lance : "Un adolescent qui se construit a besoin d'un référent." Narquois, le prof se cabre : "Traduisez-moi ça, je ne comprends pas ce lexique." La mère se trouble. Cantet intervient : "Allez-y, mettez-vous en colère. Balancez-lui qu'il juge votre fils de manière trop réac. Vous venez lui donner une leçon de pédagogie. François va vous dire qu'Arthur se marginalise. Répondez-lui qu'il se singularise. On revoit ensemble vos arguments ?"

D'autres parents d'élèves ont accepté de raconter à Cantet ce qu'ils projetaient de leur propre vie sur leurs enfants, de lui confier quelles relations ils entretenaient avec eux et avec l'école. Le réalisateur a utilisé ce matériau pour nourrir son scénario. Il a greffé sur le projet de vrais profs motivés par l'aventure. Il s'est aussi servi d'ateliers menés en 2006, pendant neuf mois, un mercredi sur deux, dans un collège du 20e arrondissement de Paris, avec un Bégaudeau impliqué dès le départ, afin de constituer sa troupe de gamins. "Cinq ou six d'entre eux se sont révélés exceptionnels, assure Cantet. Mais il me fallait également des gosses plus effacés. Bref, une juste proportion entre les grandes gueules, les timides et les représentants du "absolument rien à foutre d'être là"."

A tous, il a recommandé d'éviter de lire le script pour ne rien "défraîchir". Chaque fois que, sur le tournage, l'équipe a peiné sur une scène, c'est qu'elle avait été trop répétée en atelier. Au montage, le cinéaste a aussi dû éjecter une séquence où, comme dans le roman, les mômes donnaient leur définition des juifs, après que deux d'entre eux avaient lâché une remarque antisémite concernant l'un de leurs camarades. "Ramené à quelques minutes dans le film, cet échange pouvait condamner les personnages", explique Cantet.

Avec Pierre Milon, son chef opérateur depuis son premier court métrage, Tous à la manif (1994), il a choisi de tourner en HD (haute définition), car ce système permettait de filmer trois quarts d'heure d'affilée. Ils décident d'abord d'avoir deux caméras, portées à l'épaule, l'une cadrée sur Bégaudeau, l'autre sur l'action principale, puis en introduisent une troisième afin de saisir au vol les réactions des autres personnages. "Le film vous oblige toujours à prendre sa voie, estime Pierre Milon. Là, c'était celle de la souplesse. Les gosses parlent. Nous filmons. Ces deux langages se côtoient et se jaugent."

Sur le plateau, c'est le dernier jour de classe. Les adolescents remettent à François Bégaudeau l'autoportrait en dix lignes qu'il leur avait commandé, puis sortent dans le désordre et les cris. Henriette, élève ultra effacée, s'approche du bureau pour faire part de ses doutes au prof : "Monsieur, j'ai rien appris." La gamine tremble au point que l'équipe du son perçoit les battements de son coeur. Le contraste entre le foutoir ambiant et la détresse silencieuse d'Henriette touche profondément Cantet, qui se lève et disparaît.

On le retrouve, serein, six mois plus tard, au fond d'un café du Châtelet. Il vient d'achever le montage d'Entre les murs en se méfiant de sa sympathie à l'égard de cette classe qu'il a tant regardée. "Sera-t-elle aussi partageable que je l'imaginais ?"


 

Sophie Grassin

Article paru dans l'édition du 15.05.08

 

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