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La
comédienne
et
chanteuse
Yasmine
Modestine.
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La Haute Autorité de lutte contre les
discriminations et pour l'égalité (Halde)
dénonce, dans une note datée du
29 décembre, les préjugés racistes
en cours sur les plateaux de cinéma
français, qui empêchent les
comédiens noirs d'être choisis pour
doubler la voix d'un personnage
blanc. Saisie par Yasmine Modestine,
une comédienne métisse estimant
avoir été écartée d'une saison de
doublage en raison de son origine,
la Halde rappelle que "le choix
d'un comédien-doubleur doit se faire
en fonction de sa qualité de voix et
de sa compétence, et non en raison
de sa couleur de peau ou de son
origine."
Selon l'enquête menée par la Halde,
les directeurs de casting rejettent
régulièrement des candidats noirs
parce qu'ils estiment que ceux-ci
ont une voix trop spécifique,
inadaptée à un personnage blanc. Les
acteurs blancs, au contraire, sont
censés avoir des voix
"universelles", et doublent
régulièrement des grandes vedettes
hollywoodiennes noires. Sur les
écrans français, Denzel Washinton,
Danny Glover, Morgan Freeman, Bill
Cosby, Forest Whitaker, Don Cheadle
et Whitney Houston sont tous doublés
par des comédiens blancs.
"Il faut savoir que dans le
doublage les comédiens noirs ont des
voix graves de Noirs et des
comédiens asiatiques ont une voix
aiguë d'Asiatiques", ironise
Yasmine Modestine dans son
témoignage publié dans Rue 89.
Le comédien métis Pascal
Légitimus n'échappe pas à ce
préjugé. En 1997, il avait été
invité par Luc Besson à faire des
essais sur la voix de l'acteur noir
américain Chris Tucker pour "Le
Cinquième Elément". Tucker et
Légitimus ont tous deux des timbres
naturels plutôt aigus. Mais Besson
préférera finalement faire doubler
l'américain par Tom Novembre, un
chanteur blanc connu pour sa voix
basse et grave.
Les Blancs, eux, sont censés
avoir une tessiture de voix plus
étendue, qui permet de doubler
toutes les couleurs de peau. "Cette croyance est telle qu'il
n'est pas rare d'entendre une
comédienne blanche affirmer qu'elle
a 'une voix de Noire' sans penser
être raciste", ajoute-t-elle.
FORMATION "ANTIDISCRIMINATION"
Après avoir essuyé, en février
2007, le refus d'une chef de plateau
qui estimait qu'elle et une autre
collègue métisse avaient des voix "trop spéciales" pour doubler
des Blancs, la comédienne a entamé
de nombreuses démarches pour alerter
médias et associations sur ce
racisme flagrant. Dans un premier
temps ses efforts sont restés vains,
la Halde lui répondant qu'elle ne
pouvait pas traiter son dossier. En
décembre 2007, la comédienne
s'adresse au Haut Comité pour
l'intégration (HCI) et au Comité
représentatif des associations
noires. Mais tout bascule lorsque le
Nouvel Observateur publie
un article sur le phénomène. La
Halde, contactée par le journaliste
et le HCI, ouvre le dossier et mêne
une enquête qui conclut à "l'existence de préjugés
persistants" dans les métiers du
doublage et adresse un rappel à la
loi aux responsables de la société
mise en cause.
Faute de preuves concrètes, la
Halde ne se prononce pas sur le cas
spécifique de Yasmine Modestine,
mais juge que sa dénonciation d'une
discrimination généralisée dans le
secteur du doublage est justifiée.
L'organisme recommande à la
Fédération des industries du
cinéma, de l'audiovisuel et du
multimédia de mettre en œuvre des
actions de formation "antidiscrimination"
pour les directeurs de plateau.
Le Monde 05/01/09