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Le documentaire vérité sur la politique d'immigration à Mayotte

Dans "Un aller simple pour Maoré", la réalisatrice Agnès Fouilleux dénonce le sort fait aux sans-papiers à Mayotte et le rôle trouble de la France aux Comores.

Documentaire. Un réquisitoire précis et précieux sur la mécanique de la politique d’immigration sur l’île de Mayotte, aux relents néocolonialistes.

Un tiers de la population de Mayotte est sans papiers. Comment cela se traduit-il au quotidien ?

Agnès Fouilleux. Les gens vivent complètement traqués, dans la peur d’être arrêtés, même les lycéens et les écoliers. Cette année, il y a eu près de 14 000 reconduites à la frontière depuis Mayotte. En 1994, le visa Balladur a obligé les Comoriens à obtenir un visa pour rejoindre Mayotte. Depuis, ils tentent de rejoindre l’île française en kwassa (barques de pêcheurs - NDLR). Soixante-dix kilomètres séparent l’île comorienne d’Anjouan de Mayotte, c’est peu mais c’est énorme. J’ai passé une nuit sur la vedette de la police aux frontières (PAF) : en haute mer, il y a des creux très importants.

Régulièrement, on entend qu’une barque a chaviré, que tant de personnes sont portées disparues. Il y a des morts tout le temps. À Anjouan, toutes les familles comptent un membre mort dans les kwassas.

Quelle est la réponse de l’État français à cette situation ?

Agnès Fouilleux. Depuis 2005, la répression s’est beaucoup aggravée. La police aux frontières dispose de plusieurs vedettes pour surveiller les eaux. Pour les reconduites à la frontière, en plus de l’avion, ils disposent désormais de bateaux. C’est un mouvement perpétuel : les Comoriens sont arrêtés, renvoyés par bateau et reprennent aussitôt le kwassa pour revenir… Libération a diffusé en octobre des images tournées à l’intérieur du centre de rétention de Pamandzi qui montrent la surpopulation… C’est un système totalement hypocrite. Les clandestins font l’économie de Mayotte : ils font les boulots que personne ne veut faire, vivent dans des conditions terribles… Comme c’est loin, tout cela est passé sous silence. Ce manque d’information pourrait expliquer vos problèmes de financement…

Agnès Fouilleux. C’est très clair. Personne ne parle de ce qui se passe là-bas. Il y a une désinformation carrément malhonnête de la part des médias. J’ai dû financer le film par mes propres moyens via une association. Tourné en 2005, Un aller simple pour Maoré a été diffusé sur France Ô en avril 2008.

Dans la première partie de votre documentaire, vous montrez les conditions douteuses dans lesquelles Mayotte est restée rattachée à la France…

Agnès Fouilleux. La France a violé le droit international. Une loi internationale précise que la décolonisation doit se faire en respectant les frontières du pays. La décolonisation des Comores aurait dû se faire en respectant la totalité du territoire : le vote aurait dû concerner l’ensemble des quatre îles.  Pour conserver Mayotte, zone de passage stratégique, la France a dit « Mayotte a choisi d’être français », évidemment puisqu’il y a avait eu des intimidations violentes de la part des milices anti-indépendantistes. Le reste des Comores a eu son indépendance. Depuis, l’ONU a condamné la France 21 fois. Petit à petit, la France renforce sa main mise sur Mayotte. En mars prochain, la départementalisation de Mayotte sera une étape supplémentaire.

Entretien réalisé par Marie Barbier

Le site internet du film

 

Actus humanite.fr 02-02-2009