Deuxième volet du film de Steven
Soderbergh consacré à Ernesto
Che Guevara
CHE, 2E PARTIE : GUÉRILLA
Voici doncGuérilla,
deuxième volet du diptyque
consacré par Steven Soderbergh
au leader révolutionnaire
Ernesto Che Guevara. Autan
L'Argentin, sorti le 7
janvier, était un film d'action,
une épopée qui retraçait la
genèse et l'avènement de la
révolution cubaine, autant
celui-ci, situé quelques années
plus tard en Bolivie, est un
film lyrique et contemplatif,
qui avance d'un seul bloc vers
une fin tragique consignée par
l'Histoire.
C'est le principe du diptyque
que de proposer deux modes de
représentation différents, entre
lesquels circule une nuée de
signes. Comme dans Hunger,
de Steve McQueen - consacré à la
grève de la faim et la mort du
militant de l'IRA Bobby Sands -,
celle-ci s'organise autour d'un
parallèle qui s'impose, en
filigrane, entre la foi
révolutionnaire et la foi
religieuse, et plus
littéralement entre la vie du
Che et celle du Christ. Dans un
cas comme dans l'autre, une
révolution qui a fédéré les
masses s'est terminée, pour son
instigateur, par un long
calvaire assumé au nom de sa
foi.
Cette disparité formelle
entre les deux partis pris
n'étonne pas venant d'un auteur
qui, depuis son premier fil
(Sexe, mensonges et vidéo,
1989) n'a cessé de picorer dans
la palette de genres que lui
offrait le cinéma. Mais alors
qu'on le savait joueur, qu'on
l'imaginait, éventuellement,
cynique, rien dans sa
filmographie ne laissait
soupçonner chez Soderbergh une
telle propension au lyrisme.
Guérilla est sans doute à ce
jour son meilleur film.
Après une séquence
d'introduction dans laquelle Che
Guevara (Benicio Del Toro)
apparaît déguisé en une sorte de
haut fonctionnaire
international, passant quelques
derniers moments de tendresse en
famille, il débarque à La Paz.
Sans faire allusion à l'aventure
congolaise du leader
révolutionnaire, le film se
concentre sur le dernier épisode
de sa carrière : l'échec de la
révolution qu'il tenta de mener
en Bolivie.
Malgré un récit très dense,
l'action ne tarde pas à se figer
dans une sorte de surplace.
Incapables de rallier à leur
cause les paysans boliviens,
traqués par les troupes armées
gouvernementales et les
Américains qui les soutiennent,
Guevara et sa minuscule armée de
guérilleros tournent en rond
dans la forêt, rapidement
condamnés à ne plus constater
autour d'eux que défections,
trahisons, à s'affaiblir
inéluctablement.
ILLUMINATION MYSTIQUE
Le film est ainsi tendu par
la contradiction entre le cours
de l'Histoire qui avance à toute
vitesse et l'impression que les
personnages du film, eux, sont
prisonniers d'une sorte de
présent perpétuel en
décomposition. On a le sentiment
de se trouver devant un tableau
qui prendrait les couleurs
sombres de la forêt, mais où
perce parfois, entre les
branchages, un rayon de soleil
qui fait apparaître les
guérilleros comme des éléments
du paysage. Une belle manière de
mettre en scène l'idée du
collectif, consubstantielle à
toute révolution, et l'humilité
du révolutionnaire devant sa
cause." Etre révolutionnaire,
c'est gagner ou mourir ",
s'exclame le Che, à deux
reprises. L'issue du combat a
beau être claire, rendre les
armes n'est pas une option. A ce
stade, l'engagement
révolutionnaire apparaît comme
une folie, une illumination
mystique qui ne trouve sa
justification que dans le
devenir mythique du leader.
C'est la faiblesse du film.
Elle n'en produit pas moins
une scène formidable, digne de
John Ford, celle de la capture
du Che, qui commence avec un
panoramique sur une unité de
l'armée bolivienne rangée en
ligne de bataille au sommet
d'une colline, comme une tribu
d'Indiens prête à livrer
bataille. En contre-champ, seul
face à eux, l'arme à la main, le
Che devient une légende vivante.
Isabelle Regnier