"Balada
triste de trompeta": les clowns cruels de
Franco
"Balada triste de trompeta": les clowns
cruels de Franco
PARIS - Avec "Balada
triste" (sortie mercredi), fresque burlesque
teintée d'horreur, le réalisateur espagnol
Alex de la Iglesia tente de purger par la
parodie le douloureux passé franquiste de
son pays qui, selon lui, "conditionne encore
son présent".
Cette "Ballade triste" - et déjantée -
confronte deux clowns défigurés et
pathétiques (Carlos Areces et Antonio de la
Torre) d'un cirque ambulant, en lutte à mort
pour les beaux yeux d'une acrobate (Carolina
Bang) dans un pays marqué au fer par la
dictature du général Franco.
Aux premières images, en 1937, le père du
clown triste est enrôlé de force, sur fond
de bombardement, pour commettre un massacre
à la machette contre la Garde civile. A la
fin du film, en 1973, son fils (Carlos
Areces), à qui il a enseigné que seule la
vengeance vaut la peine d'être vécue, mord
comme un chien la main de Franco.
"C'est l'histoire d'un amour fou, sauvage,
entre humour et horreur. Parce que nous
souffrons d'un passé terriblement douloureux
qui conditionne encore notre présent", avait
expliqué le réalisateur en présentant son
film à Venise.
"La torture, la douleur, le chagrin sont
toujours présents dans nos coeurs et ces
situations ont ruiné la vie des personnages
: l'anxiété et la quête de vengeance
finissent par démolir l'objet aimé",
ajoutait-il.
Le titre initial, "Balada triste de
trompeta", est d'ailleurs emprunté à une
chanson populaire, "une ballade triste pour
un passé mort et qui pleure, comme moi..."
A 45 ans, après "Le Crime parfait", "Mes
chers voisins" ou "Mort de rire", Alex de la
Iglesia voit ce film comme "un exorcisme à
sa détresse par l'humour, l'ironie et la
comédie noire".
"C'est probablement mon film le plus
personnel, celui pour lequel j'ai le plus
souffert", assure-t-il à propos de ce long
métrage filmé en noir et blanc et colorisé.
On y voit un homme-canon retenter, ad
nauseam, de gagner la lune en moto - chaque
tentative s'achevant dans le sang - et la
voiture de l'amiral Luis Carrero Blanco,
l'un des derniers Premiers ministres de
Franco, sauter dans un attentat qui l'envoie
par-dessus le toit d'un immeuble - dans la
réalité, en 1973, elle s'était arrêtée au
balcon d'un deuxième étage.
Primé à la dernière Mostra du Venise (Lion
d'argent de la meilleure mise en scène et du
meilleur scénario), le film avait enchanté
le président du jury Quentin Tarantino. En
revanche, donné pour favori avec seize
nominations aux "Goya", les César du cinéma
espagnol, en février, il était reparti
bredouille.
Par AFP
Lexpress.fr
publié le 20/06/2011 à 12:42
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