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"Au nom du père"
un film de Olivier Baudot Montezume

 

par Roland Sabra

 

Olivie BaudotMontezume à Cannes

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Olivier Baudot Montézume, à Cannes

  A réveiller les morts, l'amour ou la haine, c'est du pareil au même ça vous tient debout! C'est ce que montre le film du martiniquais Olivier Baudot Montezume, « Au nom du père » projeté en avant-première à Fort-de-France dans le cadre des  Rencontres Cinéma de Martinique 2009  ( RCM). Constant, une petite soixantaine est en train de rendre son âme. Matériellement il a réussi sa vie, grâce à la force de son caractère qui ne laissait pas beaucoup de place à autrui. Le prêtre avant de lui donner l'extrême onction prononce de façon fortuite le nom d'Hubert Plancy lui aussi mal en point. Miracle! Au prononcé du nom, Constant se lève d'entre les mourants avec un seule idée en tête voir crever avant lui cet Hubert Plancy! Olivier Baudot Montezume le dit tout net : «J'ai voulu traiter d'une situation tout à fait ordinaire, celle de la quête d'un homme pour l'amour de son père » Histoire de filiation on ne peut plus martiniquaise. Le mérite du metteur en scène est d'avoir traité le sujet sur le mode de la dérision, passant outre les frontières de la vraisemblance pour toucher à la vérité d'une douleur dont on devine qu'elle à été le mobile de tout ce qu'à pu construire Constant.

Une autre dimension, tout aussi importante du film porte sur la transmission. Constant, nié par son géniteur va reproduire ce comportement avec l'héritier qui porte son nom et manifester une préférence quasi obscène pour un "autre" fils, non reconnu mais élu. L'intelligence du propos consiste à inverser d'une génération à l'autre, filiation naturelle et filiation légitime, comme on disait il y a encore quelques temps, pour montrer que les blessures de l'enfance ne relèvent pas  tant de situations objectives que de la façon dont elle sont vécues. Ce qui ne se comprend pas se répète à l'identique d'une génération à l'autre, sous le masque d'une infime différence.

Les scènes sont parfois drôles. Hervé Deluge dans le rôle du fils mal-aimé occupe l'espace  qu'on lui accorde, comme à l'accoutumée, toujours sur le fil du rasoir,  presque prêt à verser dans l'excès. Joby Bernabé dans le rôle de Constant bougonne, peste, ordonne, tyrannise et semble un peu en retrait par rapport à ce dont il a le talent de faire avec plus de retenue en d'autres circonstances. Le reste de la distribution est assez inégal. Si la photographie montre de belles lumières parfois vives, presque blanches, avec un découpage de plans un peu vif, parfois sombres et profondes avec une caméra très mobile, la faiblesse du film tient à la synchronisation et au montage qui semble avoir été fait à la hache. Peut-être est-ce dû au fait qu'il ait fallu avoir recours, faute de compétence sur place, à une monteuse peu sensible à la thématique caribéenne du film? A quand une école du cinéma? La continuité du propos en est affectée. Les enchaînements paraissent maladroits. La longueur des séquences est déséquilibrée. Il faut espérer que les nombreux plans tournés et non montés permettent au metteur en scène de présenter un autre visage à ce travail original, attachant et qui mérite les applaudissements dont il été salué dans la salle Frantz Fanon.

R.S.