BIGUINE, à la fois
documentaire et fiction
Comme chaque fois où un tubercule
est recherché, cultivé, fouillé et
finalement débusqué, réalisé, la
satisfaction ressentie alors
peut-être à son comble mais l’effort
fut-il de toute beauté, il n’en
demeure pas moins sûr qu’un
tubercule reste une racine et n’est
jamais un arbre.
La difficulté de faire, ne fait pas
l’Art ; loin s’en faut. Disons au
contraire, qu’elle souligne et
stigmatise un handicap génétique ;
que le rythme diabolisé de la
biguine ne parvient pas à masquer.
Biguine, est ici documentaire et
fiction à la fois.
Le rêve est celui des
auteurs, tout englués dans un cinéma
sucre d’orge « Filibo », « Lotchyo »
mais aussi « Bwa dan tchiou ».
La réalité reste un non-dit trop
évident, contrarié. Une
impossibilité d’être, avouée et
révélée en 90 minutes d’un film
innocent prit en otage.
Heureusement, les vrais costumes de
l’époque, de Régine Martino et les
décors, comme si on y était, de
Marie-Laure Elmin, font par instant
diversion et jettent un peu de
poudre aux yeux d’un public trop tôt
converti ; avec ses a-priori en
bandoulière, culpabilisé dans le
vent d’une réflexion forcément
identitaire se sentant promu au
panache patrimonial.
La trame est fabuleuse, elle est
historique. Donc impossible dès lors
de la grimer, de l’absoudre.
Même si l’on comprend la souffrance
du scénario et de sa mise en scène,
cette force jugulée ne doit pas être
laissée pour compte immolé au bûcher
d’une recherche mercantile et
nécessairement ingérable.
La restriction tue l’œuvre dans
l’œuf ; voici le résultat.
Ce film est made in tout ce que l’on
voudra.
Ch. ANTOUREL
Déjà paru dans France-Antilles
Magazine le 23 Octobre 2004