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Le malheur des yeux.

 

 

 

Regard sur le film :Le bonheur d’Elza.

Dans le cadre du récent festival de cinéma martiniquais dédié aux talents émergents, sur lequel a soufflé un vent de poésie et de création, que ne fut pas ma surprise de découvrir un film détonnant, lors de la deuxième partie de la cérémonie de clôture du festival prix de court 2011.

Cette soirée a en effet servi de tremplin au lancement de la diffusion Martiniquaise à Madiana d’un long métrage réalisé par Mariette Montpierre, récompensée par le circuit et non par le festival par une étoile d’or .

Avant même les photos officielles du palmarès Prix de court 2011 , alors que les acras refroidissaient dans les plats, le public de professionnels et d’amateurs a dû subir pendant 1h19 un parfait contre-exemple de ce que pourraient développer en long métrage les lauréats et aspirants de ce festival.

Ce film se définirait comme la rencontre sur une île artificielle d’une télénovela des années 80 et d’un clip vidéo à l’aide des pages du catalogue de la redoute.

Le sujet : une jeune fille revient en Guadeloupe à la recherche d’un père qui ne l’a jamais reconnue. Grace à un subterfuge, elle entre comme baby-sitter dans sa belle famille et devient l’ange gardien de sa nièce tout en découvrant les sombres secrets familiaux.

Le film est envahi par une bande son qui s’escrime à diffuser le maximum de morceaux antillais en vogue. La réalisatrice, nous le savons s’est illustrée précédemment par la réalisation des clips de nos musiciens les plus prestigieux .Mais cette esthétique très spécifique et ce mode de communication assez limité enlève à un scénario prometteur tout intérêt filmique.

Bienvenue dans le monde du stéréotype qui ratisse large traitant entre autre -la vision des classes sociales antillaises, les problèmes de couleur de peau, les relations familiales, le désir et la séduction .Tout cela dans une île vidée de ces habitants où tout semble brillant et neuf.

L’image de la femme est pathétique : jeune et belle maquillée et lisse (les filles et la maitresse du père) contre vieille et alcoolique (scène de la belle mère en Sue-Helen de Dallas).L’héroïne y est en permanence dénudée, sein pigeonnant, bouche entrouverte et cuisse légère . Cet érotisme vulgaire pollue tout le film dès les premières scènes où dans un élan spontané de retrouvailles avec son île, la jeune fille plonge toute habillée dans la mer, l’occasion alors pour la réalisatrice de placer la séquence tee-shirt mouillé allongée sur le sable au soleil couchant avec musique sexy.

La jeune actrice dont la sensibilité et le jeu prometteur émergent malgré toute cette pesanteur est en permanence livrée à l’œil graveleux de la caméra et aux dérives d’une mise en scène qui font d’elle un produit sexuel. La scène finale plutôt ambiguë où elle danse entre les bras de son père la fait même se confondre, par les postures et les vêtements, avec la maitresse de celui-ci. Pour le reste, on retrouve une esthétique (couleurs, lumière, cadrage, montage) de série télévisée avec des séquences qui paraissent dédiées à une promotion pour l’office du tourisme Guadeloupéen : séquence tambours/racines, séquence désespoir /falaises, séquence clair de lune/ érotisme sur la plage , séquence grève/ gentils noirs contre méchant patron .

Malgré toutes ces constatations ce film se défendra très bien à la télévision le dimanche soir en trois épisodes et nous laissera même un temps de cerveau disponible pour la publicité. La question reste celle de la production d’un long métrage pour ce type de produit car ici, même dans le cadre d’un festival de cinéma, on ne peut parler d’œuvre. Le bonheur d’Elza pour notre désolation.

Alice TAIRIC