Patrick Chamoiseau

Patrick Chamoiseau : «Les flux migratoires sont comme un réveil du sang de la terre»

—Par Catherine Calvet —

Patrick Chamoiseau vient de publier un ouvrage poétique et passionné, Frères migrants (Seuil, mai 2017), véritable manifeste poétique pour tous ceux qui sont refoulés aux frontières ou qui errent de centres de rétention en bidonvilles. Ce livre s’inscrit dans un large faisceau d’initiatives venant de la société civile, depuis la «Constituante migrante» (symposium-performance organisé en janvier à Beaubourg par la plateforme «le Peuple qui manque») jusqu’à l’adaptation récente au théâtre par Marcel Bozonnet du Couloir des exilés de l’anthropologue Michel Agier.

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Pourquoi choisir la poésie comme moyen de protestation contre la fermeture des frontières ?

Parce que c’est tout ce que je sais faire ! Ceci étant, il faut distinguer «poésie» et «poétique». La «poésie» est la pratique d’un langage inouï, la fréquentation d’un indicible, dans une langue. La «poétique» est une vision du monde, et de l’homme dans le monde, sur la base de ce qui fait l’irréductible humain quand on a enlevé toutes les aptitudes liées aux nécessités immédiates, à la survie et aux pures rationalisations.…

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« Frères migrants » de Patrick Chamoiseau : notre parole primordiale

— Par Loïc Céry (Institut du Tout Monde) —

Comment convaincre de l’importance du dernier essai de Patrick Chamoiseau, et de l’urgence de le lire et d’en diffuser la substance ? – celle d’une mobilisation de chacun face au drame des migrants, et du moment de nouvelles fondations ? Je propose un aperçu sur les urgences de cette diffusion, à laquelle nous voulons contribuer ici avec l’Institut du Tout-Monde (fin de l’article).

À en juger par les commentaires assez unanimes de la presse, la sortie de l’essai Frères migrants de Patrick Chamoiseau (Seuil, mai 2017) a été saluée par un éloge général, les uns et les autres ayant noté la générosité singulière de cet appel à la solidarité avec les migrants, son élan vers l’ouverture et son aspiration au dépassement des réflexes de rejet. Une quasi-unanimité par conséquent, qui a quelque chose de rassurant devant ce qui est certainement un livre important, en un contexte troublé. Pourtant, demeure une sorte d’insatisfaction toute personnelle : je ne suis pas sûr finalement, qu’on ait pour de bon pris la mesure exacte de cet appel, et tout à la fois de cet essai politique court et dense, de ce tournant éthique et de cette postulation poétique à de nouvelles éclosions.…

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Patrick Chamoiseau : « Les frontières sont devenues des guillotines »

Le grand écrivain martiniquais publie « Frères migrants », une ode à la tolérance et à l’accueil. Entretien.

— Par Marie Lemonnier —

Drame majeur de notre temps, la question des migrants n’a trouvé aucune réponse dans notre monde actuel, comme si celle-ci s’avérait réellement impossible à concevoir à l’heure de la mondialisation marchande et du repli sur soi. Ce sont ainsi des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont abandonnés à la mort, transformant la Méditerranée en cimetière et nos frontières en murs de sang. Une catastrophe humanitaire, politique mais aussi poétique, souligne le grand écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau, prix Goncourt 1992 pour «Texaco».

A l’occasion de la parution de son nouveau livre «Frères migrants», publié aux éditions du Seuil, il explique à «L’Obs» pourquoi la poésie doit en effet d’urgence revivifier nos systèmes de représentation afin de renouveler notre vision du monde, réinventer le sens de nos frontières et organiser une solidarité des souverainetés nationales. Dans une vibrante «Déclaration des poètes» qui clôt l’ouvrage (extraits à découvrir ici), il formule aussi les grands principes humains qui pourraient nourrir ce nouvel imaginaire et conduire à la «mondialité» voulue par son ami Edouard Glissant.…

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Frères migrants, les poètes déclarent…

« On ne peut pas laisser passer ça » : c’est ainsi qu’Édouard Glissant, en insistant sur le « on ne peut pas », convoquait son jeune complice Patrick Chamoiseau face aux urgences du Tout-Monde et des humanités en relation. Ce souvenir a été d’emblée rappelé par l’écrivain en introduction à la lecture de cette « Déclaration des poètes », mercredi 1er février à la Maison de la poésie à Paris, lors d’une soirée de « poétiques de la résistance » organisée par l’Institut du Tout-Monde fondé par Édouard Glissant.

L’esprit qui habite Frères migrants est le même qui avait inspiré Quand les murs tombent, ce manifeste contre le ministère de l’identité nationale et de l’immigration qu’ils avaient écrit ensemble en 2007. On y retrouve cette inspiration que, depuis Aimé Césaire (Discours sur le colonialisme) et Frantz Fanon (Les Damnés de la terre), la Martinique n’a cessé d’apporter au monde (lire sur Mediapart Martinique éveilleuse du monde).…

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Apré nonm lan

Pour Jean Bernabé

 — Par Patrick Chamoiseau —

Jan
Man ka wè an gwan lawonn sèbi  ek an chay  betafé
Man ka  tann tout  kalté  jan tanbou ka dégajé kadans
Ek man ka tann lang-an
Ki ka ouvè, ki ka lévé
Ki ka bat  alantou’w
 
Ki  ka  djélé osi !
 
Ou apiyé’y
Ou gloryé’y
Ou bay limyé rasin et lépésè zetwal
Ou viré bay sa‘y ba nou  ek ou tyenbé  fos la
 
Saki vayan  jodi ka dépozé chapo
Sé a lan men yo ka poté tchè yo
Sé a lan men yo ka balé tout kalté la pousiè
Pou dépozé anba plat pié’w dé kalté bel ti mo
Dé vyé mo a vyé neg
Dé pawol kout dé pawol  long
Dé pawol a dousin
Tou sa lang lan za di, tousa i poko di  ek tousa i ké di
 …

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«Le rôle de l’artiste est de toujours être du côté de la beauté»

A l’occasion de la 23e édition du SIEL ( Salon Internatiponal de l’Edition et du Livre), l’Institut français a invité l’auteur et poète Patrick Chamoiseau pour présenter son dernier roman «La matière de l’absence». Avec le recul de l’artiste, il partage avec nous une vision élargie sur l’existant et l’impensable.

Vous présentez, dans le cadre du SIEL «La matière de l’absence», un ouvrage dans lequel vous explorez le deuil de votre mère, disparue il y a seize ans. Quand fait-on le deuil d’une mère ?

Patrick Chamoiseau :Dans les sociétés traditionnelles, le deuil est un moment très particulier, une sorte de seuil qu’il faut traverser. Ce qui fait que l’on dispose de systèmes symboliques qui aident à traverser cette période. La difficulté du monde contemporain c’est que l’on a ce phénomène d’individuation. On construit, d’une certaine manière, son éthique, son équilibre, son architecture de principe et de valeurs. On est détaché du système symbolique communautaire et l’on doit construire, seul, sa propre personne.…

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« Solibo Magnifique » traduit en japonais

Conférences, samedi 25 février 2017 à 15h à la Maison de la Culture du Japon à Paris.

« Il y a des pays comme ça où la mer est par-devant la mer est par-derrière… »

À l’occasion de l’attribution du Grand prix de la traduction 2016 à la version japonaise de son ouvrage Solibo Magnifique, la MCJP accueille un grand romancier, conteur, essayiste et théoricien de la créolité, Patrick Chamoiseau. Lauréat du Goncourt 1992 pour le désormais célèbre Texaco, l’écrivain sera entouré par ses deux traducteurs Ryoko Sekiguchi et Patrick Honnoré qui nous feront voyager dans l’univers des insularités, et nous expliqueront comment la musique les a inspirés dans leur travail de traduction.

Entre la Martinique et le Japon, à travers la traduction d’une oeuvre, Solibo Magnifique, les invités entrouvriront aussi des portes oubliées vers des lieux communs rapprochant des cultures au-delà des frontières linguistiques. Des îlots où l’humain livre sa mémoire, énonce ce qui l’entoure et effleure l’universel.

Maison de la Culture du Japon à Paris, 101Bis Quai Branly, 75015 Paris…

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De la migration, sur scène, en littérature, et dans la vie

— par Janine Bailly —

L’actualité nous en donne régulièrement des échos, les médias s’emparent de leurs odyssées, transcontinentales ou européennes, de préférence si elles se font tragiques, et puis on s’habitue, on vit près d’eux sans les voir sans les regarder sans leur faire même l’aumône d’un sourire, d’un signe de reconnaissance, d’une parole, qui viendraient à l’appui d’une possible aide matérielle.

Ils sont les sans-papiers, les déracinés, les déshérités, les exilés, les migrants, les « à expulser », ceux que l’on dit réfugiés quand bien même la terre où ils ont pris pied au péril souvent de leur vie, ne leur offre aucun refuge, et qu’on les voit dormir sur les trottoirs des villes, dans les encoignures des portes, dans les replis des murs, hommes femmes et enfants blottis à même le sol dur ou sur quelque carton censé les isoler du froid qui terrifie. Ils, ce sont ceux que la vie a poussés vers nous, fuyant les vicissitudes de pays devenus pour eux invivables, pays en guerre, pays en misère, pays soumis à quelque petit chef dictatorial, pays devenus, par la faute des activités incontrôlables des hommes, ingrats et de sols improductifs.…

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Contre la barbarie!

Mercredi 1 février 19H – Maison de la poésie – Paris

Avec l’Institut du Tout-monde, je prononcerai en compagnie
d’Isabelle Fruleux
une
GRANDE DÉCLARATION SUR LES MIGRANTS.
Une soirée « Itinerrance » proposée par l’Institut du Tout-Monde,
avec la participation du Collectif PEROU

et du Collectif pour une Politique de la Relation (Bruno Guichard)

Welcome à tous.
Réservez – Place limitées.

Impasse Molière – 157 rue Saint Martin – 75003

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Que les feux que les flammes que les braises

— Patrick Chamoiseau —

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In memoriam

Que les feux que les flammes que les braises

Castro
que les feux que les flammes que les braises
fassent pour nous le partage
Nous
emmêlés et mêlés
à une cendre lourde et déjà trop ancienne
frère du peuple des exils et des geôles
et fils ho !



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L’esclavage : quelle influence sur notre poétique ?

— Par Patrick Chamoiseau —

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Passage du milieu – Film de Guy Deslauriers.

J’ai choisi de vous parler de l’influence de l’esclavage sur notre poétique.

D’abord, deux considérations liminaires.

La première sera pour remercier mon ami le professeur Aimé Charles-Nicolas de l’hommage qu’il rend aujourd’hui à la littérature. Demander à un écrivain « d’ouvrir » en quelque sorte un colloque scientifique, c’est, au-delà de ma personne, reconnaître au même niveau que les sciences de l’homme, la perception poétique des choses, et l’importance des poètes, romanciers, musiciens et artistes qui, dans les Amériques, ont questionné les réalités humaines de nos pays. L’intuition poétique, l’exploration romanesque, les divinations enthousiasmantes des plasticiens, des photographes et des musiciens, ont bien souvent précédé — pour ne pas dire « inauguré » — les investigations pragmatiques des sciences de l’homme et de l’esprit. C’est donc pour souscrire à la tenue scientifique de ce colloque que je vais convoquer, pour leur laisser ma place, deux poètes essentiels à la compréhension des mondes créoles américains : Aimé Césaire, Edouard Glissant.

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La Matière de l’absence : l’écriture comme célébration du surgissement

— Par Michèle Bigot —

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L’absence, c’est avant tout celle de Man Ninotte, la mère du narrateur, qui vient de la porter en terre. De ce deuil, partagé avec la fratrie, et au premier chef, avec sa sœur, la Baronne, il reste l’indicible douleur de la perte. Mais aussi la densité d’une présence de l’absente, qui apparaît à tous les coins de rue. Sa silhouette, ses gestes, ses expressions, une trace. La trace autour de laquelle on peut broder à l’infini. Broderie et tissu font texte. L’absence de la mère renvoie à « l’effacement primordial », celui des Amérindiens, celui des esclaves enchaînés à la cale du vaisseau négrier, arrachés à leur univers, plus dépouillés que les plus nus. Sur cette radicale absence, cette totale amputation, cette disparition, il s’agit de faire culture, « sol et racine ». Le manque fondateur, l’effacé structurant, voilà qui va faire nouveau monde.

Et la perte de l’être le plus cher réactualise ce manque radical. Par là, elle fait surgir la forme poétique.…

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Chamoiseau, l’œuvre au monde

Compte rendu critique de : Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence (Seuil, 2016)

chamoiseau_micro—Par Loïc Céry (ÉdouardGlissant.fr) —

La légende dit que Jean Paulhan, le « pape de l’édition française » des années vingt aux années soixante, avait coutume en recevant ses invités à son hôtel particulier non loin des Arènes de Lutèce, d’expliquer à qui voulait l’entendre, la signification des deux imposantes piles de livres qui trônaient à l’entrée de l’intimidante demeure, comme des Himalayas inaccessibles à l’entendement. Les ouvrages provenant des envois de presse, tous neufs et souvent dédicacés par leurs auteurs, étaient rangés en rangs serrés, dans un équilibre instable et pourtant viable, mais dont la précarité elle-même intriguait les visiteurs, compte tenu de la hauteur impressionnante des deux colonnes. Les livres attendaient l’attention si salvatrice du démiurge, qui pouvait d’un coup vous propulser au firmament des gloires littéraires de Paris ou de sa seule indifférence vous laisser dans la moiteur de la confidentialité. Dans cet hôtel particulier qui a vu passer tout ce que la littérature française comptait de talents confirmés et d’espoirs en germe, les ouvrages reçus, innombrables et envahissants, n’échappaient jamais à cette sélection première, ce tri soigneusement pensé par le maître.…

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Une culture en héritage

— Par Lise Gauvin —

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Edvard Munch – La Mère morte et l’enfant –

Comment survivre à cette « absence fondamentale » que constitue la mort de la mère ? se demande le narrateur du dernier roman de Patrick Chamoiseau. En risquant « une parole, […] sans mander de répondeurs, juste soucieux de respirer et de sourire aux souffles de ce qui n’est nulle part et qui pourtant subsiste ».

Dans La matière de l’absence, l’écrivain amorce une longue méditation, en compagnie de sa soeur aînée surnommée La Baronne, sur l’héritage laissé par Man Ninotte et sur la culture antillaise, qu’il présente comme une combinaison de traces, ces « mélanges en précipitations », ces « marques jamais monumentales » qui font les paysages.

Cette culture, Chamoiseau la retrouve dans la présence du conteur créole, dont le récit se situe tout autant dans ce qu’il dit que dans ce qu’il ne dit pas, mais aussi dans les allées et venues des pacotilleuses, ces femmes qui voyagent sans cesse dans la Caraïbe pour tenir un « commerce mobile ».…

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Un deuil différé qui finit par embrasser le monde

matiere_de_l_absence_fdfPatrick Chamoiseau part de lui-même pour nous livrer, à l’échelle de toute l’espèce, un vaste poème en prose aux bouffées épiques.

Après la catastrophe qu’a été la mort de sa mère – dont il a longtemps différé le deuil –, Patrick Chamoiseau compose un objet d’écriture proprement inédit (ni roman, ni récit, ni essai) d’une rare ambition, ponctué de dialogues entre un narrateur qui dit « je » et une sœur aînée, dite la Baronne, décrite comme élancée, dotée d’un solide bon sens qui tempère volontiers le penchant de son cadet à la philosophie. Une prose dense à l’extrême rend magnifiquement compte de l’état d’esprit d’un homme brutalement saisi par l’annonce de la disparition de celle qui le mit au monde. C’est ensuite la lente remontée des souvenirs, des sensations, des couleurs, des odeurs… Structurée en trois parties (intitulées « Impact », « Éjectats », « Cratère »), la Matière de l’absence, littéralement possédée par un dessein autobiographique de grande ampleur, convoque au passage maintes disciplines de la pensée, au premier rang desquelles l’anthropologie et l’histoire.…

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« La matière de l’absence » : Le grandiose de l’intime

la_matiere_de_l_absenceA l’occasion de la parution de dernier livre de Patrick Chamoiseau, « La matière de l’absence », l’Association Tout-monde a organisé une soirée poétique. Gérard Delver, président de l’association, s’est entretenu avec l’écrivain. Quelques extraits…

Gérard DELVER : Ton dernier ouvrage « La matière de l’absence » me semble ouvrir une nouvelle dimension dans la littérature de nos pays, je veux parler de « l’intime ». Nos littératures étaient souvent identitaires, à visée collective, essayant le plus souvent d’élucider un être-au-monde créole et pour le moins énigmatique, tant et si bien que l’intime que l’on trouvait dans les littératures européennes était très peu présent chez nous. Qu’est-ce qui justifie ta plongée soudaine dans l’intime de la mort d’une mère, de l’émoi d’un deuil ?

Patrick CHAMOISEAU : C’est vrai que le fondement de nos littératures, leur énergie profonde était l’élucidation identitaire. Nous avons de tout temps été confrontés à la nécessité d’explorer cette complexité créole inédite qui nous chahute au plus profond.…

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Breleur total !

Arpenteur des ombres et servant de l’éclat

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— Par Patrick Chamoiseau —

Dans la vie d’un artiste, une exposition n’est jamais quelque chose d’anodin. Ce n’est pas seulement une circonstance où il se montre à son public, et partage le degré de questionnement auquel il est parvenu. C’est surtout l’instant où, d’une certaine manière, l’œuvre s’éloigne du créateur et commence à vivre, loin de lui, une vie autonome, dans ce que Saint John Perse appelait un grand « verger d’éclairs ».

Avec nos amis, nous avons toujours essayé de ritualiser le moment du décrochage. Il est pour nous bien plus important que celui du vernissage. Après l’exposition, le cordon ombilical achève de se rompre, l’œuvre se retrouve pour ainsi dire « lâchée » comme on le ferait d’un animal sauvage. Elle commence non pas une vie décidée par l’artiste, mais véritablement un marronnage dans la matière du monde, tout comme une extension imprévisible dans les consciences et les imaginaires qu’elle a pu confronter.…

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Considérant M. Ernest Breleur…

— Par Patrick Chamoiseau —

ernest_breleurConsidérant M. Ernest Breleur, je dirais ceci.
Cette œuvre est importante. L’artiste est considérable.
Examinons ce que je mets dans ces deux termes : l’important, le considérable

A
L’œuvre breleur est importante

1 – L’œuvre importante augmente notre réel. Elle ébranle les certitudes qui nous permettent de vivre et qui nourrissent notre idée du beau, du vrai, du juste, du pertinent, du bienfaisant… Toute œuvre importante augmente le réel par un tourbillon d’interprétations possibles qui sollicite votre participation, qui vous oblige à exister autrement en face de son indéfinition. L’indéfinition c’est la préservation d’une grande intensité de possibles. Elle est inconfortable pour celui qui veut être rassuré. C’est pourquoi il est plus facile et plus fréquent de rejeter une grande œuvre, que de la confronter. L’autre manière de la fuir, est de vouloir à tout prix l’expliquer. Celui qui se lance dans une explication, c’est à dire qui cherche à en enlever et les ombres et les plis, prend le risque de se couper de l’œuvre qui elle, demeure et demeurera malgré tout infiniment ouverte.…

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Retrouver une poétique du vivre ensemble

— Propos de Patrik Chamoiseau recueillis par Olivier Doubre et Christophe Kantcheff pour Politis

patrick_chamoiseauPour l’écrivain Patrick Chamoiseau, il y a dans la culture française de quoi puiser une nouvelle éthique, afin de faire face aux défis actuels et de retrouver le sens de la beauté du monde.

Demander à Patrick Chamoiseau quel est son regard sur la France consistait à faire un pas de côté, fort de l’éloignement de ce petit bout de France atypique, créolisé et longtemps colonial, qu’est la Martinique. C’est du Lamentin, bourgade où il vit, que le lauréat du prix Goncourt 1992 (pour le superbe Texaco, fresque revisitant l’histoire de son île sur trois générations) nous a répondu. Son rapport à la France passe d’abord par la langue, « matière première » mais certainement pas « naturelle » pour l’auteur d’Écrire en pays dominé (Gallimard, 1997). Ainsi que par la conscience d’une France immergée dans le « tout-monde », cher à son maître Édouard Glissant, nécessaire à l’ouverture à l’Autre⋅

Puisque nous consacrons ce dossier à « la France qu’on aime », quelle est la France que vous aimez ?

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Carnation et incarnation au théâtre vues par Patrick Chamoiseau

patrick_chamoiseauCet article a été initialement publié sur africultures.com, que nous vous invitons à visiter.

Patrick Chamoiseau, célèbre écrivain martiniquais, prix Goncourt pour Texaco en 1992, l’un des représentants de la Créolité avec Raphaël Confiant et Jean Bernabé, disciple inconditionnel d’Édouard Glissant, est indéniablement plus connu pour son œuvre romanesque que pour son œuvre théâtrale. Beaucoup ignorent en effet que l’auteur de Solibo le magnifique et Biblique des derniers gestes est aussi dramaturge. Ses pièces témoignent de l’intérêt de l’écrivain pour le conte, la langue créole ainsi que de son engagement politique contre le colonialisme et le néo-colonialisme : il s’inspire du théâtre grec antique avec sa première pièce écrite en 1975, une adaptation d’Antigone de Sophocle transposée dans le contexte indépendantiste martiniquais des années 70 ; il oppose les représentantes de la tradition orale antillaise et occidentale avec Manman dlo contre la fée Carabosse publiée en 1982; il confronte les croyances populaires antillaises au rationalisme cartésien dans Un dimanche avec un dorlis, pièce jouée en 2004 au festival d’Avignon dans une mise en scène de Greg Germain.

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Pour la juste démesure

— Par Patrick Chamoiseau, poète et écrivain —
patrick_chamoiseau

Les démocraties capitalistes ne sont pas vertueuses. Leurs excès, leurs prédations, leurs injustices, leur barbarie économique insidieuse se situent toujours dans un ordre que nous avons intériorisé et à partir duquel nous essayons de combattre leur saccage du futur. Cet ordre installe une mesure qui s’est élargie à toute la planète, nous vivons avec elle, et c’est parce que nous sommes plongés dans sa violence marchande qu’il nous est difficile de penser une alternative globale à l’horreur du profit maximal, du développement comme solitude au monde, et à sa loi occidentale.

Que nous reste-t-il ?

Certainement pas un « hors-mesure » qui reste encore dans la mesure de l’ordre régnant et de ses ombres. Qui s’y soumet ainsi, et donc le régénère. Non. Il nous faut une démesure. Mais pas celle qu’utilisent les hommes de la terreur.

La démesure, quand elle s’applique à une contestation demeurée immédiate et sommaire, n’est jamais de l’ordre de l’alternative ou de la proposition.

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Patrick Chamoiseau à la rencontre du Maroc « créole »

—Par Bouthaina Azami —

chamoiseauPatrick Chamoiseau vient à la rencontre du Maroc à l’occasion de l’événement culturel « Le Français dans tous ses états. Rendez-vous avec l’un de ces rares écrivains qui ont bousculé les esprits ainsi que l’Histoire et ses clichés, pour se faire « marqueur de paroles » des infamies non assumées.

«Le Français dans tous ses états», qui fête cette année l’anniversaire de sa 10ème édition, accueille au Maroc, le 19 mars, un écrivain incontournable dont la plume, majestueuse, draine tout un monde, un «Tout Monde», pour faire un clin d’œil à Edouard Glissant, porté par cette «créolité» de rythmes telluriques, d’idiomes mêlés, de légendes filées comme autant de métaphores, de mémoires convoquées et confrontées, de langue(s) renouvelée(s)… Cette «créolité» qui tisse cet idéal de «mondialité» cher à Edouard Glissant. Partrick Chamoiseau viendra en effet présenter à Rabat son dernier livre, «L’empreinte à Crusoë». Un rendez-vous à ne pas manquer avec l’un des plus grands écrivains de notre temps.…

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20 ans de « Recherches en Esthétique »

— Par Selim Lander —

ESTHETIQUE_20_pages_couv_BD1« Loin de la vitre du train, je pense à la parole électrique des flamboyants,
que les pilotes de loin croient encore des  nappes de sang
/ demeurées sur les touches du crime » (Edouard Glissant)[i].

La revue Recherches en Esthétique, créée et animée par Dominique Berthet, professeur à l’Université des Antilles en Martinique, fête son vingtième anniversaire. Cette revue de très bon aloi, qui paraît suivant un rythme annuel, s’organise autour de thèmes successifs. Par exemple « La critique » (n° 3), « L’audace » (n° 8), « Utopies » (n° 11), « Le trouble » (n° 17), « Art et engagement » (n° 19). Si la place principale revient aux arts plastiques, la littérature est également bien représentée. Tel est en particulier le cas dans le dernier numéro consacré aux « Créations insulaires » : les articles passant en revue les formes de l’art contemporain dans les îles de l’outremer français (les fameux « confettis de l’empire ») ainsi que dans les Grandes Antilles (Cuba, Haïti, Saint-Domingue) sont précédés par un dossier qui explore le concept d’insularité en faisant largement appel aux romanciers, aux philosophes et à Edouard Glissant, lequel se révèle une référence incontournable pour la plupart des contributeurs de ce numéro.…

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