Théâtre

Avignon 2019. » Quarante degrés sous zéro Ou la difficulté de s’exprimer + Les quatre jumelles » Texte de Copi m.e.s. Louis Arene

— Par Michèle Bigot —
« Vous voulez que je vous raconte comment j’ai changé de sexe ? » demande Copi. Et voici un texte (du moins le premier,  degrés sous zéro) qui réactualise cette question mise à l’honneur lors du précédent festival d’Avignon. Le second texte (Les quatre jumelles) évoque les questions de la drogue et de l’omnipotence de l’argent. Le premier a pour cadre la Sibérie, le second les States.
Ces deux textes qui datent des années 70, ont été mis en scène à l’origine par Jorge Lavelli. Copi, son compatriote, figure de proue du mouvement gay, s’intéresse ici aux corps en souffrance, celui des trans comme celui des addicts à la cocaïne. Le texte se ressent de ces déchirures, il éructe, il vomit les mots dans des hurlements qui déchirent. Chez Copi, on s’insulte, on se baise, on se tue, et c’est souvent un seul et même geste. Le monde se désarticule, on marche sur la tête, on ne sait plus où on en est. Le tragique voisine avec le burlesque dans un univers qui tient de Jarry et de Kantor.

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Avignon 2019. « After the end » : un huis clos classique et réussi

— Par Roland Sabra —

Louise reprend conscience dans un abris anti-nucléaire sousterrain. La jeune femme a été sauvée par Mark, un copain qui a pu, dit-il, l’emmner évanouie, dans ce bunker avant que n’arrive le nuage radio-actif généré par une explosion nucleaire d’origine terroriste. After the end , la pièce écrite en 2005 par l’auteru britannique, de renommée internationale, Dennis Kelly est donc un huis clos classique dans sa facture, entre un homme et une femme, coupés de toute communication avec le reste du monde, dans un ailleurs insituable au cours duquel vont se dérouler, se déployer, se dévider, toutes les attitudes, sentiments et passions les plus basiques pour ne pas dire les plus archaiques.

On retrouve là, sous l’évocation d’une menace réelle ou imaginaire le déploiement des mécanismes psychiques défensifs et d’attaque, clivages, projctions, identifications projectives, dénégations, dénis, qui participent à la construiction du huis clos. Le périmètre délimité est un véritable dispositif de contrôle, de contrainte et d’emprise afin de maintenir ou m^me détablir un lien fusionnel. Durablement fermé, conçu dans le but de suspendre le temps et l’espace, de réduire ou d’annuler la parole et la singularité de l’autre, le huis clos est énigmatique et donc en tnt que tel un objet de théâtralisation.

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Bruncher au T.A.C. avec Manmzèl Julie

Dimanche 7 juillet 2019 le matin à 9h

La compagnie Ile Aimée présente :

Jann Beaudry , Hervé Deluge et Rita Ravier dans Dans un coin de la Caraïbe, c’est la nuit de la Saint-Jean, la fête des innocents, qui correspond sans doute à une autre fête. La cuisine de la propriété du Vénérable Maître Auguste se transforme, au cours de cette nuit, en une scène où se déroulent de multiples jeux de manipulation avec un trio infernal: Julie, jeune mulâtresse, la fille du Maître, qui s’encanaille avec ses domestiques, notamment Jean, le major d’homme nègre, très ambitieux, plus aristocrate que sa jeune maîtresse qui cherche à le séduire; Christine, la cuisinière, la négresse, fiancée de Jean, qui se débat dans les mailles du mysticisme et du bovarysme ambiants, et des intrigues amoureuses entre son fiancé et Manmzèl Julie. L’alcool, la musique, la danse, des “mauvais airs”, des esprits vaudous et des maladresses réunis semblent créer une atmosphère propice à une tragédie qu’aucun des protagonistes ne voient venir…

Lire la critique de Madinin’Art :« Manmzèl Julie » de Durosier Desrivières, m.e.s.

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 » Les femmes savantes »

Le 28 juin 2019 à 20h Tropiques-Atrium

Comédie de Molière
Association les Comédiens
Mise en Scène : Julie Mauduech
Lire les comptes rendus de Janine Bailly et Roland Sabra sur Madinin’Art

Philaminte, Bélise (sa belle-sœur) et Armande (fille aînée de Philaminte) sont sous l’emprise d’un faux savant, Trissotin, qui les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais s’intéresse plus à l’argent de la famille qu’à l’érudition des trois femmes.

Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le père (Chrysale), son frère (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s’opposent pas frontalement aux chimères des autres femmes de la famille.

Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d’Henriette, mais elle s’est toujours refusée à lui, lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Clitandre est alors tombé amoureux d’Henriette, et tous deux envisagent de se marier.

Dans ce but, ils vont devoir obtenir le soutien de la famille. Chrysale et Ariste sont favorables au mariage, mais les trois « femmes savantes », s’y opposent.

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«Chimamanda» ou Hamlet revisité côté femmes!

— Par Roland Sabra —

Au fil de sa plume Francine Narèce, revisite les épisodes tragiques de l’histoire de nos îles. Dans «Pour deux francs…», ( voir le compte-rendu de J. Baily) elle interroge: «Que reste-t-il de tous ces sacrifices, Lumina et Ignace, de tant d’autres héros, de tous ces anonymes qui ont donné leur vie pour ceux qui aujourd’hui attendent.». Ce questionnement, tel qu’il est restitué dans les travaux que présentent les Ateliers Théâtre du Sermac, est à mille lieues de tout dolorisme, de toute exaltation de la douleur qui lui attribuerait une haute valeur morale, un rôle transformateur et générateur d’activité créatrice. L’exigence morale de Francine Narèce est autre. Il s’agit d’inscrire l’histoire dans un théâtre de combat jamais terminé, toujours en cours pour l’émancipation. Dans « L ‘habitation Mérida » elle décrit un pays où « où tous les hommes sont Homme », dans l’union, la fraternité et la solidarité et ce sont les femmes qui l’ont inventé, porté en leur sein, mis au monde et qui le font vivre.

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« Chimamanda » de Francine Narèce , m.e.s. d’Élie Pennont

Samedi 15 juin 2019 à 19h au T.A.C.

Le théâtre est un genre littéraire peu prisé à ce jour par les auteurs sous nos latitudes. Très peu ont osé le « théâtre de combat », le marronnage dans l’écriture.
Francine Narèce relève ce défi. Cette ambition la pousse à planter sa plume dans l’encre sombre de notre histoire. Elle veut sublimer nos héros oubliés, ces combattants morts pour rien qui ont marqué notre histoire en lettres de sang. Notre histoire regorge de tragédies : que reste-t-il de tous ces sacrifices, celui de Lumina, celui d’Ignace et de tant d’autres encore, de tous ces anonymes qui ont donné leur vie pour ceux qui aujourd’hui attendent ? Serait-ce la peur qui annihile les plumes ? La peur de déplaire aux nouveaux maîtres, la peur d’échouer comme le roi Christophe ou encore Lumumba ? Dans cette réécriture de la tragédie de William Shakespeare, Hamlet, Francine Narèce porte un coup fatal. Ce sont les femmes qui sont mises en avant. Ce sont elles qui ont toujours fièrement porté en secret les ferments de la liberté.

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« Nous sommes tous des Martiniquais »: l’au-delà d’une vision victimaire

— Par Roland Sabra —

La vaste salle du Grand Carbet de Fort-de-France était bien remplie. Elle bruissait des mille et un murmures, entrecoupés d’éclats d’un public peu habitué à la comédie musicale. Collégiens, parents, enseignants et éducateurs constituaient l’essentiel du public pour cette dernière production des élèves de 4° du collège Édouard-Glissant menés par Madame Lima leur professeur d’anglais. On a déjà évoqué la mallette pédagogique utilisée dans ce collège : « une méthode d’ «adéquation par l’image»[…] conçue par DK qui, s’il n’est pas du sérail de l’Éducation Nationale, a une grande expérience des relations humaines . L’image, la dynamique de groupe avec échanges, soutien, auto -évaluation, la prise de parole sont autant d’éléments qui projettent les élèves dans une meilleure connaissance de soi, en créant du partage et de la confiance. Au rendez -vous : une réussite scolaire sans précédent et une appréhension du vivre ensemble qui chasse la violence. », précisait Dominique Daeschler dans Madinin’Art en présentant, il y a peu, le projet.

Sur le plateau côté jardin, en fond de scène un arbre massif surmonté d’un petit bouquet de feuilles, quelques vagues plantes vertes au pied.

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« Nous sommes tous des Martiniquais », une comédie musicale

Mercredi 12 Juin 2019 à 18h au Grand Carbet de Fort-de-France

Souvent emporté par un songe
J’entends le son du tambour
Ensorcelant réclamer le jour
Alors je me demande qui suis-je ? »
D.K 
Qui sommes-nous vraiment ? 
C’est la question que nous nous posons tous à travers l’étude de notre arbre généalogique conté à l’ombre du baobab de notre exode par cette fiction culturelle.
La réponse est magistralement apportée le 12 Juin 2019 par une nouvelle comédie musicale qu’interpréteront sur la scène du Grand Carbet, Madame Rosette LIMA, et ses élèves de 4° anglais du collège Édouard GLISSANT.
Toujours en s’inspirant d’un des supports de la mallette pédagogique de l’Adéquation par l’image de D.K « Nous sommes tous des Martiniquais », mise à sa disposition par l’auteur, elle choisit une fois de plus son environnement comme moyen didactique pour initier pédagogiquement ses élèves aux différentes étapes de l’exode du métissage de la Martinique.

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« La Ballade des planches », tout en légèreté et en plaisir partagé

Rire du théâtre au théâtre.

— Par Roland Sabra —

Le théâtre est le lieu de l’humour. Des objets incongrus, des accessoires inattendus, peuvent sortir des coulisses, tomber des cintres, surgir des trappes. Le public le sait. Il vient pour être surpris. Il se met en condition de l’être. Tout comme l’acteur se prépare dans la loge à son entrée en scène le public se prépare à recevoir le spectacle. « Soyez les ingénieux chimistes de nos métamorphoses, c’est vous qui mettez la couronne sur la tête de nos rois » (Shakespeare). L’humour porte presque toujours sur un ailleurs du théâtre, transporté, transposé pour la scène. Jean-Paul Alègre lui s’intéresse, dans la Ballade des planches, aux situations comiques générées par le travail d’une troupe de théâtre. Une comédienne attend vainement la réplique d’une remplaçante qui de mots en maux dérive du côté de l’absurde. Trois exploratrices découvrent figés dans une éternité irradiée un théâtre, sa régie et ses spectateurs. Un commercial propose de filmer, avec des inserts publicitaires, la mise en scène du suicide d’un désespéré.

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Théâtre : restitution de travaux d’ateliers

Mercredi 12 juin 2019 à 17h au C.G.O.S.H. Pointe Faula Le Vauclin

Jacques-Olivier Ensfelder développe depuis 3 ans une approche du théâtre pour la ville du Vauclin. Il a débuté son premier atelier dans cette ville avec 6 élèves aujourd’hui l’activité regroupe trois sections : enfants, adolescents, adultes avec plus de 60 élèves. La volonté politique et culturelle de la municipalité du Vauclin est de rendre accessible la musique la danse, le théâtre à une population qui n’en  peut-être pas les moyens ; aussi les cotisations mensuelles sont relativement basses.

Cette année le travail s’est organisé autour de thèmes contemporains : c’est-à-dire le transhumanisme avec la section enfants, la pièce s’appelle « Théo tomate » un enfant qui construit des robots car il n’a pas de copain. Avec la section des adolescents c’est autour d’une pièce qui s’intitule « Addict aux clic » sur le rapport à l’émergence du virtuel ordinateur portable smartphone tablette et la place de l’homme dans ce monde virtuel. Et avec la section élèves comédiens adultes C’est du thème de l’artiste kleenex et le regard porté autour des émissions comme « The Voice qui a été abordé.

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« La veste noire », par la troupe Pa Vini Kon Sa

Samedi 8 juin 2019 à 19h Maison de la Culture La Trinité

D’après « Le Costume » de Can Themba

Avec :

Jean-Michel Dubray : Maphikela

Lucette Alonzeau : Narratrice

Pierre Florent : Philémon

Nicole Percin alias Nikita : Mathilda

Murielle Rondel : Ma Rose

Années 1950 en Afrique du Sud, en plein cœur de l’apartheid. Comme des millions d’autres noirs, Philémon vit dans la misère – il n’y a pas de vitres à Sophiatown mais des cartons avec des trous dedans, résume-t-il. Pourtant, Philémon est un homme qui a trouvé une forme de bonheur, notamment grâce à sa femme, Tilly, dont il est éperdument amoureux.

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« Moi, fardeau inhérent », m.e.s. & jeu Daniely Francisque, texte de Guy Régis Jr

Samedi 8 juin 2019 à 19 au CDST de Saint-Pierre

Une femme seule, drapée dans la nuit. Elle attend. Flamme téméraire sous la pluie sauvage. Ses mots grondent, sa révolte déborde. Elle crie sa blessure à jamais ouverte, dénonce son destin avorté. Convoquant le passé, elle exhume le secret enfoui dans son corps flétri, son fardeau. Comment transcender les blessures de la vie ? Ici une femme attend l’heure de la vengeance. Elle attend l’homme, cette charogne. Elle l’attend avec dans sa main, l’orage et le glaive. Pépite du répertoire théâtral caribéen, le texte puissant et poétique de l’auteur haïtien Guy-Régis Junior résonne avec le mouvement mondial de libération de la parole des femmes, dénonçant harcèlement et violences sexuelles. Il vient clore le triptyque théâtral #Duels2Femmes de la compagnie TRACK, initié en 2016.

Lire les divers comptes rendus sur Madinin’Art

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« Le Coucou », de Jean-Pierre Martinez par la troupe « Pa Vini Kon Sa »

Le 7 juin 2019 à 19h Maison de la culture La Trinité

À la veille de Noël, le retour imprévu d’un grand-père qu’on croyait mort bouleverse la routine d’une famille d’apparence ordinaire.
Une comédie loufoque et cruelle sur le lien familial.Allez directement en enfer… ou tirez une carte chance.
Personnages : William, Judith, Fausto, Nina.

Jean-Pierre Martinez, auteur de théâtre, est aussi scénariste pour la télévision. Pour le petit écran, il a écrit une soixantaine d’épisodes de séries (cf. Avocats & Associés). Pour la scène, il a écrit une soixantaine de comédies, la plupart ayant déjà fait l’objet de créations professionnelles ou amateurs. Plusieurs de ces textes sont traduits en espagnol et en anglais. Jean- Pierre Martinez est sociétaire de la SACD.

Au bout du compte, on est toujours tout seul au monde… C’est à partir de ce constat tragi-comique que se développe l’univers théâtral en expansion de Jean-Pierre Martinez, avec en son centre une sorte de Charlot des Temps Modernes, qui serait doué comme d’un handicap d’une parole dont il ne sait que faire .

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Conte Colibri de Lafcadio Hearn

Lundi 3 juin 2019 à 19h Maison de la Culture de Trinité

Par la troupe  de l’atelier théâtre du service municipal de la culture de La Trinité.

— Bo-bonne fois…
— Trois fois bel conte!

Il était une fois… Il y a longtemps, longtemps. En ce temps-là, le Diable n’était encore qu’un tout petit, petit bonhomme.

Or donc, le Bon Dieu voulait faire une route et les nègres prétendaient ne savoir travailler qu’au son du tambour. Un seul tambour il y avait sur la terre: le tambour de Colibri.

Dieu manda le Cheval.

— Chouval, mon fils, va-t-en chez Coulibri lui demander son grand tambour. S’il refuse de me le prêter… frappe!!!

Chouval s’en va: Placata, Placata, Placata.

Il arrive chez Colibri

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« La ballade des planches », de Jean-Paul Alègre, par la troupe Les Comédiens de Julie Mauduech .

Jeudi 6 juin 2019 à 19h 30, Maison de la culture de Trinité

La Ballade des planches visite l’univers du théâtre. Au rythme des saisons théâtrales s’enchaînent les scènes de répétitions des comédiens, les derniers préparatifs avant de monter sur les planches, les ultimes raccords d’un metteur en scène capricieux mais aussi la complainte d’un tube de fond de teint égaré, la danse d’un vieux rideau affolé, d’un costume ensorcelé et de bien d’autres accessoires encore…

Les jeux de mots s’enchaînent, l’absurde côtoie le comique des quiproquos, les sentences qui tuent s’entrecroisent, le tout ponctué de poésies, de notes de piano et de danses.
Quand le projecteur chante, la planche craque, le costume se dévoile, la première réplique cède le pas devant le mot de la fin. Des explorateurs découvrent un théâtre figé dans l’éternité, un homme met en scène le suicide d’un désespéré, tandis qu’une comédienne attend vainement que son partenaire lui donne la réplique.

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Festival de théâtre amateur de La Trinité

Du 03 Juin au 08 Juin 2019 à 19h

Du lundi 3 au samedi 8 juin 2019, la vitalité et le dynamisme des compagnies de théâtre non-professionnel illumineront, la scène de la Maison de la Culture de la Trinité.

Le Festival est ouvert aux compagnies de théâtre amateur implantées en Martinique et proposant une pièce en langue créole ou en langue française.

D’une durée maximale d’une heure trente minutes, une pièce est jouée au minimum par deux comédiens dialoguant sur scène.
Programmation

Au programme :

=>Vendredi 7 juin à 19h : « Le Coucou une pièce » de Jean-Pierre Martinez, par la troupe  » Pa Vini Kon Sa »

=>Samedi 8 juin à 19h : « La veste noire », adaptation de « Le costume » de Can Themba par la troupe Le Théâtre du Bon Bout

=>Lundi 11 juin à 19h : « Fout sa bon », une comédie de Rose Séjean & « Le combat de Léona Bataille », une comédie de Nadine Narèce. Dans le cadre des Rencontres Intergénérationnelles

*****

Pour ouvrir ce festival, la troupe de l’atelier théâtre du service municipal de la culture proposera, ce lundi, l’adaptation du conte « Colibri » de Lafcadio Hearn.

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« Un ennemi du peuple », de Henrik Ibsen, m.e.s. de Jean-François Sivadier

— Par Jeanne Ferney —

Qu’il est beau, le décor imaginé par Christian Tirole et Jean-François Sivadier au Théâtre de l’Odéon. De grands rideaux transparents fendent la scène, reflétant la lumière qui ondule comme à la surface d’un lac. Ou sur l’eau qui alimente les thermes, « cœur battant » du bourg de province où se déroule Un ennemi du peuple (1).

Jean-François Sivadier : « La mise en scène est d’abord inscrite dans la partition »

Les curistes viennent de loin pour y soulager leurs articulations rouillées. De quoi garantir la popularité du préfet Peter Stockmann, même si c’est son frère, le docteur Tomas Stockmann, qui en a eu l’idée. Autrefois dans la gêne, désormais chargé de cet établissement florissant, le médecin mène une vie paisible auprès de son épouse et de ses trois enfants. Mais quelque chose le chiffonne. Après vérification auprès d’un laboratoire, ses soupçons sont confirmés : les eaux de la station sont contaminées. Certes, les clients repartent les jambes légères, mais avec une maladie infectieuse…

Arrêt de mort sociale

Fier de contribuer à l’intérêt général en révélant ce scandale sanitaire, le docteur remet sans tarder un rapport étayé à son frère.

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Violentes tempêtes guerrières et charnelles autour de Troie

— Par Gérald Rossi —

S’emparant avec gourmandise de l’Iliade et de l’Odyssée, Pauline Bayle, avec ses cinq comédiens, fait briller les récits d’Homère avec un minimum d’artifices, rendant à l’aventure toute sa chair humaine, passionnée et passionnante.

Le voyage, l’aventure, le récit, la guerre, l’amour, commencent avant le début. A leur insu, les spectateurs massés devant les portes d’entrée de la grande salle de la Scala Paris, serrés dans une chaleur de plus en plus moite à chaque minute supplémentaire, comprennent subitement que pour l’instant ils sont des rois, des marins, des guerriers.

Venus à la tête d’une armada de navires lourdement armés. Les héros mythologiques Achille, Agamemnon… surgis d’entre ces témoins, s’apostrophent, interpellent les souverains présents, souvent interloqués, qui finalement jouent le jeu. En tout cas au delà de simple voyeurs de cette vibrante fresque.

Pour Iliade + Odyssée, Pauline Bayle, qui adapte les textes d’Homère et les met en scène, n’a pas cherché l’enflure, la démesure ou le cliquant. Aucun cheval de Troie sur la scène, ni récifs, ni proue de navire, et pas davantage de lance, d’épée ou de poignard.

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« Hors la loi » : ces femmes qui ont ébranlé le carcan machiste

— Par Jack Dion —
Au Théâtre du Vieux-Colombier, Pauline Bureau met en scène « Hors la loi », centrée sur le procès de Bobigny qui débouchera sur la loi autorisant l’IVG. Où l’on (re)découvre un grand moment de la lutte féministe.

Sans le procès de Bobigny de 1974, il n’y aurait peut-être jamais eu, deux ans après, la loi Veil autorisant l’IVG. De cette épique époque, on a retenu les noms des femmes célèbres qui osèrent monter au front de la contestation, envers et contre les dogmes d’une pensée claquemurée, en publiant le « Manifeste des 343 », une liste de 343 femmes qui s’accusaient du délit d’avortement. Mais il ne faudrait pas oublier le courage de toutes ces femmes anonymes qui firent éclater le scandale de leur condition, qui osèrent témoigner à rebours des conventions dominantes et des mœurs ancestrales. Avec la pièce intitulée Hors la loi, Pauline Bureau leur rend un hommage amplement mérité.

Le personnage central s’appelle Marie-Claire Chevalier (Martine Chevallier). On la découvre d’abord telle qu’elle est aujourd’hui, âgée de 60 ans, mais marquée à jamais par ce qui lui est arrivé en 1971.

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Festival « off » d’Avignon : « Oui, il y a trop de spectacles »

— Propos recueillis par Sandrine Blanchard —
Pierre Beffeyte, président de l’association Avignon Festival & Compagnies (AF & C), explique l’équation compliquée de la manifestation pour les compagnies.
Le Festival « off » d’Avignon n’en finit pas de grossir. Cette manifestation parallèle au Festival officiel (le « in »), qui se déroulera du 5 au 28 juillet, attire un nombre sans cesse plus important de compagnies. Ainsi, l’édition 2019 accueillera 1 592 spectacles (contre 1 538 en 2018) dans 139 lieux (contre 133 en 2018). Président de l’association Avignon Festival & Compagnies (AF & C), qui assure la coordination et l’organisation de ce rendez-vous théâtral hors norme, Pierre Beffeyte se félicite d’avoir, pour la première fois depuis la création du « off », obtenu un soutien du ministère de la culture.
 

Le nombre de spectacles présentés dans le « off » augmente encore cette année. Comment l’expliquez-vous ?
Cela ne s’arrêtera jamais d’augmenter. L’immobilier est tellement intéressant à Avignon ! Y ouvrir un théâtre est une opération financièrement valable. Et on va bientôt assister à davantage d’ouvertures de salles en dehors des remparts.

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« Cette punition », texte & m.e.s. Valer’Egouy avec Jacques-Olivier Ensfelder

Vendredi 31 mai 2019 à 19h à Saint-Esprit, salle Fitte-Duval

20 €uros sur place

Pièce de théâtre constituée d’extraits de textes, contes, musiques, mouvements dansés.
Un homme passe une nuit en prison en garde à vue pour une affaire dont il n’est pas réellement responsable. La jalousie des autres lui saute dessus alors il entre en réflexion et défilent devant ses yeux plusieurs moments de sa vie depuis l’enfance. Il voyage aussi hors de sa terre natale et remonte le temps à aujourd’hui pour parler d’autres punitions. La thématique de la punition n’a pas été souvent abordée au théâtre dans les pièces présentées en Martinique ces dernières années. Il est question de réveiller des sentiments par quelques émotions – partir de l’enfance et faire le chemin ensemble en passant de l’adolescence à l’âge adulte, jusqu’aux cheveux blancs.

Présentation
La thématique de la punition n’a pas été souvent abordée au Théâtre. En tout cas, il y a peu de pièce de Théâtre où c’est le thème principal. Nous entendons par là celles qui sont représentées en Martinique ces dernières années.

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Les langagières au TNP : une ode à la langue.

— Par Dominique Daeschler —

Au Théâtre National Populaire de Villeurbanne, Christian Schiaretti directeur conduit avec Jean Pierre Siméon (longtemps à la tête du Printemps des poètes) une aventure commencée au CDN de Reims : quinze jours consacrés à la langue et à son usage. Réinventer la langue, l’entendre avec des comédiens, des poètes, des passants, des écoliers, des habitués… : sacré pari ! Il y a des spectacles en sales, des cartes blanches, des lectures, les mots de minuit, les « vignettes », les grands cours, les consultations poétiques, des concerts, des rencontres et tout un programme hors les murs qui fait la part belle au jeune public A vos alphabets et à vos imaginaires ! Des gens connus comme Jane Birkin, Thibaud de Montalembert, François Morel, al Malik mais pas seulement : la parole vive est aussi semée par les brigades d’intervention poétique dans les écoles, les brigades d’action culturelle dans la rue. Si le souffle est donné avec « les poèmes dramatiques » de Sophocle, la gouaille, l’épique, le raffiné traversent les siècles avec entre autres Marot, Hugo, De Pisan.

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Théâtre dans le noir : une expérience saisissante avec « Moi, fardeau inhérent »

— Par Roland Sabra —

Théâtre noir, l’expression est polysémique. Elle renvoie d’une part au Théâtre noir de Prague dans lequel des acteurs entièrement vêtus de noir jouent devant un fond noir leur permettant de choisir ce qu’ils veulent montrer aux spectateurs, comme des objets lumineux, phosphorescents, voire des personnages qui flottent dans l’espace. (Regardez un extrait de théâtre noir) D’autre part c’est aussi le nom d’une compagnie de théâtre , Le Théâtre Noir de Paris, créée par le Martiniquais Benjamin Jules-Rosette, qui anima un espace de création éponyme de 1975 à 1989. En 2003 sous la direction de Nadine Fidji poétesse, écrivaine originaire de la Réunion, elle change de nom et devient Le Carbet-Théâtre Noir. Benjamin Jules-Rosette dont Césaire disait  » |Sa] vie est un combat pour la culture, pour les Antilles, pour l’Afrique et pour l’homme. » en conserve la direction artistique.

Le théâtre dans le noir est autre chose. La pratique est assez rare. On se souvient de la pièce de Maurice Maeterlinck, « Les aveugles », un échange entre cinq personnages égarés, qui se jouait dans le noir absolu, les spectateurs étant privés de tout repère visuel.

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« Cendrillon » , version Pommerat adoptée/adaptée par Widad Amra 

— par Janine Bailly —

Sous l’égide de Widad Amra, organisatrice de l’Atelier théâtre, et de sa complice de cette année, Rita Ravier comédienne et danseuse, les élèves du Couvent de Cluny ont donné sur la scène de leur établissement une bien plaisante adaptation de la pièce écrite par Joël Pommerat, Cendrillon, palimpseste de ce conte traditionnel qui a bercé nos enfances. Après s’être « attaqué » au Petit Chaperon Rouge, puis à Pinocchio, c’est cette histoire populaire tellement connue, venue du fond des temps et récrite par Charles Perrault ou par les frères Grimm, que le dramaturge a déconstruite, mettant l’accent sur la question du deuil. Comment accepter de vivre après la perte d’un être cher, et plus encore si l’on est un enfant et que la personne disparue est votre mère ? On se souvient au cinéma de la Ponette de Jacques Doillon. Recentré sur cette idée essentielle, mais aussi sur les rapports au sein de la famille recomposée, le texte permet aux adolescents d’interpréter avec justesse une histoire qui ne leur est pas tout à fait étrangère.

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Sankara : seul contre tous ?

À propos de « Sank, ou la patience des morts » d’Aristide Tarnagda

— Par Roland Sabra —

Il va mourir, assassiné probablement, et il le sait. Mais la mort ne lui fait pas peur. C’est par elle qu’il vivra, ou plus exactement c’est l’idée de la révolution dont il est porteur qui vivra. Du moins le croit-il. A tort. Comme après toute mort d’un personnage porteur d’espoir, fauché à la fleur de l’âge se construit un mythe. La révélation n’ayant pu s’accomplir totalement, un vide est à remplir. La littérature, le cinéma, les arts en général mais aussi la politique foisonnent de ces vies trop vite abrégées et qui donnent matière à imaginer, à rêver. La mort prématurée du héros est la condition de construction du mythe et c’est même une des caractéristiques essentielles du héros que de manifester un courage qui s’exprime par le mépris pour la mort. Le Christ est mort à 33 ans. Thomas Sankara a été emporté à 37 ans par le coup d’État organisé par Blaise Caompaoré.

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