Avignon

Avignon 2015 (3) : « Les Idiots »

— Par Selim Lander —Les idiots

Après N° 51 venue d’Estonie, voici, toujours dans le IN, une pièce en russe surtitré. Kirill Serebrennikov, directeur du Gogol Center de Moscou présente une version scénique des Idiots inspirée du film de Lars von Trier (1995). Pour protester contre une société qui ne leur convient pas, quelques individus décident de faire les « idiots », c’est-à-dire de se comporter de manière ridicule et/ou choquante, comme par exemple se faire pousser dans une chaise roulante en imitant un infirme psychomoteur. Ils se réunissent dans l’appartement de la tante de l’un d’entre eux.

Lire Plus =>

Avignon 2015 (2) : « N° 51 – Mu naine vihastas »

Après le Richard III d’Ostermeier en allemand surtitré, un spectacle en estonien.

no51spectacle _2_1400x975

— Par Selim Lander —

En 2004, deux Estoniens Ene-Lis Semper, vidéaste et scénographe, et Tiit Ojasoo, metteur en scène ont créé la compagnie « Teater n° 99 ». Ce nom revêt une signification précise. Leur premier spectacle portait le numéro 99 ; les suivants sont numérotés en comptant à rebours et ils préparent actuellement le n° 43. Celui présenté cette année dans le IN d’Avignon porte le numéro 51. Son titre en français explique l’argument de la pièce (« Ma femme m’a fait une scène et effacé toutes nos photos de vacances »). Ce dernier, cependant n’apparaît pas immédiatement. Au début, un homme se trouve dans une chambre d’un hôtel moderne, de bon standing.

Lire Plus =>

Avignon 2015 (1) : Shakespeare et compagnie

Par Selim Lander

richard3_c_arno_declairPremière journée au festival d’Avignon 2015 avec deux Shakespeare au programme. Le très attendu Richard III de la Schaubühne (Berlin), mis en scène par Thomas Ostermeier, à l’Opéra d’Avignon, et le Roi Lear présenté dans la Cour d’honneur par le directeur du festival, Olivier Py.

Le Richard III de Thomas Ostemeier

Grand succès de Richard III, qui tient essentiellement à l’interprétation de Lars Eidinger dans le rôletitre. Il joue avec un réalisme étonnant l’être contrefait, jaloux du monde entier, dévoré d’ambition et foncièrement maléfique imaginé par Shakespeare. Affublé d’une bosse sur l’épaule gauche et d’un casque de cuir, avec un soulier démesurément allongé qui dissimule une autre malformation congénitale, les jambes torves, vouté, la démarche ondulante, physiquement inquiétant,  il l’est plus encore par son cynisme, ses manipulations constantes, les mensonges grossiers et les clins d’œil destinés à nous rendre complices de ces crimes.

Richard restera toute sa vie avec sa bosse et ses jambes torves[i] mais connaîtra une transformation physique notable au moment de son accession à la royauté, grâce au corset qui fait disparaître son voûtement.

Lire Plus =>

« La Folie Lacan » : une vraie réussite

— Par Michèle Bigot —
folie_lacanSous ce titre délicieusement polysémique, où l’attelage du déterminant au déterminé produit des connotations maoïstes dans le goût des années 70, Philippe Boyau nous présente un spectacle relevant du théâtre documentaire dans sa meilleure et sa plus actuelle tradition.
Le texte résulte d’un montage à partir de présentations de malades que Jacques Lacan, Le psychanalyste et théoricien que l’on sait, homme de théâtre s’il en est faisait à l’hôpital Ste Anne. Mais c’est surtout le clinicien que l’on a cherché à faire revivre ici, dans une relation sensible à l’autre, avec une écoute, une manière de questionnement, une insinuation, une approche douce mais insistante, une façon habile de scander la parole du patient par des reprises, des échos, des questions, bref tout un art digne de la maïeutique.
La troupe a travaillé à partir du texte dactylographié de ces présentations : potentiellement théâtral à la fois par sa structure dialogale et par son statut de représentation devant un public, le matériau demandait à être théâtralisé dans sa forme : il a fallu styliser, couper les redites, trouver un rythme, un tempo, une progression dramatique pour passer sur scène.

Lire Plus =>

« Page en construction » : juste, sensible intelligent et drôle

— Par Michèle Bigot —

pages_en_constructionQue peut-on dire aujourd’hui de l’Algérie d’aujourd’hui? Qu’en disent les Français et qu’en disent les Algériens eux-mêmes ? Et quand on veut en parler, sur quel ton et sur quel mode ? Parler de la guerre, parler des exactions du GIA, de la persécution des journalistes, ou bien du vécu des enfants d’immigrés en France, de la discrimination et du racisme ordinaire, de l’emprise du fondamentalisme? Les sujets ne manquent pas, mais tout cela est à haut risuque et puis tout cela peut-il faire un objet théâtral ?
Voilà le défi que le metteur en scène et comédien Kheireddine Larjam a réussi à relever avec bonheur. Il a fait appel au dramaturge Fabrice Melquiot pour donner forme théâtrale à ce texte intitulé « page en construction ». Titre programmatique pour une pièce de théâtre qui se présente à bien des égards comme « work in progress », qui cherche sa forme en avançant et la trouve peu à peu de façon convaincante. Au moyen de techniques éprouvées telles que l’interpellation du public, la réflexivité, le recours à des hors-scènes tels que la vidéo, la BD, la musique instrumentale, efficaces parce que intégrés à l’histoire et complexifiant la structure dramatique sans la faire imploser, une forme singulière se dessine peu à peu.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : les articles sur Madinin’Art

festival_avignonVous nétiez pas au Festival d’Avignon 2014, vous y étiez et vous voudriez y revenir, voici donc un récapitulatif des spectacles couverts par Madinin’Art. Bonne lecture

Souterrain blues

souterrain_blue

— Par Michèle Bigot —

Souterrain blues
Texte de Peter Handke
Mise en scène : Xavier Bazin
Compagnie la Bataille. Festival d’Avignon 2014

Peter Handke, compatriote de T. Bernhard, hérite du Wiener Gruppe son goût de la satire sociale et de l’écriture expérimentale. Il a, entre autres, le génie des titres et cette nouvelle pièce ne le dément pas, que l’on considère le titre lui-même ou le sous-titre : « un drame en
vingt stations ». Stations de métro, bien sûr mais aussi stations du Christ dans son chemin de croix. Le drame montre que les deux parcours, la montée au Golgotha comme le trajet en métro sont des chemins de croix, des traversées de l’humanité en souffrance.

L’humour, pour amer qu’il soit ne fait pas défaut à P.Handke et donne au texte une respiration que l’ expression nue de la haine menacerait de lui couper⋅ Le dégoût de l’humanité que le texte exprime est traversé par une immense pitié et par la quête d’une beauté transcendantale⋅


Lire Plus =>

 

Avignon 2014 : Enfant soldat en Afrique


enfant soldat2

Par Selim Lander – Serge
Amisi (au centre sur la première photo), né en 1986, a
publié un extraordinaire témoignage (1) de sa vie d’enfant
soldat entre 1997 et 2001, d’abord dans les troupes
rwandaises du rebelle Kabila, puis, après la victoire de ce
dernier contre Mobutu, dans l’armée régulière (!) de la
République Démocratique du Congo, soit pendant les deux
guerres dites du Congo (1996-1997 et 1998-2002).

Lire Plus =>

Souterrain blues

souterrain_blue— Par Michèle Bigot —

Souterrain blues
Texte de Peter Handke
Mise en scène : Xavier Bazin
Compagnie la Bataille. Festival d’Avignon 2014

Peter Handke, compatriote de T. Bernhard, hérite du Wiener Gruppe son goût de la satire sociale et de l’écriture expérimentale. Il a, entre autres, le génie des titres et cette nouvelle pièce ne le dément pas, que l’on considère le titre lui-même ou le sous-titre : « un drame en vingt stations ». Stations de métro, bien sûr mais aussi stations du Christ dans son chemin de croix. Le drame montre que les deux parcours, la montée au Golgotha comme le trajet en métro sont des chemins de croix, des traversées de l’humanité en souffrance.
L’humour, pour amer qu’il soit ne fait pas défaut à P.Handke et donne au texte une respiration que l’ expression nue de la haine menacerait de lui couper⋅ Le dégoût de l’humanité que le texte exprime est traversé par une immense pitié et par la quête d’une beauté transcendantale⋅
Comme souvent, le drame repose sur l’angoisse engendrée par le monde contemporain, l’incommunicabilité et l’errance de l’être dans le monde comme dans le langage⋅ Mais dans ce texte, l’errance est physique puisqu’elle est portée par un cheminement dans le souterrain du métro⋅ Dans ce voyage sous terre, nous sommes guidés par la voix d’un témoin qui observe les voyageurs et voit en chacun d’eux un type humain représentatif des maux de notre société.

Lire Plus =>

Intérieur

interieur-regy— Par Michèle Bigot —

Intérieur
Maurice Maeterlinck
Adaptation et mise en scène Claude Régy
Texte japonais de Yoshiji Yokoyama
Festival d’Avignon in, salle de Montfavet, juillet 2014

Spectacle créé le 15 juin 2013 au Japon, au World Theatre Shizuoka under Mt. Fuji, Intérieur est en tournée en Europe en 2014, avec des représentations à Vienne, Bruxelles, Avignon, et enfin à Paris en septembre à la Maison de la Culture du Japon, lors du Festival d’Automne. Il est issu d’un projet de rencontre internationale des pratiques de théâtre, né lors des représentations d’Odes Maritime de Fernando Pessoa à l’édition 2010 du World Theatre Festival Shizuoka. C’est Satoshi Miyagi (le réalisateur qui a signé le Mahabharata-Nalacharitam, dans la carrière de Boulbon), directeur du Shizuoka Performing Arts Center (SPAC), qui a exprimé à C. Régy son désir de travailler avec lui⋅ A la lumière du spectacle qu’on a pu voir dans la carrière de Boulbon, on comprend combien les approches de la mise en scène sont différentes chez les deux hommes⋅
C⋅ Régy propose pourtant à S.Miyagi de se lancer dans une aventure théâtrale à haut risque, le pari étant de reprendre une pièce de M.Maeterlinck qu’il avait déjà mise en scène au TGP de St Denis en 1985⋅ Commence alors une étroite collaboration, la troupe de C⋅ Régy, « Les Ateliers Contemporains » se chargeant de l’équipe de création et le SPAC fournissant les comédiens⋅ De cette collaboration naît une nouvelle adaptation de la pièce de Maeterlinck et une nouvelle mise en scène.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : Enfant soldat en Afrique

enfant soldat2Par Selim Lander – Serge Amisi  (au centre sur la première photo), né en 1986, a publié un extraordinaire témoignage (1) de sa vie d’enfant soldat entre 1997 et 2001, d’abord dans les troupes rwandaises du rebelle Kabila, puis, après la victoire de ce dernier contre Mobutu, dans l’armée régulière (!) de la République Démocratique du Congo, soit pendant les deux guerres dites du Congo (1996-1997 et 1998-2002). Il n’était donc encore qu’un adolescent quand il a été démobilisé. Accueilli au sein du centre d’art et d’artisanat de Kinshasa, il s’est mis à sculpter du métal de récupération, puis il est entré dans une troupe de marionnettes à gaine qui a tourné en RDC et en Europe.  Au début de L’Enfant de demain, auquel il participe en personne, il apparaît d’ailleurs dissimulé derrière une marionnette plus grande que nature, dont la tête et la main sont faites à partir de plaques de métal, du cuivre apparemment⋅ L’effet est saisissant⋅  La marionnette représente l’oncle qu’on l’obligera à tuer, suivant le rite barbare destiné à couper les enfants soldats de leur communauté d’origine.

Lire Plus =>

Les irrévérencieux

— Par Michèle Bigot —

les_irreverencieuxLes irrévérencieux
Compagnie du Théâtre des Asphodèles,
Festival d’Avignon off, Théâtre Golovine, juillet 2014

« Quand la commedia dell’arte rencontre le Human Beatbox et la danse Hip hop »

La troupe du Théâtre des Asphodèles nous donne ici un spectacle singulier et résolument contemporain, qui emprunte pourtant beaucoup à la Commedia dell’arte. elle avait déjà remporté un vif succès dans le off 2013, à la Chapelle du Verbe Incarné, mais cette année elle fait un tabac⋅ Au cours de l’année 2014, ces comédiens se sont produits au Festival Cap Excellence de Guadeloupe⋅ Emportée par la thématique de l’irrévérence, comme vecteur d’insolence, d’irrespect et de novation, la troupe renouvelle l’approche de l’écriture théâtrale en puisant aux sources du théâtre populaire, tout en lui insufflant une inspiration nouvelle, tirée de la culture Hip-hop.

Lire Plus =>

Mangez-le si vous voulez

— Par Michèle Bigot —

mangez-leMangez-le si vous voulez
D’après le texte de Jean Teulé,
Adaptation et mise en scène J.-C. Dollé et C. Morgiève
Festival d’Avignon off, Atelier Théâtre actuel

L’histoire racontée par Jean Teulé est exemplaire : l’action se situe en 1870, en pleine guerre contre les Prussiens, après le désastre de Reichshoffen ; le climat anti-prussine est à son comble, et le cadre des événements est le petit village de Hautefaye dans le Périgord⋅ Un homme du nom d’Alain Monéys va être lynché et partiellement dévoré par ses concitoyens et amis au motif qu’il aurait dit un mot de travers⋅ En fait ses propos sont délibérément interprétés à contresens par des paysans hostiles visant à se venger de la supériorité de classe d’Alain et cherchant un exutoire à leur haine du Prussien⋅
Ce fait divers fait partie des événements honteux de l’histoire française, dont il est peu parlé.
Le texte de Jean Teulé vient à point pour fournir un exemple de ce que peut faire la xénophobie et la haine de l’autre.

Lire Plus =>

Money

— Par Michèle Bigot —

money-400Money
Création Zoo Théâtre, écriture collective
Mise en scène Françoise Bloch,
Festival d’Avignon off, juillet 2014

Le théâtre est-il en mesure de malmener la « chose économique » ? On a quelque raison de penser qu’il peut du moins l’interroger, en démonter les mécanismes, en dénoncer la phraséologie, et qu’il est même très bien placé pour le faire⋅ L’univers économique, en ces temps de financiarisation intense, repose avant tout sur une logomachie, un discours oiseux emprunt de verbalisme, qu’un public naïf prend pour argent comptant, si on peut se permettre ce mot⋅ Le triomphe des marchés financiers repose sur des mécanismes occultes, mais non moins sur la crédulité des gogos⋅ Malheureusement, nous sommes tous des gogos face à nos banquiers et le discours de la classe politique, comme celui des media ne fait que renforcer cette duperie.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : Gianina Cărbunariu, Claude Cohen

— Par Selim Lander —

Solitaritate

Mise en scène de Gianina Cărbunariu

Festival d’Avignon in, juillet 2014, Gymnase du lycée Mistral

solitaritate_(c)_paul_bailaLa dernière œuvre de la metteuse en scène roumaine Gianina Cărbunariu, s’inscrit dans le programme « Villes en scène » et bénéficie à ce titre de subventions européennes. Outre Avignon et Sibiu (Roumanie), elle doit être montrée à Bruxelles, à Paris, à Göteborg, à Naples et à Madrid. Cela fait beaucoup d’honneur pour une pièce qui déçoit en dépit de ses bonnes intentions. Le point de départ, pourtant, ne manquait pas d’intérêt : présenter en quelques tableaux certains aspects de la société roumaine contemporaine. Défilent ainsi successivement la décision d’édifier dans la ville de Baia Mare un mur pour isoler le quartier des Roms (avec la complicité du chef de leur communauté !.)

Lire Plus =>

Avignon 2014 : « La Imaginación del Futuro »

Imaginacion del futuro1Par Selim Lander – Neuf comédiens : sept garçons et deux filles. Parmi les garçons, deux n’ouvriront pas la bouche : celui qui interprète l’adolescent (cf. infra) et celui qui, dissimulé sous un masque de gorille, fait le machiniste sur le plateau. Au centre, un bureau imposant et le fauteuil qui va avec. Sur les côtés, des tables, un divan, quelques chaises, une caméra, des micros. Au départ, le rideau de fond de scène représente la façade endommagée du palais de La Moneda, siège de la présidence chilienne, là où Salvador Allende s’est suicidé le 11 septembre 1973. L’action de la pièce, qui se passe ce jour-là, n’est nullement respectueuse des faits. Nous assisterons à plusieurs tentatives parodiques du président pour enregistrer son discours (authentique) d’adieu au peuple chilien, entouré par quelques-uns de ses ministres qui le houspillent et donnent de lui l’image d’un pantin sans consistance : une satire du monde de la télévision et de ses animateurs (ici les ministres) et de leur comportement  de diva⋅ Marco Layera, le directeur de la troupe chilienne La Re-Sentida, vise à un théâtre insolent et provocateur, et il y parvient incontestablement⋅ Il faut, en effet, un certain culot pour déboulonner l’idole de la gauche chilienne, ce qui explique que La Imaginación del Futuro ne soit pas toujours bien accueillie par les Latino-Américains.

Lire Plus =>

Oblomov

oblomov— Par Michèle Bigot —

Oblomov,
D’après Ivan Gontcharov,
Conception et mise en scène : Dorian Rossel,
Festival d’Avignon off, La Caserne des Pompiers, juillet 2014

La troupe qui est à l’origine de cette création résulte de la rencontre de deux compagnies suisses sur ce projet : « O’Brother Company » et « La Compagnie STT (super Trop top) ». Dorain Rossel qui assure la mise en scène insiste sur l’ouverture de cette écriture théâtrale qui prétend interroger des textes ou une problématique contemporaine. Le spectacle résulte du travail d’une équipe de créateurs, qui revendiquent une écriture scénique polysémique et plurielle. Dans un tel projet collaborent à la création collective dramaturgie, scénographie, créations musique et lumière⋅
La pièce repose sur une adaptation pour la scène du roman éponyme de I⋅ Gontcharov (1859)⋅ Le protagoniste Oblomov est un anti-héros avant la lettre, jeune aristocrate russe s’enlisant dans une paresse et une indifférence au monde qui confine à la dépression⋅ Mythe littéraire russe, il représenta aussi, d’un point de vue plus réaliste l’oisiveté et le désenchantement de l’aristocratie russe, dont sortira l’anarchisme et le mouvement révolutionnaire⋅
Mais le mal-être du héros excède de beaucoup le caractère fataliste et paresseux du petit propriétaire terrien russe pour accéder au rang de parangon de l’homme dépressif, en proie à la procrastination, au défaitisme, à l’indolence pour se complaire dans une vie végétative.

Lire Plus =>

La persécution et son délire

largo_desolato

— Par Michèle Bigot —

Largo Desolato
Cycle Václav Havel,
Mise en scène : Nikson Pitaqaj,
Festival d’Avignon off, Espace Alya, juillet 2014

La persécution et son délire

Partie du cycle Václav Havel, soutenue par le centre tchèque de Paris, la troupe « Libre d’Esprit », en résidence à l’épée de bois à la Cartoucherie de Vincennes, présente Largo Desolato , visites à Léopold, la pièce de Václav Havel écrite en 1984, à sa sortie de prison, dont l’accent autobiographique est persuasif. Son héros se nomme Léopold Kopriva. Ce double de l’auteur vit cloîtré dans son appartement, tenaillé entre un fantasme de persécution et une persécution réelle. Dans ce pays totalitaire, à l’instar de Galilée, il est harcelé par les autorités qui veulent lui faire désapprouver publiquement un texte qu’il a signé et qui fait des vagues.

Lire Plus =>

Le Prince de Hombourg

prince_de_hombourg

— Par Michèle Bigot —

Le Prince de Hombourg
Heinrich von Kleist
Mise en scène : Giorgio Barberio Corsetti
Scénographie : Girogio Barberio Corsetti et Massimo Troncanetti
Festival d’Avignon in, juillet 2014, cour d’honneur du Palais des papes

Après la Tempesta mise en scène à Avignon à l’Opéra Théâtre en 1999, et tant de textes de Kafka et d’opéras italiens mis en scène par ses soins, Giorgio Barberio Corsetti nous revient avec La Prince de Hombourg.
Et dans la cour d’honneur, il a trouvé le lieu par excellence, celui qui est le plus adapté à son lyrisme intrinsèque. C’est l’espace idéal pour les mises en scène spectaculaires. Le mur de fond se prête merveilleusement au déploiement des images vidéo. On se souvient de Le maître et Marguerite mis en scène par Simon McBurney en 2012 qui voyait les murs du palais se lézarder et s’effondrer dans une vision ahurissante. Le dispositif savant de vidéo, laser, lumière et musique se donne libre champ dans un tel espace, conférant au spectacle la magie qui lui est essentielle⋅ Mais un tel décor naturel commande le choix du texte⋅ On se souvient aussi que l’an dernier Stanislas Nordey avait épousé le contre-pied de ce genre de scénographie en choisissant un décor minimaliste fait de baraques de chantier pour monter Par les villages de Peter Handke, laissant au acteurs le soin d’incarner la tension dramatique, ce qu’ils réussirent à merveille.

Lire Plus =>

Mahabharata-Nalacharitam

mahabharata-nalacharitam

— Par Michèle Bigot —

Mahabharata-Nalacharitam
Mise en scène Satochi Miyagi
Festival d’Avignon, in, Juillet 2014, carrière de Boulbon

Ceux qui ont eu la chance d’assister à la représentation du Bahabharata adapté et mis en scène par Peter Brook en 1985 (et ils étaient légion dans l’assistance) gardant un souvenir ébloui de cette première mise en scène, n’ont pas été déçus. Celle de Satochi Miyagi, d’inspiration très différente, puisque issue de la tradition du théâtre japonais, ne le cédait en rien à la précédente en terme de féerie. Lui-même avoue avoir été fasciné par la mise en scène de Peter Brook et il reprend pour son compte cette saga indienne dans des conditions très différentes : d’abord il choisit un seul épisode -le Nalacharitan- nous racontant l’histoire du roi Nala qui joue aux dés toutes ses possessions, y compris son royaume⋅ Dépouillé de ses biens, et même de son épouse bien aimée, il doit partir en exil avec ses frères, laissant la branche ennemie de la famille au pouvoir.

Lire Plus =>

Le plus grand metteur en scène japonais s’appelle Claude Régy

regy_japonais« Intéreur » une pièce de Maurice Maeterlinck
Mise en scène : Claude Régy

Festival d’Avignon, salle de Montfavet, en japonais surtitré en français,18 heures, jusqu’au 27 juillet (sauf les 18 et 23)

Avignon. Claude Régy et le Japon étaient faits pour se rencontrer. C’est fait. Et c’est un bonheur de tous les instants. Pour l’occasion, Régy retrouve « Intérieur » de Maurice Maeterlinck, une pièce et un auteur qui lui sont chers. Et c’est peu dire que les acteurs japonais sont entrés avec une sidérante compréhension dans la façon de travailler et de faire entendre et voir un texte, propre au metteur en scène.
Maeterlinck, Japon, Régy : un trio royal

Cette rencontre, on la doit à Satoshi Miyagi, le metteur en scène qui présente au festival d’Avignon un épisode du « Mahabharata » dans la carrière Boulbon. Il voue à Régy une légitime admiration, on le comprend. Alors, comme il l’avait déjà fait avec Daniel Jeanneteau qui fut naguère le décorateur de Régy (il a signé là-bas une mise en scène de « La Ménagerie de verre » de toute beauté), après avoir accueilli son spectacle « Brume de dieu », Miyagi a proposé à Claude Régy de venir travailler avec les acteurs du Spac (le Shizuoka Performing Arts Center) qu’il dirige.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : « I Am » de Lemi Ponifasio

i_amPar Selim Lander – Lemi Ponifasio est l’un de ces metteurs en scène internationaux en vogue invités dans le monde entier. L’engouement des programmateurs des festivals les plus prestigieux pour certains hommes de théâtre sortis de nulle part et qui deviennent des vedettes que l’on s’arrache, est semblable à celui qui favorise certains plasticiens contemporains, chouchous de toutes les biennales, sans que leur supériorité apparaisse toujours évidente par rapport à leurs concurrents sur le marché de l’art. En l’occurrence, Lemi Ponifasio nous vient de Samoa, dans le Pacifique, accompagné d’une troupe de Maoris. Son travail, qui se situe « à la lisière du poétique et du mystique » selon le tract distribué aux spectateurs, est censé créer « les conditions d’un abandon, d’un état d’éveil ». Dans un entretien reproduit dans le dossier de presse, Ponifasio déclare que « le théâtre est l’endroit où écouter [notre] âme ». Participer à son spectacle, ce serait, selon lui, « une prière, un cri, une cérémonie pour célébrer une nouvelle vie… C’est être le silence, avec la vérité ».

Lire Plus =>

Marronnage et poétique contemporaines – Avignon 2014

marronnageMarronnage et poétique contemporaines
Sorbonne Nouvelle – Paris 3
L’université d’été des théâtres d’outremer en Avignon

20-22 juillet 2014

organisée par le laboratoire SeFeA avec le soutien de la Région Guadeloupe en partenariat avec Le Festival Off, La Chapelle du Verbe Incarné, et le Théâtre des Halles
les 20 et 22 juillet 2014
Responsabilité scientifique : Sylvie Chalaye, directrice du laboratoire SeFeA
Coordination : Pénélope Dechaufour et Axel Artheron
1er volet, le 20 juillet à la Chapelle du Verbe Incarné
Afrique, terre de retour ?
Conçue autour de Maryse Condé, la fabuleuse romancière qui a écrit Ségou et que la programmation du TOMA 2014 met à l’honneur, entre La vie sans fard et La faute à La vie, cette rencontre interrogera les liens complexes, paradoxaux, voire inconscients que les identités diasporiques entretiennent avec l’Afrique. Terre de retour ? Terre de fantasmes ? Territoire d’amputation mémorielle… Nous évoquerons les enjeux des multiples détours amenant les corps afrodescendants à tendre inéluctablement vers une Afrique appréhendée comme la terre promise du recouvrement de soi.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : « Mai, juin, juillet » de Denis Guénoun

Mai juin juilletPar Selim Lander – Le festival d’Avignon a été bien plus perturbé en 1968 par les « révolutionnaires » de mai qu’il ne l’est aujourd’hui par les intermittents. Aussi cela donnait-il un curieux sentiment d’irréalité que d’entendre, en préambule à Mai, juin, juillet, la voix enregistrée qui délivre désormais un message de solidarité avec le mouvement des intermittents, avant chaque représentation, dans la plupart des théâtres, IN ou OFF. De quelle solidarité s’agit-il en effet ? Celle des comédiens, intermittents pour certains, dont la participation à la pièce affaiblit incontestablement le mouvement ? Celle des spectateurs qui applaudissent complaisamment le message mais ne voudraient surtout pas être privés de leur spectacle⌉

Quoi qu’il en soit, la pièce écrite par Denis Guénoun et mise en scène par Christian Schiaretti, le directeur du TNP (Villeurbanne), est une réussite (1). Il n’était pourtant pas si aisé de faire d’un tel sujet un spectacle, même si « les événements de 68 » sont vus ici principalement à travers leurs répercussions dans le domaine théâtral.

Lire Plus =>

Confessions

confessions— Par Michèle Bigot —

Confessions
Texte de Kwanglim Kim
Mise en scène : Junho Choe
Festival d’Avignon off, Théâtre des Halles, juillet 2014

C’est une surprise et un éblouissement du festival off 2014. Une troupe qui nous vient de Corée, son metteur en scène, ses comédiens, comme l’auteur du texte de base. Difficile de parler d’une troupe et d’une pièce, au sens occidental du terme. C’est une proposition théâtrale très originale dans laquelle les comédiens (un homme, une femme), les musiciens, le scénographe ont toute latitude pour intervenir sur le texte à leur guise : retrancher, ajouter, changer. Chaque mise en scène est une véritable réécriture du texte, en fonction des variations interprétatives des uns et des autres. Tout se rejoue différemment en fonction du lieu de la représentation. Aujourd’hui en co-production avec le Théâtre des Halles, le spectacle fut joué naguère en Corée dans une école. Dans cette dernière représentation, le mur du fond prenait la place de ce qui est écran au théâtre des Halles. La scénographie s’adapte au lieu et à leur tour, les comédiens et le texte s’adaptent à la scénographie.

Lire Plus =>

Obliques

obliques— Par Michele Bigot —

Obliques
Texte et mise en scène : Christophe Moyer
Cie Sens Ascensionnels,
Festival d’Avignon off juillet 2014, l’Entrepôt

Sur le devant de la scène, une série d’objets non utilitaires et difficilement identifiables, montés en circuit destiné à faire circuler un flux. En fond de plateau, un présentoir qui sera le centre du spectacle, tout à la fois support de théâtre de marionnettes, plateau de jeu, espace à bascule propre à représenter le monde des obliques. Les obliques sont un peuple menacé d’effondrement par glissement général de leur sol ; ils habitent un monde en perte d’équilibre, qui penche. Sur le socle du présentoir, un tableau noir couvert de dessins d’enfants : des yeux, des poissons. Ce support figurera alternativement la terre inclinée des obliques, et « la merveille », le lac menacé d’assèchement et ses habitants , poissons et autres créatures aquatiques en voie de disparition. Sur la droite de la scène un tableau de classe qui servira de support à la narration. Les acteurs dessineront l’univers qu’ils évoquent au fur et à mesure du récit, dessinant ainsi les étapes de la dégradation du monde des obliques.

Lire Plus =>

Avignon 2014 : Ivo Van Hove (d’après Ayn Rand)

FountainheadThe Fountainhead (La Source vive)

Par Selim Lander – La romancière Ayn Rand est davantage connue pour son roman Atlas Shrugged (La Grève, 1957) qui est devenue un ouvrage de référence pour les ultra-libéraux, que pour The Fountainhead (1943). Celui-ci fut pourtant porté au cinéma par King Vidor, avec Gary Cooper (sous le titre Le Rebelle). Il traite principalement de l’opposition entre deux architectes, Peter Keating et Howard Roark, qui défendent deux conception opposées de leur métier. Le premier, parce qu’il vise la réussite à tout prix, est décidé à aller dans le sens de l’opinion – en l’occurrence du goût – majoritaire (être ce que les autres souhaitent qu’il soit). Le second, parce qu’il fait passer la réussite après sa conception de ce que doit être une architecture moderne, refuse de transiger sur ses principes.

Lire Plus =>