Le projet de la grande mosquée de
Marseille fait aujourd'hui un pas
symbolique. Le sénateur-maire UMP,
Jean-Claude Gaudin, a remis à la
communauté musulmane le permis de
construire de ce lieu de culte qui
sera édifié dans les quartiers nord.
L'élu, d'abord opposé au projet, a
estimé, en 2001, qu'il ne pouvait
priver d'un lieu de culte décent les
200 000 Marseillais musulmans, soit
le quart de la population. Le sujet
est sensible et l'extrême droite, en
perte de vitesse, a fait de son
opposition totale à «la mosquée
cathédrale» son principal cheval de
bataille.
Mais Jean-Claude Gaudin tient
bon. «Il a été le premier à dire, je
veux une mosquée pour les musulmans
de Marseille», souligne le président
de l'association La mosquée de
Marseille, Nourredine Cheikh, un
ancien chef d'entreprise halal.
Gaudin a favorisé le
rassemblement d'une communauté
diverse et divisée dans une
association qui désormais gère le
dossier. La ville lui a consenti un
bail emphytéotique et lui délivre
aujourd'hui un permis de construire.
«C'est un grand jour. C'est
l'acte de naissance de notre
mosquée. A nous désormais de
l'élever», commente satisfait
Nourredine Cheikh.
Les fidèles, qui disposent
aujourd'hui de 63 lieux de cultes
dans la ville, souvent bricolés dans
des rez-de-chaussée d'HLM ou dans
des petites salles de quartier,
pourront être fiers d'un lieu vaste
et beau. Les 8 600 m² du terrain des
anciens abattoirs de Saint-Louis
donnent la possibilité de construire
une grande salle de prière mais
également une école théologique, une
bibliothèque, un restaurant, une
librairie et un amphithéâtre.
Minaret de 25 mètres
L'édifice sera revêtu de verre
cristallisé et de pierre blanche de
Croatie ayant servi pour la
Maison-Blanche ou le pont des
Soupirs à Venise. La salle de
prière, l'une des plus grandes
d'Europe, aura une
superficie de 3 500 m²
permettant d'accueillir un maximum
de 7 000 personnes. «Ce sera un
phare avec
un minaret de 25 mètres
diffusant un jet de lumière pour
appeler à la prière avec une valeur
symbolique forte de reconnaissance»,
commente Maxime Repaux,
l'architecte. L'appel sonore à la
prière se fera uniquement à
l'intérieur de l'édifice.
De nombreuses étapes restent à
franchir. Il faut réunir les
22 millions nécessaires à la
construction. Nourredine Cheikh est
serein : «Une quinzaine de pays
riches nous ont assurés de leur
aide, indique-t-il. Maintenant qu'on
a le permis de construire on va
pouvoir avancer.» Une souscription
publique a également été lancée. La
pose de la première pierre est
annoncée pour le 21 avril 2010 et
l'inauguration pour la fête de l'Aïd
en novembre 2011.
Toutefois, les adversaires de la
mosquée ne désarment pas. Le MNR et
le Front national, qui ont attaqué
le bail et ont été déboutés, ont
fait appel. En outre, la Ligue du
Sud, conduite par le maire d'Orange
Jacques Bompard (MPF) pour les
régionales, a annoncé un nouveau
recours. «Le loyer, trop bas,
s'assimile à une aide à la
construction, ce qui est contraire à
la loi sur la laïcité. Il n'y a donc
pas lieu de donner un bail. Donc si
le bail est nul, le permis de
construire l'est aussi», assure
Ronald Perdomo, l'avocat de la Ligue
du Sud.