Lycée Schoelcher :
le SNES demande des conditions
de travail décentes
http://politiques-publiques.net/
Politiques Publiques a
régulièrement suivi le
"feuilleton" du Lycée Schœlcher,
et publié toutes les opinions
[...] parvenues à ce
sujet.
"
Concernant le lycée Schœlcher et
la polémique que tente de lever
Marie-Sainte, la position que le
SNES du lycée Schœlcher défendra
sera la suivante : le SNES, en
tant que syndicat, s’est
interdit d’intervenir dans le
débat de la construction du
lycée concernant la conservation
de tout ou partie du bâti, sur
une reconstruction à l’identique
ou moderne. Notre position a été
la suivante : nous demandons des
conditions décentes de travail
pour les élèves et les
personnels du lycée.
Concernant
l’historique de cette
reconstruction il faut rappeler
que le Président Marie-Jeanne a
toujours été favorable à l’idée
de raser le lycée Schœlcher.
C’est ce qu’il nous a exprimé
dès 2000 lorsque nous avons
commencé à batailler pour sa
reconstruction. Pour
information, la Région réalisait
des travaux qui n’ont d’ailleurs
pas été terminés, sur le budget
de 1998. C’est dire l’intérêt
que la collectivité avait à
l’égard du lycée. Par la suite,
on a vu apparaître – puis
disparaître dans les limbes – un
document qui se voulait une
prospective d’entretien, de
rénovation et de construction
des lycées de la Martinique.
Lorsque
nous avons commencé à discuter
avec la Région, le discours de
Soumbo était qu’on envisageait 5
ans pour la construction. Cette
durée paraissait dès le début
trop courte au regard des délais
nécessités pour le lycée Centre
Sud (Ducos) et celui du Nord
Caraïbe (Bellefontaine). Par
ailleurs, nous étions partis
dans un premier temps sur la
construction d’un lycée de
transit, solution rapidement
abandonnée par la Région.
Pourquoi, sinon pour un problème
de coût.
Lorsque la
Région nous a proposé une
opération de construction à
tiroirs qui permettait de
maintenir ensemble toute
l’équipe pédagogique et les
élèves –condition posée dès le
début et qui avait donc justifié
le projet d’un lycée de transit
- , nous avons dit oui car nous
sommes loin d’être hostiles aux
économies : le portefeuille du
contribuable nous importe car
nous sommes aussi contribuables.
Plusieurs
projets ont été présentés aux
personnels mais celui que la
Région a retenu n’était pas
celui qui avait les faveurs de
la communauté scolaire. De plus,
la notion de barre, même sous
forme de modules appelés
bâtiments évoquant des
structures séparée, nous est
apparue à bannir.
A mesure
que l’étude du projet avançait
il nous est apparu qu’il
comportait de graves risques
pour nous, notamment en termes
de bruit, de ventilation. On
nous l’a présenté comme le lycée
de demain, mais il faut dire que
nous sommes plus que sceptiques.
Le hall d’entrée, recouvert, les
coursives recouvertes et la
« rue » le long du bâtiment,
couverte elles aussi sont autant
de facteurs de bruit. Or un
établissement scolaire est un
lieu bruyant de part les
démonstrations des élèves qu’il
faut rendre silencieux pour que
la communauté scolaire puisse
travailler en toute quiétude.
Dans le même temps nous avons pu
découvrir, derrière des espaces
intéressants (parking, hall
d’entrée, théâtre) des espaces
bien plus étriqués. Ainsi, alors
que les bâtiments actuellement
en place sont largement séparés
les uns des autres par des cours
que l’on aurait très bien pu
paysager et arborer, les arbres
dans le projet sont relégués à
l’arrière, le long de la piste
de course…Les salles de classes
sont tellement étroites qu’elles
ne comportent qu’une porte sur
la coursive, la Région se
retranchant derrière les normes
respectées avec des portes
faisant communiquer les salles
entre elles. Or un tel schéma –
quand bien même il respecterait
les normes officielles ne nous
paraît absolument pas adapté aux
risques de panique liés à un
séisme. La réponse du président
Soumbo est que les bâtiments
construits par la Région, sur
appui antisismique, ne créent
pas de panique en cas de séisme
(sic ! Quid de la valeur
scientifique de cette
affirmation péremptoire ?).
D’ailleurs si une deuxième porte
s’avérait impossible à installer
tant les dimensions des salles
étaient étriquées, il ne pouvait
pas être plus question que
l’ouverture de cette porte se
fasse sur la coursive extérieure
car cette dernière, n’aurait
plus respecté les normes de
flux. Nous nous interrogeons
donc sur cette exiguïté des
salles et des coursives… Idem
aussi sur le trajet des élèves
pour entrer dans le lycée.
Trajet prévu par les parkings
dans un premier temps, rejeté
par la vie scolaire car ne
permettant pas de contrôler les
entrées et sorties des élèves,
il se fera par la rue, en
exposant les élèves aux
intempéries. Ce ne sera pas
mortel mais cela nous paraît là
encore peu confortable pour un
établissement dernier cri.
Curieusement plusieurs faits
sont venus attirer notre
attention :
D’abord,
depuis que la construction du
lycée est annoncée, jamais la
Région n’a communiqué, malgré
nos demandes répétées, pour
expliquer à la population que
les élèves ne seront aucunement
éparpillés ailleurs. Le lycée
devait continuer à fonctionner
sur site pendant les travaux,
maintenant son âme avec son
personnel et ses élèves.
Ensuite,
le président Soumbo a appris du
recteur que la baisse
d’effectifs sur la Martinique
s’élevait à 600. En réalité le
chiffre vrai est 800. Et Soumbo
a commencé à penser tout haut,
et à nous dire, qu’après tout,
en pratiquement 2 ans, 3
sûrement, c’était l’équivalent
du lycée Schœlcher (1500 élèves
prévus à terme) qui
disparaissait. Evidemment il ne
tenait nullement compte d’un
certain nombre de facteurs : ce
sont les établissements de
Fort-de-France qui sont les plus
attractifs et donc les moins
touchés !
Est-ce
dans l’optique de diminuer plus
rapidement la population
scolaire du lycée Schœlcher ?
Est-ce parce que la Région s’est
rendu compte du surcoût que
nécessitaient les mesures de
sécurité pour démolir et
reconstruire en présence
d’élèves ? Dès le mois de mai,
Soumbo propose aux chefs
d’établissements du lgt V.
Schœlcher, du lpo Joseph
Gaillard, au lp Pointe des
Nègres et au lycée Bellevue, de
transférer les élèves du lycée
Schœlcher sur les 3 autres
établissements, la direction
restant au lycée (pour y faire
quoi ?!). Les pressions sont
tellement fortes que tout le
monde se raidit. Et nous
déposons un préavis de grève
pour toute la fin de l’année en
appelant la presse.
Nous
comprenons peu après la
précipitation de la Région à
sortir le personnel du lycée :
lors d’un CA au lycée Schœlcher,
nous apprenons d’un bref échange
entre la représentante de la
ville, madame Elisabeth Landi,
et Soumbo, que la Région n’a
jamais présenté son projet à la
ville de Fort-de-France, dont on
sait pourtant – c’est assez
visible – qu’elle est en pleine
rénovation et réaménagement.
Plus embêtant, Soumbo déclare
qu’il sera toujours temps à la
Ville de découvrir le projet
lors de l’examen du permis de
construire, preuve du mépris
imbécile de la Région à l’égard
du premier édile de
Fort-de-France. Nous considérons
que c’est imbécile, puisque le
permis dépend de la ville… A
moins en réalité que cela ne
soit volontaire. Car, alors que
la Région nous assure chaque
fois que nous nous rendons à
l’Hôtel de Région pour l’examen
des plans et des réalisations
que le permis ne posera pas de
problème, tout étant prêt et que
même le PLU (plan local
d’urbanisme, établi semble-t-il
dès 2005 par la ville de
Fort-de-France ) est respecté.
La suite
nous montrera qu’il n’en était
rien. Est-ce pourquoi les
porteurs du projet étaient si
nerveux lors d’une des dernières
séances ?
Lors
de ce même CA nous apprenons
qu’une commission devait se
réunir pour le classement de
tout ou partie du lycée. La
réunion n’avait pu se faire
comme prévu à l’origine à cause
du mouvement du 5 février, elle
doit se tenir en juin.
Commentaire de Soumbo : le
Président Marie-Jeanne, ayant
connaissance de la tenue de
cette commission a déclaré que
si la France voulait garder son
lycée, qu’elle pouvait le
garder ! Autrement dit, le sort
du lycée Schœlcher dépend de la
susceptibilité du premier homme
de la Région, qui crache même
sur l’argent qui accompagne le
classement d’un site… D’autres -
CSTM de Bellevue – déclarent
qu’on va détruire ce lycée de
mulâtres.
Enfin,
monsieur Marie-Sainte déclenche
la polémique en attaquant
monsieur Letchimy, et en
menaçant de répartir les élèves
sur les autres fleurons de la
Martinique, que ce lycée est un
danger et que la responsabilité
d’un mort pèsera sur les épaule
du Député-maire de
Fort-de-France. Certes… mais
monsieur Marie-Sainte a la
mémoire courte. Il oublie qu’en
2003, alors que les personnels
du lycée avaient fait grève pour
préserver la sécurité des
élèves, il avait visité le lycée
avec la presse, déclarant
éhontément : « je ne vois aucun
bâtiment délabré, je ne vois que
des bâtiments en bon état ».
Il oublie
qu’il y a peu, une polémique a
surgi entre le recteur – Madame
Le Morzelec – et la Région et
que des cars avaient été
affrétés pour permettre à l’UPEM,
aux parents d’élèves et aux
élèves de Bellefontaine – mais
aussi à quelques élèves venus
d’ailleurs faire la claque – de
venir séquestrer le recteur pour
réclamer l’ouverture de
Bellefontaine. Et Marajo et
Arneton de l’UPEM de crier que
tous les autres établissements
de la Martinique, étaient plus
dangereux que le lycée
Bellefontaine. Le secrétaire
académique du SNES, présent dans
la salle 301 du rectorat a alors
proposé aux deux représentants
de l’UPEM de bloquer le recteur
pour réclamer la reconstruction
de tous les établissements de
type lycée qui étaient
dangereux.
Il lui a
été répliqué que là n’était pas
la question.
A l’heure
actuelle, les personnels et les
élèves se retrouvent dans un
établissement qui n’a jamais été
repeint depuis plus de 10 ans,
dont les ouvertures ne
fonctionnent pas correctement
sur la quasi-totalité des
bâtiments, et avec un matériel
obsolète quand il n’est pas
délabré et quand il existe. Les
quelques ordinateurs
disparaissent à une allure
curieuse parfois sans la moindre
effraction mais avec une
quantité telle qu’on se demande
si l’enlèvement du matériel n’a
pas durée plusieurs jours ou
s’il ne s’agissait pas d’un
commando en mission.
• Nous
réclamons maintenant du matériel
dans les salles d’enseignement
général (minimum un poste de
télévision, un magnétoscope + un
ordinateur, une webcam le tout
sur réseau administratif et
pédagogique dans l’établissement
permettant de faire l’appel, de
gérer les notes en instantané et
de projeter à tout moment images
ou films sur l’écran du
téléviseur. )
• Nous
réclamons des salles de travail
– nos cabinets disciplinaires
font l’affaire – pour les
professeurs dûment équipés,
dotés d’un matériel entretenu et
non laissé à l’abandon quand il
n’est pas pillé (cabinet des
lettres par exemple).
• Nous
réclamons enfin des tableaux
blancs pour les collègues qui le
réclament, des salles de travail
informatisées en nombre pour les
élèves,
• Un
serveur de secours pour les
points névralgiques comme le
CDI,
• Une
gestion des licences, des achats
de logiciels ainsi que
imprimantes afin de rationaliser
les matériels….
• Une salle
de restauration digne de ce nom
pour les élèves avec la mise en
place d’un self moderne en
aménagement, permettant de
donner envie aux élèves de
manger avec un système moins
lourd que celui de réservation
la veille pour le repas.
• A l’heure
actuelle, le fonctionnement des
attributions de matériel dans le
lycée semble occulte. On oscille
entre réseau d’amis, de partis
ou incompétence. Ce lycée semble
volontairement à l’abandon
malgré la volonté d’un nombre
plus nombreux de personnels
dévoués à le faire exister, à
l’animer pour permettre aux
élèves d’y trouver intérêt et
attachement.
Pour toutes
ces raisons, nous considérons
que la Région s’est révélée
incompétente à gérer le dossier
d’un lycée dont au fond elle n’a
pas envie qu’il voit le jour.
Elle profite pour transformer ce
dossier –non en collaboration
avec la Ville de Fort-de-France,
mais en machine de guerre contre
son maire, en pleine bataille
pour l’article 74 et dans la
perspective des Régionales. Cela
permet à monsieur Marie-Sainte
qui n’a aucune chance d’accéder
à la tête de la Région sur
Marie-Jeanne de disparaître et
de tenter d’acquérir une stature
d’homme politique fiable. En
même temps, on comprend que si
l’on réussissait à faire
disparaître monsieur Letchimy,
le paysage politique devenant
fade et insipide, chacun – même
Marie-Sainte – aurait une chance
d’émerger.
Et
pourtant, ne serait-il pas
temps, devant tant d’échecs et
de gâchis, de tourner les pages
de ces hommes politiques d’une
autre époque ? Cette époque a sa
raison d’être, elle a sa
légitimité et sa grandeur mais
le présent et le futur ne
sauraient ne décalquer sur le
passé. Et après tout, que la
ville de Fort-de-France décide
de réserver, dans certaines
zones les vestiges de son passé
et de celui de toute la
Martinique, semble bien
légitime, voire sain ! Nous
voyons mal comment on peut dire
vouloir rassembler lorsqu’on
cherche à éliminer et à
détruire.
Yvon Joseph
HENRY
20
septembre 2009 "