LE LYCEE
SCHOELCHER ET
LES
SCHOELCHERISTES
TARDIFS
Le mardi 29
juillet 2008, la
Région entamait
la destruction
du bâtiment G du
lycée Schoelcher.
Le jeudi 31, le
Conseil
Municipal PPM de
Fort-de-France
dénonçait cette
démolition ; un
collectif pour
la "sauvegarde"
était créé, une
pétition mise en
circulation.
France-Antilles
du vendredi 1er
août 2008
titrait :
"Serge Letchimy
part en guerre",
et mettait en
exergue le
"oui, je
m'oppose à la
démolition du
lycée Schoelcher"
du maire. Assez
étonnamment, il
se trouve que
c'est le même
Serge Letchimy
qui, peu de
temps
auparavant,
avait donné un
avis favorable à
cette opération
de destruction !
S'il est
légitime que des
points de vue
différents
s'expriment sur
l'avenir de cet
ensemble
architectural
datant des
années 1930, l
'observateur
simplement
attentif n'aura
néanmoins pas
manqué de
s'interroger sur
les silences,
les absences,
les incohérences
et les
insuffisances du
PPM dans ce
dossier.
L'exemplarité
douteuse de la
"ville-capitale"
en matière de
politique
patrimoniale et
les effluves
d'un
schoelchérisme
tardif dans la
posture actuelle
des
letchimistes
n'auront pas non
plus échappé à
sa vigilance.
L'avenir
appartient à
ceux qui dorment
La stratégie
médiatique du
PPM, dans une
tentative de
manipulation
grotesque et peu
honorable de
l'opinion
publique,
consiste à faire
croire que la
Région, sans
débat, aurait
décidé de
"raser"
le lycée
Schoelcher.
La chronologie
et la réalité
des faits
montrent
l'étendue de la
perversité de ce
discours. En
fait, les
dirigeants du
PPM se
réveillent en
sursaut d'une
longue sieste
patrimoniale
pendant laquelle
l'avenir du
lycée Schoelcher
s'est décidé
sans eux…
En effet, à
partir de 1986,
le Conseil
Régional hérite
de la gestion du
lycée Schoelcher.
D'ailleurs,
l'Etat, l'ancien
propriétaire, ne
s'était pas
illustré par la
qualité de
l'entretien de
cet
établissement.
Dès lors, des
travaux de
réhabilitation
seront entrepris
par la
collectivité.
Mais celle-ci,
dirigée par le
PPM jusqu'en
1992, n'arrêtera
pas de mesures
de nature à
apporter une
solution durable
au
vieillissement
et à
l'insécurité du
lycée, pourtant
connus de longue
date.
Le diagnostic de
structure et de
stabilité aux
séismes, réalisé
en 2002, par une
autre majorité,
révélait
l'étendue des
dangers auxquels
se trouvent
exposés les
usagers du site.
Pour des raisons
de sécurité, de
financement,
d'adaptation aux
exigences
pédagogiques
actuelles et
d'accessibilité
pour tous les
utilisateurs, la
reconstruction
s'imposait comme
l'alternative la
plus viable.
En 2006, un
concours
d'architecture
était alors
lancé. Cette
étape faisait
suite à une
décision de
reconstruction
arrêtée par le
Conseil
d'Administration
du lycée
Schoelcher, en
date du 23 mars
2004. L 'opinion
publique sait,
en effet, que la
communauté
scolaire s'était
fortement
mobilisée sur
cette question,
depuis plusieurs
années : la
presse s'en
était fait
l'écho.
Le Conseil
d'Administration
du 23 mars 2004
qui, "après
une suspension
de séance qui a
duré vingt
minutes",
votait à
l'unanimité
"la
démolition/reconstruction
du lycée
Schoelcher"
concluait ainsi
un long débat
interne à
l'établissement.
Le procès verbal
de cette
instance nous
apprend par
exemple que
"le conseil de
vie lycéenne
(qui regroupe
les élèves)
s'est réuni le
mardi 23 mars à
11 h 30, pour la
préparation de
ce Conseil
d'Administration"
; le même
document
mentionne les
déclarations des
délégués
enseignants :
"Le lycée est à
reconstruire car
il ne répond ni
aux normes
parasismiques,
ni aux exigences
pédagogiques
actuelles…"
Par contre, à
aucun moment
n'apparaît une
proposition, une
réflexion, une
interrogation du
Conseiller
Municipal
représentant de
droit la
"ville-capitale"
dans cette
importante
instance de
décision… La
représentation
municipale est
absente ce
jour-là comme
elle fut
régulièrement
absente des
Conseils
d'Administration
du lycée
Schoelcher alors
même que la
communauté
scolaire se
battait pour
trouver une
solution à
l'insécurité.
Mais ni les
absences ni les
silences des
inquisiteurs de
la dernière
minute ne les
ont incités à
moins
d'arrogance et à
plus d'humilité.
Bien au
contraire.
Des enseignants
du lycée
Schoelcher,
venus exposer en
toute bonne foi
leurs réflexions
au forum du PPM
organisé le
vendredi 5
septembre 2008
ont été
remerciés par
une salve
d'injures du
Parti
Progressiste
Martiniquais
dans "le
Progressiste" du
mercredi 17
septembre 2008 :
"Pauvres
d'esprit"
;
"petits
bourgeois
satisfaits et
suffisants" là
pour "gloser" ;
"partie de nos
élites
décérébrée" ;
"zèbres"
occupés à
"se démener, se
contorsionner,
s'agiter, se
secouer"
dans des
"élucubrations
d'obscurantistes…"
Il ne manque que
la mise à mort.
Ces insultes
injustes,
violentes,
inutiles,
lourdes de haine
et de mépris,
sont
inacceptables de
la part d'un
parti, surtout
quand c'est lui
qui convie les
citoyens à un
débat qui se
veut
démocratique.
Une telle
attitude
exigerait des
excuses
publiques de la
direction du PPM
à ces
enseignants…
Cette dérive,
après d'autres,
illustre les
méthodes et les
conceptions
profondes de ce
parti quant à la
démocratie.
Il reste,
indépendamment
de
l'appréciation
que chacun peut
avoir de la
politique de la
Région en
général et du
projet retenu en
particulier, que
la propagande du
PPM sur un
prétendu
arbitraire de
cette
collectivité
relève de la
mauvaise foi et
d'une misérable
politique
politicienne.
Les tremblements
de terre tels
que compris par
le PPM
Les thèses du
PPM sur les
risques
sismiques
auxquels sont
exposés les
usagers du lycée
Schoelcher
donnent froid
dans le dos.
Dans l'éditorial
du
"Progressiste"
en date du 4
juin 2008,
pompeusement
intitulé
"De l'appui
parasismique",
le 1er
Secrétaire du
PPM écrit :
"J'invite les
Martiniquais à
se souvenir du
29 novembre
2007, de ces
vieux bâtiments
du lycée
Schoelcher que
l'on veut
démolir pour de
sombres raisons,
qui curieusement
ont résisté,
lorsque d'autres
plus modernes,
récents et
parasismiques
ont dû fermer de
longues semaines
durant".
Il est rare,
dans une même
phrase et dans
un même élan,
d'atteindre à la
fois les sombres
sommets de la
démagogie et
ceux de
l'irresponsabilité.
Cette prouesse
du 1er
Secrétaire fera
sans aucun doute
date dans les
annales et
pourra être
citée comme un
cas d'école.
Cette croyance,
qui aboutit à
magnifier le
lycée Schoelcher
en citadelle
inébranlable
résistant
fièrement aux
assauts furieux
du temps et des
cataclysmes, est
reprise avec un
lyrisme
pathétique par
une conseillère
municipale de
Fort-de-France :
"Et bien ! Il
est là, et bien
là, solide
(aucun
cataclysme même
récent ne l'a
ébranlé) beau"…
etc…
etc…
Tout cela est
peut-être
passionnément
beau –si on
veut- mais pas
très solide et
pas sérieux du
tout.
Ce que l'on doit
savoir c'est
que, dès 1950,
Jacques
CHEVALIER, alors
proviseur de
l'établissement,
en notait les
fragilités dans
un rapport :
"De nombreuses
galeries,
ceinturant les
étages, sont
soutenues par
des colonnes.
Leur armature de
fer a rouillé en
maints endroits
et fait
craqueler les
revêtements de
ciment".
En 1950 !
Au lendemain du
tremblement de
terre du 19 mars
1953, le
proviseur en
place,
R. SEGUIN,
adressait au
ministre de
l'Education un
courrier
révélant
l'impact du
phénomène sur
les
bâtiments :
"J'ai l'honneur
de vous rendre
compte que le
séisme ressenti
à Fort-de-France
le 19 mars 1953,
de 04 h 30 à 04
h 31 environ a
causé des dégâts
au lycée
Schoelcher. Tous
les joints de
dilatation
placés entre les
différents corps
des bâtiments
ont éclaté et
sont à reprendre
[…]. Des murs de
remplissage ont
été fissurés,
leur
consolidation
est à
envisager…"
"Aucun
cataclysme ne
l'a jamais
ébranlé",
disait la
conseillère
municipale
précitée…
On imagine
aisément que ces
structures ne
sont pas
devenues plus
résistantes
après plus d'un
demi-siècle. En
outre, ce qui
semble si
curieux aux yeux
du 1er
Secrétaire du
PPM s'explique
facilement.
Chaque
tremblement de
terre est en
effet unique et
se définit par
sa puissance, sa
profondeur et sa
fréquence (la
vitesse de
propagation des
ondes
souterraines).
Ce qui a sauvé
le lycée
Schoelcher et
bien d'autres
édifices, en
dépit de la
puissance du
séisme du
29 novembre
2007, c'est la
profondeur de la
secousse (150
Kms) et la
faiblesse de sa
fréquence. Un
tremblement de
terre moins
puissant mais
aussi moins
profond, avec
des fréquences
plus hautes
aurait provoqué
des dégâts bien
plus
considérables
sur l'ensemble
de la
Martinique.
Réjouissons-nous
qu'il n'en ait
pas été ainsi et
que nous n'ayons
pas eu à
déplorer une
catastrophe
humaine…
Enfin,
contrairement
aux insinuations
mensongères des
dirigeants du
PPM, et comme le
rappelait Daniel
DONAT,
architecte et
diplômé en génie
parasismique,
qui a participé
à l'expertise de
plusieurs
bâtiments suite
au séisme du 29
novembre 2007,
aucune des
constructions
sur appui
parasismique n'a
été endommagée.
Elles sont au
nombre de quatre
: Le lycée de
Ducos, le lycée
de
Bellefontaine,
le Centre
Départemental
des Sciences de
la Terre et
l'école primaire
de
Pointe-Savane,
au Robert. Pas
une fissure n'a
été décelée. Le
lycée
professionnel
André
Aliker,
lui aussi sur
appui
parasismique,
n'a été mis en
fonction qu'en
septembre 2008.
L'aléa sismique
constitue un
facteur
déterminant dans
la décision de
conserver ou non
un édifice
accueillant
quotidiennement
plus de 1 500
élèves,
professeurs et
personnels
divers. Faut-il
faire
l'expérience
douloureuse et
irréparable
d'une hécatombe
pour en être
convaincu et
commencer à
devenir un peu
plus sérieux ?
Il est, en tous
cas, pour le
moins inquiétant
que les
responsables
d'un parti qui
dirige la
capitale
adoptent, pour
les besoins de
leur polémique,
une attitude
aussi désinvolte
sur un risque
majeur dont on
connaît les
conséquences
dévastatrices et
qui exige encore
des efforts
substantiels
d'éducation et
de préparation
de notre
population…
Les guerres les
plus utiles sont
souvent
celles que l'on
mène contre
soi-même…
Comme on
l'observe donc,
les enjeux de
cette
"guerre"
déclenchée par
le PPM ont peu à
voir avec les
intérêts de la
communauté
scolaire, la
"sauvegarde"
du lycée
Schoelcher et
encore moins
avec une
"promesse
d'avenir" du
patrimoine.
L'article d'une
porte-parole de
la ville
("Agrégée
d'histoire,
Professeur de
chaire
supérieure",
c'est elle qui
le précise),
paru dans
France-Antilles
du vendredi 5
septembre 2008,
achève de
démontrer que
l'objectif se
révèle être
essentiellement
d'ordre
idéologique, et
la cible celles
et ceux qui,
contre coups bas
et diffamations,
portent l'idée
nationale
martiniquaise…
Et pas par
coquetterie de
langage.
En effet,
l'auteur de
l'article, après
quelques
considérations
générales sur la
question
patrimoniale, se
déleste très
vite des
contraintes
méthodologiques
de la démarche
scientifique qui
doit pourtant
s'imposer, y
compris, et
surtout
peut-être, quand
on se veut au
service d'une
cause politique.
Elle affirme
ainsi,
doctement, à
propos de la
décision de
reconstruction
du lycée
Schoelcher :
"Il
ne s'agit pas
seulement de
résoudre un
problème de
vétusté et
d'absence de
conformité aux
normes actuelles
parasismiques et
bioclimatiques.
Cela s'apparente
plutôt à une
volonté
d'effacer une
certaine
mémoire, une
certaine
histoire, celle
de
l'émancipation
par l'éducation
des humanités et
certaines
valeurs et
principes dont
celui de la
fidélité et de
la filiation,
depuis Toussaint
Louverture
jusqu'à Aimé
Césaire en
passant par
Victor
Schoelcher"…
On y arrive !
Et de poursuivre
:
"On peut entrer
dans la
modernité en
assumant
sereinement son
passé, tout son
passé ou alors
on peut faire
table rase du
passé et
réécrire une
nouvelle
histoire faisant
fi des exigences
d'honnêteté
historique. Une
nouvelle forme
de résistance
patrimoniale,
culturelle et
politique doit
s'affirmer
contre les
politiques de
l'oubli et
d'instrumentalisation
de l'histoire".
Le procès en
sorcellerie
parfait, avec en
sus la marmite
de l'arrogance
et les
ingrédients
méthodologiques
habituels des
maîtres en
inquisition !
Notre messager
du ciel dénonce
donc quelque
chose qui "s'apparente"
à
"une
volonté
d'effacer
une certaine
mémoire,
une certaine
histoire"
(tout cela est
bien flou et
bien fumeux !),
de
"faire table
rase du passé"
(où donc
a-t-elle vu ça
?),
"de réécrire
l'histoire"
(serait-il
interdit par
l'inquisition de
revisiter
l'histoire
officielle en
pays dominé ?).
On peut sans
doute comprendre
que l'esprit de
chacun puisse
être hanté par
les talibans
destructeurs des
Bouddhas de
Bamiyan
-patrimoine de
l'humanité
remarquable et
perte désormais
irréparable-
mais cette
angoisse ne
saurait
justifier
l'absence de
rigueur
intellectuelle.
La validation de
la thèse de la
représentante du
PPM aurait exigé
de sa part soit
la mise en
évidence de
déclarations
suffisantes
prouvant
"une volonté
d'effacer une
certaine
mémoire, une
certaine
histoire"
et de
"faire table
rase du passé",
soit l'exposé
d'un faisceau de
faits, dans le
domaine du
patrimoine,
dûment établis
et attestant de
la dérive
incriminée.
Or, il n'en est
rien… où sont
les arguments ?
Où sont les
faits matériels
? Où est la
démonstration ?
C'est le désert
! Les
affirmations
péremptoires
seules ne
sauraient tenir
lieu
d'argumentation.
La méthodologie
de l'insinuation
sournoise et de
l'anathème n'est
pas initiatrice
de la démarche
scientifique.
Pour notre
part, nous
assumons
sereinement
notre passé…
Mais sereinement
n'est pas
béatement. Nous
l'assumons en
lucidité, en
vigilance, en
exigence et en
responsabilité
par rapport à
nous-mêmes… Et
nous considérons
comme de notre
devoir
d'interroger
l'histoire, de
la revisiter,
d'interpeller
les faits, de
bouleverser les
paradigmes, de
soumettre au
scanner de la
raison critique
tous les poncifs
de l'héritage
aliénant de la
colonisation et,
sur la base de
ce travail
harassant et
exigeant, de
"réécrire"
les pages de
notre histoire
là où justement
ont régné les
volontés
"d'effacer"
et
"les politiques
d'oubli et
d'instrumentalisation
de l'histoire"
dont
notre détracteur
ne connaît que
trop bien les
auteurs.
Loin des
sempiternels
chapelets de
louanges à
Schoelcher, nos
plus belles
conquêtes sont
nées de cette
démarche là,
n'en déplaise
aux gardiens de
la fable
rassurante et
complaisante du
"consensus
social et
culturel de la
sortie de la
société
esclavagiste",
consensus
démenti par
l'histoire de
notre pays.
L'illusion d'une
histoire
définitivement
écrite, figée
dans ses
certitudes et
ses prétentions
(et qu'il ne
faudrait surtout
pas réécrire…)
est un mythe
pour
conservateurs
que l'historien
récuse et que la
vie elle-même se
charge de
réduire à néant.
Lorsque l'on
réclame des
autres
"l'honnêteté
historique",
il est toujours
bienvenu de se
hisser soi-même
à hauteur de
cette exigence
éthique et de
commencer à
balayer devant
sa porte… Même
si cette
précaution peut
coûter une
petite guerre
contre soi-même
!
De ce point de
vue, et sans
verser dans un
excès toujours
vain, la ville
de
Fort-de-France,
depuis 2001, n'a
pas brillé par
son exemplarité
dans la capacité
à assumer
"sereinement son
passé".
C'est bien Serge
Letchimy qui,
sans débat, sans
forum citoyen,
sans
mobilisation
médiatique (il
est des œuvres
dont
l'accomplissement
exige un silence
de moine d'ordre
contemplatif), a
"rasé"
le Pensionnat
Colonial des
Jeunes Filles
qui a vu passer
tant de belles
figures de notre
histoire telles,
en 1914,
Marie-Thérèse
GERTRUDE,
Docteur es
sciences, ou
encore en 1926,
Jane LERO,
membre
fondatrice et
présidente de
l'Union des
Femmes de la
Martinique
jusqu'en 1949.
Il n'a même pas
été jugé utile
d'apposer une
plaque à
l'emplacement de
ce pensionnat…
Il a paru plus
pertinent à des
esprits bien
plus passionnés
de patrimoine
que les nôtres,
d'"ériger"
sur le site une
merveille de
l'architecture
post-moderne :
Un parking…
C'est encore
l'édilité
foyalaise
qui, entre le 12
et le 13
décembre 2001, a
"rasé"
la chapelle de
l'ex hôpital
civil. Cet
hôpital avait
été mis en
service le 14
mars 1899 et
était
représentatif de
l'architecture
de la fin du
XIXe siècle.
La chapelle
avait été
inscrite à
l'inventaire
supplémentaire
des monuments
historiques par
arrêté en date
du 16 mars 1995
et était, à ce
titre, protégée.
La municipalité
foyalaise
qui veut
aujourd'hui
transformer la
capitale en
ville d'art et
d'histoire n'en
a eu cure à
l'époque : Le
bulldozer tenait
alors lieu de
pinceau
d'artiste…
Une information
judiciaire sur
les conditions
de démolition de
ce patrimoine
inscrit fut
d'ailleurs
ouverte contre
la mairie de
Fort-de-France
qui plaida
"le droit à la
sécurité"
des
foyalais…
Le même droit
qui se voit
aujourd'hui
dénié aux
usagers du lycée
Schoelcher.
Dans
France-Antilles
du vendredi 1er
août 2008, Serge
Letchimy
déclarait avoir
"découvert par
hasard la
maquette du
futur lycée".
Il a fait mieux…
Dans une lettre
au Préfet, datée
du 26 mars 2002,
il s'étonnait de
"découvrir", -7
ans après
l'arrêté du 16
mars 1995
!- que la
chapelle rasée
quelques mois
plus tôt par ses
soins était
inscrite :
"Après
vérification, il
s'avère en effet
et de façon
surprenante que
l'ensemble du
site est
inscrit…"
On peut
légitimement
s'interroger sur
un tel
fonctionnement.
D'une manière
générale,
l'actuelle
équipe
municipale a
détruit ou
laissé se
détériorer bien
des objets
patrimoniaux de
la ville (soit
dit en passant,
il faudra bien
un jour que l'on
se penche par
exemple sur les
conditions de
préservation par
la ville de ses
propres
archives…) et,
sous
l'excitation de
la
défiscalisation
Girardin et de
la théorie du
"repeuplement"
de la capitale,
a défiguré
plusieurs sites
et quartiers
foyalais.
Il faut à
l'évidence
conserver tout
ce qui est
rationnellement
conservable car
toutes les
traces de notre
parcours
historique, de
l'héroïque
jusqu'à
l'humiliant, ont
concouru à la
formation de
notre conscience
et nous prépare
à prendre en
charge notre
avenir. Mais
nous devons
conserver sans
conservatisme,
sans ruser avec
le bon sens et
l'histoire, sans
puéril procès en
sorcellerie,
sans
instrumentalisation
perverse du
patrimoine.
Au-delà, le défi
de notre
génération ne se
réduit pas à
faire
piteusement de
la "résistance
patrimoniale"
; il consiste
surtout à
générer du
patrimoine, à
inscrire dans
nos paysages
notre propre
perception du
monde et notre
propre
imaginaire.
Le parfum rance
du
schoelchérisme
tardif
Le mensonge et
les injures,
nous l'avons vu,
font partie de
l'attirail
argumentatif du
PPM. La preuve
flagrante nous
en est à
nouveau fournie
par
"Le
Progressiste"
du mercredi
17 septembre
2008 qui accuse
"les
néo-nationalistes,
révisionnistes,
négationnistes"
–il y en a
décidément pour
tous les goûts-
de vouloir
"effacer du
fronton du lycée
le nom de
Schoelcher"
et même
"le nom de
Schoelcher de
l'histoire
martiniquaise".
Ce n'est pas
faire honneur à
Schoelcher que
de se vautrer
aussi
indécemment dans
les caniveaux
fangeux de la
manipulation.
Chacun sait en
effet que ni la
Région pour les
lycées, ni le
Conseil Général
pour les
collèges ne
peuvent
attribuer un nom
à un
établissement
scolaire sans
l'accord dûment
formalisé de son
Conseil
d'Administration
composé de
membres de droit
(Elus de la
commune
d'implantation,
Elus du Conseil
Général ou du
Conseil
Régional,
Administration)
et de
représentants
élus des élèves,
des enseignants,
des parents
d'élèves et des
autres
personnels.
C'est chercher à
tromper
délibérément les
martiniquais que
de laisser
croire que la
Collectivité
Régionale
pourrait,
unilatéralement,
décider d'"effacer
le nom de
Schoelcher du
fronton du
lycée".
Dans un registre
encore plus
mélodramatique,
le maire de
Fort-de-France
tenait des
propos pour le
moins singuliers
dans le
France-Antilles
du 1er
août dernier. Il
réclamait
"un peu de
respect pour
ceux qui ont
contribué
(notamment
Victor
Schoelcher) à
une nouvelle
humanité dans le
monde".
On veut bien…
Mais en quoi la
démolition et la
reconstruction
d'un
établissement
que l'on sait
dangereux pour
ses usagers –et
qui continuera
de s'appeler
lycée Schoelcher
à la fin des
travaux-
pourrait
constituer un
manque de
respect pour
l'abolitionniste
?
C'est, au
contraire,
l'utilisation
bassement
politicienne du
nom de
Schoelcher qui,
non seulement
disqualifie les
auteurs de cette
parodie
d'indignation
sélective, mais
constitue de
plus un manque
de
"respect".
Mais, à entendre
les cris
d'effroi et les
gémissements des
letchimistes,
on se croirait
revenu à plus
d'un siècle en
arrière, aux
pires moments du
délire
assimilationniste
dont la fonction
idéologique a
été de renforcer
l'aliénation
culturelle,
d'ancrer dans
l'esprit de nos
compatriotes
qu'ils n'ont
joué qu'un rôle
passif dans leur
propre histoire
et qu'ils
doivent leur
liberté au seul
Victor
Schoelcher.
Cette vision de
notre place, -ou
de notre
absence- dans
l'histoire,
alimentée par le
colonialisme
français,
véhiculée aussi
par des esprits
occidentaux
éclairés qui ne
s'étaient pas
pour autant
affranchis de
l'idéologie
eurocentriste,
entretenue,
décennie après
décennie, par
des politiciens
locaux,
eux-mêmes
aliénés, a
considérablement
pesé sur les
mentalités en
Martinique.
Le
schoelchérisme
tardif des
letchimistes,
160 ans après
l'abolition de
l'esclavage,
constitue donc
une régression
historique,
politique et
morale. Les
letchimistes
se complaisent
en l'attitude de
l'éternel
affranchi,
psalmodiant à
tous vents : "Viv
Schoelchè
!
Viv
Schoelchè !",
oubliant que les
premiers
abolitionnistes
ont d'abord été
les esclaves
africains
eux-mêmes, nos
ancêtres…
Ecrire cela ne
signifie
nullement
mésestimer le
rôle de
Schoelcher en
1848, et encore
moins vouloir
"effacer son nom
de l'histoire
martiniquaise".
D'ailleurs, la
mystification
schoelchériste
n'incombe
nullement à
Schoelcher
lui-même mais
principalement à
ceux qui avaient
compris quels
profits
politiques
personnels ils
pouvaient tirer
de son nom. La
recette vaut
toujours…
Victor
Schoelcher
appartient à
l'histoire de la
Martinique.
Définitivement.
Au-delà , il
appartient à
l'histoire de
cette humanité
multiple qui,
dans les jours
sombres de
l'esclavage, a
vu des femmes et
des hommes
dénoncer
l'immoralité de
ce système et
trouver la force
et
l'intelligence
de l'affronter.
Mais nous ne
faisons de
Schoelcher ni un
"papa" ni un
saint dont il
faudrait à
n'importe quel
prix préserver
les reliques, et
nous ne dansons
pas
"grâce à
Schoelcher"
sur les places
publiques ni ne
nous
contorsionnons
dans la
poussière des
édifices en
pleureuses
ridicules.
L’affaire du
lycée Schoelcher
révèle les
ambiguïtés
idéologiques
permanentes du
PPM et s’inscrit
dans une crise
d’identité bien
plus profonde. A
sa création,
en1958 (congrès
constitutif), le
Parti
Progressiste a
rassemblé sur
une base très
hétéroclite. La
fin des années
60 et les années
70, dans le
contexte d’une
droite française
répressive et de
l’affirmation
d’un mouvement
de libération
nationale qui
contestait le
réformisme du
PPM, voient la
radicalisation
progressive du
parti de Césaire
: adoption
officielle de
l’idée de
l’existence
d’une nation
martiniquaise
(allocution
d'Aimé Césaire
le 22 mars 1968
pour le 10e
anniversaire du
parti),
convention du
Morne-Rouge en
1971,
dénonciation du
génocide par
substitution
dans le
"progressiste"
du 22 juin 1977…
L’arrivée de
François
Mitterrand au
pouvoir et,
subséquemment,
le moratoire
décrété par
Césaire signent
la fin du
processus de
radicalisation
du parti et
l’abandon de la
revendication
d’autonomie.
Plus
fondamentalement,
cette période a
contribué à la
régression
politique,
théorique et
idéologique du
PPM.
Ni l’enterrement
du "génocide
par
substitution",
ni le refus de
voter
l'existence
d'une nation
martiniquaise en
février 2002 au
Congrès des élus
départementaux
et régionaux, ni
les aveux
publics de
certains
dirigeants en
faveur du
"libéralisme",
ni la haine des
indépendantistes
(que Césaire
lui-même n'a
jamais
partagée), ni
les positions
zanzolantes
sur la
consultation du
7 décembre 2003
ou sur le plan
Jégo ne
sont dus au
hasard ou à des
accidents de
parcours. C'est
l'expression
constante de
reculs
idéologiques et
politiques.
La montée en
puissance du
nationalisme sur
le plan
électoral durant
les dix
dernières
années,
l'effondrement
de la droite
locale et les
nouveaux espaces
politiques ainsi
créés ont
conduit les
letchimistes
à liquider la
part d'héritage
radical de
Césaire aux cris
de "vive Césaire
!", à adopter un
discours
soporifique et
de droite, à
s'ouvrir enfin
en direction des
départementalistes
oxydés comme
Jean
Crusol ou
d'éléments
affairistes mus
essentiellement
par leurs
ambitions et
leurs intérêts
personnels.
Dans le contexte
des années 2000
et dans le cadre
des nouveaux
rapports de
force qui sont
apparus, le PPM,
dissimulé
derrière la
personnalité
hors du commun
et le verbe
transcendant
d'Aimé Césaire,
est devenu le
parti du statu
quo et le plus
sûr relais
politique des
sarkozistes
et de l'Etat
français en
Martinique. La
"guerre" du
lycée Schoelcher
ne constitue, en
définitive,
qu'une simple
péripétie dans
cette triste
évolution.
Sans doute,
eût-il mieux
valu ne pas
répondre à la
polémique
rétrograde
déclenchée par
le PPM. Le
risque eût été
alors de laisser
se propager et
s'installer le
mensonge. Mais
chacun doit être
convaincu que le
"Kankannisme"
institué par le
PPM comme praxis
politique
détourne
l'attention des
martiniquais de
l'essentiel et
tend à ramener
la politique à
sa dimension la
plus vulgaire.
Fort-de-France,
le 2 octobre
2008