Lycée
Schœlcher : quels sont les
enjeux ?
Le Député-Maire de
Fort-de-France, Serge Letchimy,
a publié le 14 juin 2009 le
texte qui suit, dans lequel il
rappelle ce qui constitue pour
lui les enjeux liés à ce dossier
de la
"démolition-reconstruction" du
Lycée Schoelcher en Martinique.
"Inauguré
en 1937 l’actuel Lycée Schœlcher
est une composante fondamentale
du patrimoine de la Martinique.
Chef-d’œuvre architectural qui
dépasse la Martinique, lieu de
la formation de la conscience
Martiniquaise où nos « Maitres »
nous ont enseigné les multiples
possibles de l’Homme pour
construire un projet de société
au fondement de l’instruction et
sortir plus fort de la longue
nuit de l’esclavage.
L’école
publique devient ainsi le lieu
fondateur et la matrice de cette
renaissance qui recueillait
l’assentiment de la population
et le consensus des politiques
progressistes.
A la
Martinique le Lycée Schœlcher
renferme toutes ces valeurs
symboliques de l’école publique
et démocratique.
Ce grand
ensemble architectural
moderniste Martiniquais, (1937),
qui porte le nom d’un des plus
illustres abolitionnistes
Français Victor Schœlcher à la
demande expresse des
républicains radicaux
Martiniquais, où a enseigné Aimé
Césaire, et réalisé par des
entreprises Martiniquaises a
acquis une valeur symbolique
forte. Il s’identifie
parfaitement avec l’image de la
ville de Fort de France, Il fait
partie de son patrimoine
paysager comme d’autres
monuments le sont dans d’autres
villes du monde, le
« Corcovado » de Rio de Janeiro,
le « Malecon » pour La Havane
pour ne citer que ceux-là.
Tous ces
monuments ont en commun un point
essentiel : ils possèdent les
caractéristiques de ce qui est
représentatif d’un mode de vie
distinctif ou d’une époque
particulière, inscrite dans la
mémoire de témoins encore
vivants :
Une valeur
patrimoniale, c’est-à-dire
l’importance esthétique,
historique, scientifique,
éducative, culturelle, sociale
et spirituelle d’un lieu pour
les générations passées,
présentes et futures. Le lycée
Schœlcher fait partie du
patrimoine architectural,
paysager, et symbolique de la
Martinique. A ce titre, il est
impératif de le préserver et de
le sauvegarder.
Dans toute
la Caraïbe, la protection du
patrimoine fait partie des
objectifs politiques des
gouvernements et participe de la
construction du sentiment
d’appartenance des peuples à un
même ensemble culturel et
identitaire. Le patrimoine est
vivant et ne saurait se
concevoir comme la résurgence
d’un passé à abolir ou à
effacer. Il est le gage de la
construction d’un avenir
fortifié. Même les pays et les
villes qui ont connu les
révolutions majeures du XXe
siècle, ont préservé leur
patrimoine historique. Cuba en
est l’exemple emblématique dans
notre espace caribéen et la
ville de Saint-Pétersbourg en
Russie, ex-URSS, un autre
exemple particulièrement
éloquent de cette politique.
La
politique de protection du
patrimoine joue un rôle
important dans l’affectation des
espaces urbains et naturels en
réponse aux besoins des Hommes.
C’est en ce sens que le 12
septembre 2007 la ville de
Fort-de-France a délivré un
permis de démolir sous réserve,
qui ne concerne que le bâtiment
G du Lycée Schœlcher dont l’état
de dégradation avancé n’offrait
pas d’autre solution.
Partie
prenante de cette impérieuse
nécessité de préserver le
patrimoine Martiniquais, la
ville de Fort de France
s’inscrit dans une démarche de
restauration du lycée Schœlcher
et sera favorable à toutes
initiatives en ce sens dès que
toutes les garanties de sécurité
seront avérées. Rappelons ici la
demande du Député Maire
honoraire de la ville, Aimé
Césaire, adressée le 10 octobre
2007 à Mme la Ministre de la
Culture, demandant le classement
en urgence du Lycée Schœlcher
comme monument historique.
Qu’en
est-il aujourd’hui ?
Le 28 avril
2009, le Conseil Régional a
déposé deux permis de construire
concernant le Lycée Schœlcher.
un
permis enregistré sous le numéro
972 209 09 BR 066 pour la
construction de 3 petits
ensembles de 7 logements de
fonction sur les parcelles BD
593 et 594
un
permis enregistré sous le numéro
972 209 09 BR 067 pour la
démolition partielle et la
reconstruction du Lycée
Schœlcher.
La Loi de
mobilisation pour le logement et
contre l’exclusion, publiée le
25 mars 2009, a modifié dans son
article 45, l’article L-422-2 du
code de l’Urbanisme. Cette
modification a pour objet de
supprimer la compétence générale
de l’Etat pour la délivrance des
autorisations d’urbanisme
portant sur des constructions ou
sur des travaux réalisés pour le
compte des régions, de la
collectivité territoriale de
Corse, des départements et de
leurs établissements publics et
concessionnaires. En
conséquence, les autorisations
relatives aux demandes de permis
de construire, d’aménager,
démolir et déclaration préalable
déposées par la Région ou le
Département relèvent désormais
de la compétente du maire.
La
commission régionale du
patrimoine et des sites était
convoquée le 16 février dernier
pour statuer sur la demande de
classement du Lycée Schœlcher.
Cette réunion a été reportée
pour cause de grève. Pour
l’heure les services de l’état
n’ont pas précisé encore de
date. La demande de classement
porte sur la totalité des
bâtiments.
Et la Ville
de Fort de France précise :
Qu’aucune
présentation des projets du
nouveau lycée n’a été jusqu’à ce
jour présenté au Député Maire de
Fort de France alors que le
lycée se trouve sur le
territoire de Fort de France
Que
le lycée est identifié sur le
Plan Local d’Urbanisme comme
« élément remarquable », lequel
PLU a été approuvé en juin 2008
par les autorités compétentes (y
compris le conseil régional)
sans aucune remarques
particulières.
L’importance
et la valeur architecturale de
premier plan que constitue le
lycée Schœlcher, sa valeur
historique symbolique et
patrimoniale et en conséquence
la nécessité de garder cette
trace pour les futures
générations
Que
la ville place en premier plan
de ses préoccupations la
sécurité des usagers du lycée,
des élèves, des professeurs et
de tous ceux qui y travaillent
et y vivent.
Que
la Ville est favorable, dans les
conditions de sécurité maximum
en tenant compte de l’adaptation
aux normes para sismiques, à la
conservation et à la
préservation par la
restauration-réhabilitation d’un
ensemble architectural
significatif de bâtiments
ou
la reconstruction d’un nouveau
bâtiment en tenant compte de
l’esprit des lieux, la valeur
architecturale de la valeur
historique symbolique et
patrimoniale, et de l’adaptation
aux normes parasismiques et
environnementales en modernisant
les conditions de travail au
lycée."