Vue des
coursives
intérieures de
l'extension du
campus
Jussieu-Paris,
réalisée par
l'agence
Périphériques.
LUC BOEGLY/ARTEDIA
Les prix de l'Equerre
d'argent confirment
l'émergence d'une nouvelle
génération de constructeurs,
avec l'Europe pour vivier
Les prix de L'Equerre d'argent
2006, remis le 29 janvier au
Grand Palais, à Paris, par les
éditions du Moniteur, sont un
bon observatoire des
constructions marquantes de
l'année en France. Le lauréat
est à voir à Marseille, où
l'architecte Franck Hammoutène a
conçu une extension en sous-sol
à l'hôtel de ville et une
esplanade.
Les mentions spéciales,
amplement méritées, sont à Paris
: l'extension du campus parisien
de Jussieu par l'agence
Périphériques et la nouvelle
passerelle Simone de Beauvoir,
dans le quartier de Bercy, par
Dieter Feichtinger et les
ingénieurs de RFR. Rémi Pascal
et Pierre Bouillon ont obtenu le
Prix de la première oeuvre pour
le remodelage ambitieux d'une
petite maison à
Fleury-les-Aubrais (Loiret). Le
tout témoigne du caractère très
disparate de la production en
France, loin des tendances
affirmées de naguère.
Le jury laisse en rade trois
célébrités, Jean Nouvel, auteur
du Musée du quai Branly, Renzo
Piano et son amphithéâtre, à
Lyon, et le Japonais Toyo Ito,
auteur de l'hôpital Cognac-Jay,
à Paris. Il oublie aussi les
belles réalisations de trois
femmes, Nasrin Seraji (une école
dans le Nord), Corinne Vezzoni
(les archives départementales de
Marseille) et Pascale Guédot
(école de formation à
Abbeville).
Oubliés enfin quelques
nominés parmi lesquels les
logements de Jean-Pierre Pranlas-Descours,
à l'angle de la rue Léon-Frot et
de la rue de Charonne, dans le
11e arrondissement de Paris.
La remise de ces prix du
Moniteur est devenue au fil des
ans la fête de famille de
l'architecture française. A
cette occasion, AMC,
revue du groupe Moniteur, publie
tout aussi rituellement les
projets primés et un bilan
exhaustif de ce qui fait le
quotidien du groupe, articulé
autour d'une sélection des "
Cent bâtiments de l'année ",
reflet d'un opiniâtre travail
d'investigation.
DES CONSTRUCTEURS DOUÉS
S'il n'y avait la lecture
divertissante des publications
concurrentes, comme D'A,
Architecture d'aujourd'hui
ou Créé et celle de sites
Internet de plus en plus étoffés
consacrés à l'architecture,
l'importance prise par l'Equerre
pourrait laisser penser que la
vie de la construction ne se
trouve balisée que par le
Moniteur. Ou par un petit monde
au ministère de la culture qui
s'apprête à ouvrir, le 5 avril,
la Cité de l'architecture et du
patrimoine au Palais de
Chaillot.
Frédéric Lenne, directeur d'AMC,
publie dans le numéro de janvier
un éditorial particulièrement
lucide sur la situation. "
Des signaux de tous ordres
permettent d'avancer que la
situation a changé ces dernières
années et qu'elle continue de
changer. " Optimisme ? Lenne
en fait s'attache surtout à
l'émergence de nouvelles
générations de constructeurs
doués, dont témoigne "
l'abondante sélection de
bâtiments pour le Prix de la
première oeuvre ".
Ce phénomène est à rapprocher
des Nouveaux albums de la
jeune architecture
(NAJA), qui sélectionnent et
publient tous les deux ans les
talents pour beaucoup issus des
familles recomposées de
l'architecture et de ses
tendances. Il souligne plusieurs
traits qui, sans faire de 2006
l'année de tous les
bouleversements, marquent une
évolution heureuse. Comme on
peut faire son marché de jeunes
héros dans le numéro spécial d'AMC,
les architectes des NAJA
bénéficient d'une belle mise en
valeur dans un volume publié par
les éditions Jean-Michel-Place.
Frédéric Lenne souligne encore
l'apport du programme européen
Erasmus, qui profite à
l'édification des futurs
architectes comme à celle des
autres étudiants. Il aurait pu
signaler aussi le concours
Europan (réservé aux moins de 40
ans), qui organise des appels
d'idées sur soixante-dix sites
proposés par autant de villes
européennes.
Tout cela révèle en tout cas
l'importance que joue désormais
l'Europe comme sphère de
production et de réflexion
spécifique sur l'architecture,
opposable notamment à la lourde
machinerie des agences
internationales, principalement
marquées par les stéréotypes
américains. Les prix de la
Fondation Mies Van der Rohe, à
Barcelone, révèlent la vivacité
et l'originalité des maîtres
européens contemporains dont
s'inspirent les jeunesses dorées
d'AMC, des NAJA,
d'Europan.
Frédéric Edelmann