De même que l'ombre
est indissociable de
la lumière dont elle
dépend,l' ailleurs
n'existe que dans sa
relation à l' ici.
Si l'ici est par
définition
l'endroit où l'on
est, l' ailleurs est
l'en dehors, l'autre
part proche ou
lointain. On peut
envisager
différentes
catégories de
l'ailleurs :
l’ailleurs
géographique connu
ou non-connu,
l'ailleurs imaginé,
projeté, fantasmé,
ou encore les
ailleurs
artificiels.
L' ailleurs
est donc multiple et complexe.
Il est à la fois ce qui fuit en
permanence et nous échappe, dans
la mesure où il est toujours là
où l'on n'est pas, mais il est
aussi l'endroit où l'on se rend,
dans lequel on voyage, qu'on
explore, où on rencontre
l'Autre.
L' ailleurs est à
envisager aussi bien
comme espérance et
désir que comme
menace et risque.
Entre magie et
crainte, appel et
répulsion, possible
et impossible, vécu
et fantasme, il est
un moteur de la vie.
Les auteurs:
Jean ARROUYE,
Dominique BERTHET, Cécile
BERTINELISABETH, Jean-Pierre
BRIGAUDIOT, Alexandre
CADET-PETIT, Hugues HENRI,
Giovanni JOPPOLO, Jean-Marc LA
CHAUD, Hervé Pierre LAMBERT,
Béatrice LAURENT, Martine
MALEUAL,
Richard Viktor SAINSILY.
Avant-propos
Dans le prolongement d’un colloque sur le thème de
« L’errance » i,
le Centre d’Etudes et de Recherches en Esthétique et
Arts Plastiques (CEREAP) organisait en décembre 2004
un colloque sur le thème de « L’ailleurs ». Pour
l’occasion, étaient rassemblés en Guadeloupe des
représentants de plusieurs universités et instituts
(IUFM de Martinique, Universités des Antilles et de
la Guyane, de Paris I, de Metz, de Strasbourg,
d’Aix-en-Provence, Beaux-Arts de Nice), et de
différentes disciplines (esthétique, sémiologie,
histoire de l’art, littératures française,
britannique, espagnole, ainsi qu’un photographe et
des plasticiens). Ce colloque faisait suite à la
parution, en octobre 2004, du dixième numéro de la
revue Recherches en Esthétiqueii
(organe éditorial du CEREAP), sur le même thème. La
notion d’ailleurs est interrogée dans cet ouvrage à
partir de pratiques artistiques, d’expériences de
vie, d’œuvres littéraires, de points de vue
philosophiques.
De même que l’ombre est indissociable de la lumière
dont elle dépend, l’ailleurs n’existe que dans sa
relation à l’ici. Si l’ici est par définition
l’endroit où l’on est, l’ailleurs est l’en dehors,
l’autre part proche ou lointain. On peut envisager
différentes catégories de l’ailleurs : l’ailleurs
géographique connu ou non-connu, l’ailleurs imaginé,
projeté, fantasmé, ou encore les ailleurs
artificiels en référence à ces voyages intérieurs
suscités par certains produits, évoqués par exemple
par Charles Baudelaire, Aldous Huxley ou Walter
Benjamin. L’ailleurs est donc multiple et complexe.
Il est à la fois ce qui fuit en permanence et nous
échappe, dans la mesure où l’ailleurs est toujours
là où l’on n’est pas, mais il est aussi l’endroit où
l’on se rend, dans lequel on voyage, qu’on explore.
Selon le cas, il est proche ou inaccessible,
familier ou pur fantasme.
Quoi qu’il en soit, la relation à l’ailleurs est
souvent de l’ordre de l’espoir, de l’aspiration, de
la projection. L’ailleurs est une visée. Compte tenu
d’un présent et d’un ici insatisfaisants, décevants,
ternes, voire pénibles, l’ailleurs est l’expression
du désir. On se voudrait là-bas, où les choses
pense-t-on seraient différentes, la situation
meilleure, les problèmes résolus ou oubliés. Face au
réel insupportable, l’ailleurs est promesse d’une
autre vie. La question évidemment se pose alors de
savoir si l’ailleurs ne serait pas une sorte
d’illusion, un fantasme, l’expression parfois d’une
difficulté à surmonter le présent et donc à le
changer. Cette vision de l’ailleurs comme espoir
d’un mieux être, d’une vie heureuse, d’un lieu où
s’épanouir, renvoie aussi à la notion d’utopie.
L’ailleurs géographique suppose le mouvement, le
déplacement. Dans l’ailleurs on se cherche, on
découvre, on rencontre l’autre. L’ailleurs est le
lieu du voyage, éventuellement celui de l’errance.
Alors il peut s’associer à la fuite, à la perte de
soi. Le voyage quant à lui, ne s’envisage pas de la
même façon s’il est contraint ou choisi. Tout
différencie le migrant, l’exilé, le réfugié du
voyageur qui choisit sa destination et qui sait que
le voyage ne dure qu’un temps, qu’il y aura un
retour dans le lieu familier. Cet ailleurs que l’on
découvre lors du voyage est une invitation à
l’exploration des inconnus. L’ailleurs est lié aussi
à la rencontre. Rencontre de lieux, de personnes.
Surgissement de l’inattendu, de l’imprévisible.
Pour résumer, l’ailleurs est à envisager aussi bien
comme espérance et désir que comme menace et risque.
Entre magie et crainte, appel et répulsion, possible
et impossible, vécu et fantasme, il est un moteur de
la vie.
1Publié sous le titre Figures de
l’errance, Paris, L’Harmattan, 2007.
2Ce numéro comme l’ensemble de la
collection sont accessibles sur le site du
CEREAP :
Dominique Berthet
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