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" L’Ile des esclaves de Marivaux (1725)

Deux Athéniens, Iphicrate et Euphrosine, victimes d’un naufrage, échouent sur une île où règnent depuis 100 ans des esclaves qui se sont jadis révoltés contre leurs maîtres. Trivelin, qui gouverne cette petite république, exige que les nouveaux arrivants prennent le nom, les vêtements et le rôle de leurs esclaves, Arlequin et Cléanthis. Les maîtres deviennent ainsi serviteurs, et les serviteurs maîtres. Euphrosine et Iphicrate ne sont pas humiliés sans raison : l’épreuve qui leur est imposée constitue, selon Trivelin, une cure destinée à les guérir de leur orgueil et de leur inhumanité.
Euphrosine et Iphicrate, durement mis à l’épreuve, reconnaissent progressivement leurs torts et décident d’adopter un autre comportement. Arlequin et Cléanthis ont pitié de leurs maîtres destitués et leur pardonnent.
Tout rentre dans l’ordre. Trivelin peut être satisfait : les maîtres sont devenus « humains, raisonnables et généreux » ; les serviteurs ont surmonté leur ressentiment. Les naufragés pourront revoir Athènes…


L’île des esclaves débute par un échange des noms et des rôles mais s’achève par un retour à la situation initiale, chaque personnage retrouvant à la fin de l’épreuve son identité d’avant le naufrage. La structure de la pièce est donc apparemment circulaire.
De nombreuses modifications s’opèrent pourtant. Les maîtres, comme les valets, changent, mûrissent, se bonifient. A la violence et au ressentiment se substituent l’amitié et la paix. C’est une comédie placée sous le signe du changement.
Si la question des inégalités sociales est au cœur de la pièce, Marivaux ne prétend pas abolir la servitude ou renverser brutalement la hiérarchie sociale ; il désire avant tout humaniser les relations qui unissent maîtres et valets. Il dénonce la violence verbale et physique par laquelle les maîtres assurent leur autorité. Les différences de condition ne peuvent justifier de tels manquements au respect de la personne humaine. Le ressentiment qui pousse l’esclave à se venger du maître déchu, ne saurait être plus acceptable. S’il faut trouver une véritable noblesse, c’est celle du cœur

Christine Berg : Premières réflexions

L'Ile des esclaves© JAC

On est en présence d’une grande et belle œuvre, de celles qui ne se laissent pas réduire.
C’est une comédie et sans doute on y rira bien, de ce balourd d’Arlequin et de ses farces, de la piquante Cléanthis et de ses imitations vengeresses, du désarroi de leurs maîtres.
Mais très vite on perçoit la portée philosophique du discours, sa volonté profondément humaniste. On ne peut peut-être pas changer la société mais on peut tenter de changer l’homme d’abord (qui par la suite changera sa vision du monde)
Sans doute nous sommes barbares et à tout jamais proches des animaux. Cruels.
Mais il existe un élan du cœur, une générosité, une sorte d’amour entre les hommes qui permettraient de mieux vivre…
Il faut monter cette pièce dans sa dimension dynamique. La notion de mouvement est en effet prépondérante : d’abord le naufrage, puis le changement des rôles, puis le rétablissement des identités mais métamorphosées, puis enfin le retour.
Il y a dans tout cela comme une valse plaisante qui reviendrait à son départ pour repartir tout autrement.

Nous nous appuierons donc sur un musicien en direct au piano qui embarquera cette joyeuse compagnie dans son voyage.
L’espace sera utilisé aussi de façon symbolique : des praticables mobiles seront pour chaque personnage, son espace mental, celui de sa servitude. Ces espaces pourront se rejoindre et composer alors une île ou se séparer quand les conflits s’expriment ou encore servir de « théâtre dans le théâtre »…
Ce dispositif se doit d’être totalement autonome (lumière, son, boîte noire) de manière à s’installer partout dans les lieux non équipés.
Car c’est le propre des grandes œuvres de s’exprimer dans une forme de dénuement, de simplicité qui porte haut la pensée de l’auteur et nous confronte en tout temps et en tous lieux aux grandes énigmes du comportement des hommes.

Christine Berg mars 2009

Marivaux

Pierre Carlet Chamblain de Marivaux naît à Paris en 1688 dans une famille de la petite noblesse. A 11 ans, l’enfant découvre la province : son père qui fait carrière dans l’administration des finances est nommé à Riom puis à Limoges. Le jeune Marivaux y passe les dix années qui suivent. Il reçoit une solide formation de latiniste et s’adonne à de vastes lectures : Rabelais, Cervantès, Molière…

A partir de 1710, il entreprend sans enthousiasme des études de droit à Paris. Il les abandonne trois ans plus tard pour se consacrer à la littérature. Il rédige alors une comédie et plusieurs romans parodiques. De cette époque datent également ses premières chroniques journalistiques publiées dans Le Nouveau Mercure.

Ces œuvres de jeunesse assurent d’emblée une certaine notoriété à Marivaux. Le jeune romancier se lie d’amitié avec les écrivains alors influents et novateurs que sont Fontenelle et La Motte. Il s’engage auprès d’eux dans le combat qui oppose les « Modernes » aux « Anciens » et affirme la singularité de son œuvre naissante.

En 1717, il consolide sa position sociale en épousant Colombe Bologne, fille d’un riche bourgeois de Sens. Mais ces satisfactions sont de courte durée.

Ruiné par la banqueroute de Law en 1720, veuf en 1723, Marivaux se voit contraint d’écrire pour vivre et élever sa fille de quatre ans. Il trouve dès lors sa raison d’être dans l’élaboration d’une œuvre originale et diversifiée. Il se passionne pour le théâtre, écrit d’autres romans, poursuit sa carrière de journaliste.
C’est la rencontre des comédiens italiens à Paris dès 1720 qui fait naître la passion du théâtre dans la vie de Marivaux. Dans sa volonté de rompre avec le classicisme, il ne pouvait qu’être séduit par la comédie italienne. La collaboration qui s’engage avec ces comédiens sera tout à la fois durable et féconde.
Observateur attentif des réalités de ce monde, guetteur mélancolique de son siècle, Marivaux vit en retrait. Jusqu’à sa mort qui survient en 1763, l’essentiel reste l’œuvre profonde, moderne et généreuse, qu’il élabore dans la solitude.

Distribution

Mise en scène de Christine Berg

Avec
Pascal Adam, Mélanie Faye, Laurent Nouzille, Vincent Parrot et Gisèle Torterolo

Accompagnés par Gabriel Philippot au piano
 

Scénographie : Bérengère Naulot
Lumières : Elie Romero
Musique : Gabriel Philippot
Costumes : Juan Morote
Maquillages : Nathy Polak

Directeur de production : Vincent Marcoup
Administration :Anne Delépine


Coproduction ici et maintenant théâtre/La Forgerie - Théâtre du Val de Blaise à Wassy/La Méridienne - Théâtre de Lunéville
La compagnie ici et maintenant théâtre est conventionnée avec le ministère de la Culture/Direction Régionale des Affaires Culturelles de Champagne-Ardenne, avec l’ORCCA/Conseil Régional de Champagne-Ardenne et subventionnée par la Ville de Châlons-en-Champagne. Création soutenue par le Conseil Général de la Marne.

 

http://www.culture.gouv.fr/champagne-ardenne/3documentation/nav2_esclaves.html

 

 

 AYITI

La charge du Rhinocéros crée



La Charge du Rhinocéros a le plaisir de vous annoncer sa nouvelle création : AYITI
De Philippe Laurent et Daniel Marcelin
Mise en scène Philippe Laurent
Avec Daniel Marcelin
Décor Olivier Wiame
Décor sonore Marc Doutrepont
Eclairage Xavier Lauwers

Une coproduction de la Charge du Rhinocéros, l’Espace Magh, l’Archipel/Scène Nationale de Guadeloupe, avec l’aide de Wallonie Bruxelles International/EWA Ayiti

Du 16 mars au 02 Avril 2010 (relâche le 27 mars) à 20h30
À l’Espace Magh - Rue du Poinçon 17 à 1000 Bruxelles
Infos et Rés. : 02 537 01 20 ou www.chargedurhinoceros.be

Daniel Marcelin est haïtien, ce qui n’est pas une fatalité… Coincé dans un aéroport, il nous joue l’histoire d’Haïti, de ses héros, de ses tyrans, de ses révoltes, de son peuple.
AYITI est un spectacle sur Haïti à la croisée de sa grande Histoire et de l’histoire anecdotique de Daniel Marcelin né en 1958 sous le règne des Duvalier et qui a connu le régime d’Aristide et ses dérives…Il nous offre son regard cru sur l’incroyable destin d’Haïti afin de comprendre comment la richissime et bien nommée « Perle des Antilles », à l’avenir si prometteur, celle que l’on confond souvent dans les conversations avec Tahiti, a peu à peu sombré dans le marasme et épuisé ses ressources. Au rythme des dictatures, ponctué de quelques périodes plus fastes, Daniel Marcelin, celui qu’on surnomme à raison le Fernandel Noir, nous raconte de l’intérieur, et avec une bonne dose d’autodérision – soupape humoristique plus que nécessaire dans ce contexte – ce que l’Histoire nie, ce que l’actualité occulte, et de nous faire rêver sur les beautés et richesses méconnues de son île.
Bienvenue en Haïti, la violence au paradis, la douceur antillaise au goût amer, voisine de la paradisiaque Saint Domingue pour touristes « all inclusive ». Là où la créativité rime avec oppression, pauvreté et résistance. L’art est tant une bouffée d’oxygène, qu’un lieu de point de vue, de rassemblement,… pour un peuple opprimé, le dernier bastion pour dire qu’il existe et est encore debout.
Ce spectacle, AYITI, dont les répétitions ont commencé à Bruxelles deux jours avant le séisme, est un projet en gestation de longue date. Le séisme du 12 janvier l’a fortement influencé. Daniel Marcelin a pris la courageuse décision de mener jusqu’à son terme la création, malgré, ou a cause du sinistre qui a frappé sa terre.
Il dédie ce spectacle à ses enfants, Cédrick et Sara

 

Deux reportages réalisés sur Ayiti:

par RFO.

par la RTBF (JT de 13H du 22 mars 2010).

 

Un dossier pédagogique a été réalisé pour le corps enseignant ou toute autre personne qui souhaite se documenter en complément du spectacle. Celui-ci est disponible sur demande et /ou téléchargeable en version basse résolution disponible dans l'onglet "professionnel") : Contact : Dorothée Maillart

Remerciements à la Cinématek de Bruxelles pour son aimable participation.

 

http://www.chargedurhinoceros.be/index.php?option=com_content&view=article&id=31&Itemid=2