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Aimé Césaire, Adieu au Nègre Majuscule

Je pleure Aimé Césaire aujourd'hui. C'est l'heure où j'ai autant envie de garder le silence car tout ne peut être dit de ce qui n'est pas chanté dans le chant. Je pleure Aimé Césaire aujourd'hui… J'entends les démons vibrant de mort qui versent la mort sur l'homme. J'entends le vent d'îles, « la brise de mer est sur les cayes ». La Martinique, caye qu'il a tant aimée et parcourue au gré des chemins-chiens. Mais la naissance, la vie, la mort et la résurrection du poète agrandissent son île à la démesure de l'univers.

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Jean-Tony GUIOUBLY

Toute la nuit, jusqu’au bout du petit matin

Un criquet a chanté sur mon torse nu….

J’ai vu se tarir les rivières,

Se cacher la face de l’astre de nuit

Et se figer la vie scélérate.

Césaire le bien-aimé a traversé le temps immortel.

Lire la suite du poème

 

 

Philippe Adrien et l’équipe de la Tempête
 

Durant l’été 1969, au festival d’Hammamet, Jean-Marie Serreau et sa compagnie créent « Une Tempête », adaptation de la pièce de Shakespeare “pour un théâtre nègre”, par Aimé Césaire. L’année suivante, Serreau fonde à la Cartoucherie de Vincennes le Théâtre de la Tempête rendant ainsi hommage au poète martiniquais et plaçant son aventure à la Cartoucherie sous les signes conjoints de la poésie, de la négritude et de l’égalité entre les hommes. La disparition d’Aimé Césaire nous touche au cœur. Nous sommes aujourd’hui plus que jamais les héritiers de son idéal et de son combat. Nous nous réunirons le lundi 28 avril à 20h30 au Théâtre de la Tempête pour évoquer, à travers son œuvre, son souvenir et sa pensée.


Pour nous joindre et confirmer votre venue : 01 43 28 36 36

 

Jean Crusol

Le Grand Nègre est mort.

Nos mots sont impuissants.

Seuls ses propres mots ont la hauteur pour dire ce que nous voulons dire :

« et que l’arc s’embrase

et que de l’un à l’autre océan

les magmas fastueux en volcans se répondent pour

de toutes gueules de tous fumants sabords honorer

en route pour le grand large

l’ultime Conquistador en son dernier voyage »

Aimé Césaire « FERREMENTS »

Jean CRUSOL

 

Haïti-Décès de Césaire : Reconnaissance éternelle (Note officielle)

dimanche 20 avril 2008

Communiqué du Ministère de la Culture

Remis a AlterPresse le 18 avril 2008

…et que l’arc s’embrase…
en route pour le grand large
l’ultime Conquistador en son dernier voyage.

Aimé Césaire, Anthologie poétique, p.229 ( Cérémonie vaudou pour Saint John Perse…)

C’est avec une grande émotion que le peuple haïtien et avec lui, le Ministère de la Culture et de la Communication, a appris la mort de l’écrivain martiniquais, Aimé Césaire.

Le ministère tient à canaliser par cette note la clameur générale et exprimer à la fois la profonde émotion des poètes, de tous les hommes de culture et de la jeunesse d’Haïti qui avec raison ont voué une profonde vénération pour ce grand homme aux talents immenses et multiples.

Érudit, essayiste pénétrant, historien sagace, dramaturge nourri aux sources de l’antique et résolument moderne, Aimé Césaire est surtout ce poète immortel qui a brisé tous les tabous du genre, de l’inspiration et de la langue qu’il a contribué paradoxalement à enrichir.

Les Haïtiens ont de bonnes raisons de s’incliner devant la dépouille de ce personnage profondément engagé. Il a su saisir nos valeurs et les magnifier. Grâce lui soit rendue ! Cet homme a appris à connaître et à aimer notre pays. Comme historien, n’a-t-il pas écrit un Toussaint Louverture des plus éclairants ? Et n’a-t-il pas imaginé un Roi Christophe de la démesure entre le drame existentiel et la tragédie sans trahir l’histoire ?

Nous devons une reconnaissance éternelle à ce chantre de la Négritude qui a mis Haïti au cœur de ses préoccupations esthétiques, idéologiques et humaines Haïti, écrit-il, où la Négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité.

Encouragé par la lecture de Jean Price Mars entre autres, Aimé Césaire avait séjourné un temps dans notre pays durant les années 40 pour s’imprégner du souffle profond du terroir ; il y avait rencontré d’éminents hommes de lettres haïtiens et avait noué de solides amitiés en terre haïtienne ; depuis, notre bout d’île n’a jamais quitté sa pensée et l’histoire tourmentée d’Haïti fait l’objet de toutes les préoccupations de l’écrivain.

Le monde entier vient de perdre un homme, un vrai.

Comme l’a écrit l’essayiste Roger Toumson : « Ramené à son essence, le poème de Césaire est un chant où les mots, perdant leurs contours, se fondent en un réseau de résonances et d’échos. L’acte poétique devient l’acte du Créateur lui-même ; il engendre l’univers ».

Au nom du peuple et du gouvernement haïtien, le Ministère de la Culture et de la Communication exprime ses profonds sentiments de regrets sincères aux peuples martiniquais, et français endeuillés.

MCC-CAB-08/Note
17 avril 2008

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

 

Roland Sabra

Il est vivant !

L'île retenait son souffle. Chaque apparition suspendait le mouvement de la vie, comme pour retenir dans l'instant ce que nous ne voulions pas voir s'éloigner. Tant d'énergie, tant de force, tant de puissance, dans ce corps si mince et si fragile, mais surtout tant de reconnaissance, tant de gratitude, tant d'amour pour celui qui pour la première fois avait permis à son peuple de dire " JE", de parler à la première personne. Au commencement était le verbe. Il était donc poète. Poète fondamental. Et nègre tout autant. Enseveli déjà de son vivant sous les éloges, le cerne aujourd'hui la canonisation et l'enferme dans un mausolée de dithyrambes, au risque celer la gerbe de son geste libérateur. Mais ce n'est que sa dépouille que l'on met en terre en ce jour. Il est vivant! Dans nos cœurs, dans le regard droit et profond de celui qui lève la tête, dans le quotidien de nos dires, dans la nuit de nos sommeils, dans le salut que nous adressons à l'autre, dans l'obole au mendiant, dans la reconnaissance de notre égale condition, dans la possibilité même de l'échange et de la parole, dans le morceau de pain revendiqué, dans le chant clair de la rivière, dans le vieillard tombé du lit qui se redresse, dans la pierre qui berce le chemin, dans le balisier sucré par le vent,  dans le premier cri de l'enfant qui dit non, dans ... , dans..

Il est en nous.

A l'appel de son nom  il répond : Présent!

 

Abdoulaye Wade, président sénégalais : "Ce qu'on retiendra, c'est le chant de la négritude et la lutte contre le colonialisme", à propos d'Aimé Césaire, concédant se sentir plus proche du poète antillais que de l'autre "père" de la négritude, Léopold Sedar Senghor.
"Cet homme a consacré sa vie à la lutte pour le peuple noir, à la lutte pour l'indépendance de l'Afrique, à la promotion des valeurs de la négritude", a-t-il indiqué, rappelant avoir rencontré la première fois Aimé Césaire à la Sorbonne à Paris en 1956.
Abdoulaye Wade était "contre la conception de la négritude senghorienne. Les deux ne disaient pas la même chose. Pour Césaire, c'était une sublimation de la valeur noire".
"Tous les deux avaient réagi car ils étaient isolés dans un monde blanc. On comprend parfaitement leur volonté d'affirmer l'existence d'une civilisation qui n'était pas celle de l'environnement dans lequel ils étaient".
Il ajoute que Césaire et Senghor "sont les premiers qui dans un contexte blanc ont pris conscience de la nécessité de faire comprendre qu'ils étaient différents. Ce refus d'être assimilé, ce refus de l'assimilation est une attitude très positive, d'affirmation de personnalités".
(Communiqué à l'AFP, jeudi 17 avril)

Françoise Vergès, professeure de sciences politiques à l’université de Londres et membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage :

«Aimé Césaire a parlé de l’identité caribéenne et de l’identité noire comme d’une histoire culturelle. La négritude n’est pas une cathédrale, ce n’est pas une identité essentialisée. Pour lui, c’est une identité dynamique, historiquement enracinée. Il avait horreur de tout ce qui ramenait cette identité du côté "victimaire", mais il disait : "Je ne peux pas faire autrement que de penser à ce qui m’a fait naître sur cette île-là." Il était aussi très intéressé par ce qui se passait dans tout le monde noir, dans la Caraïbe, mais aussi en Amérique et en Afrique. Il ne le considérait pas comme un monde unitaire, mais comme un monde qui partageait un certain nombre de choses.

Quant au mot de "négritude", Césaire et Senghor - ces très jeunes gens qui rencontraient tous ces autres Noirs, Africains et Américains - l’ont certainement élaboré ensemble quand ils se sont retrouvés à Paris. Pour la première fois, sans doute, ils se sont demandés : "Qu’est-ce que c’est d’être noir ?" Maintenant que, en France, la question se pose à nouveau, c’est intéressant de repenser à ce qu’écrivait Césaire. Il disait que ça n’était pas facile d’être Antillais, d’être issu d’une histoire d’esclavage, de colonisation, pas facile d’avoir cette histoire insulaire, d’habiter sur ces petits territoires à l’économie et à la société fragiles. Quel est notre présent ? Quel est notre avenir ? Que faire quand on a été construit par la colonisation française? Il faut, disait-il, inventer quelque chose, ça n’est pas facile, mais c’est intéressant. Il avait aussi une voix originale sur l’esclavage. Si on repense aux débats récents sur la question des réparations, imaginer de combler cette blessure, ce manque, il trouvait ça absurde. On ne refait pas l’histoire. Elle est là. Quant à l’esclavage, c’est un point complexe. Ce n’est pas seulement la souffrance et la déportation. Ce sont aussi les mondes créés au milieu de cette souffrance. Il y a la langue, l’écriture, la musique, une manière de vivre créole. Et surtout, cette aspiration jamais défaite à la liberté.»

 

Ernest PEPIN, écrivain

Poète, nous te pleurons…


Un phare s’est éteint ! Jamais homme, en Martinique et en Guadeloupe, ne suscita tant de controverses, de polémiques et de débats comme si son œuvre et son action avaient dérangé la fourmilière coloniale d’une manière irrévérencieuse et quasiment « sauvage ».

Il lui avait suffi d’un petit recueil pour mettre le feu aux poudres : Le Cahier d’un retour au pays natal.

Il lui avait suffi d’un mot pour brandir le drapeau de la résistance et de la dignité : négritude.

Et vinrent les coups de canons que furent le Discours sur le colonialisme, la Lettre à Maurice Thorez, sans oublier l’ouvrage monumental consacré à Toussaint Louverture.

Puis, se voulant pédagogue, il éclaira le ciel du théâtre de fusées salvatrices : La tragédie du Roi Christophe, Une saison au Congo, Une tempête. Autant de questionnements où l’histoire déclinait ses inquiétudes, ses enjeux et ses défis.

L’homme politique que toujours le peuple martiniquais plébiscita depuis 1946, avocat inconsolé de la départementalisation, fondateur du Parti Progressiste Martiniquais, député-maire, Président du Conseil Régional, connut les morsures aux jarrets d’une droite fétichiste, les salves contraires des jeunes indépendantistes et l’incompréhension d’une France sourde à ses revendications et plus soucieuse de le déchouquer que de l’entendre.

Ce qui avait fait sa grandeur aux yeux des générations anciennes devenait un fardeau voire même, pour certains, un péché.

Il aurait été le père suprême de l’assimilation, le responsable de toutes les dérives décriées, le coupable d’une dépendance honteusement couverte d’allocations et de subventions.

Il fit front en plaidant que la départementalisation de 1946 était une demande émanant de la gauche, que le contexte de la guerre et de l’après-guerre imposait ce choix, que cela correspondait aux aspirations profondes du peuple. Et peut-être, secrètement, il pensait aux débâcles des indépendances africaines et aux convulsions sanguinaires de la dictature « noiriste » de François Duvalier. On peut penser qu’il guettait un vent de révolte collective, une vraie poussée populaire, un balan de l’histoire qui ne vint jamais. Le radicalisme des écrits se muait, à l’Assemblée nationale en exigence de justice sociale, en « postulation irritée de la fraternité », en tisons d’un humanisme vrai.

Plus qu’un guerrier c’était un avocat !

Et nul ne peut nier que ses plaidoiries furent de grandioses interpellations à une France qui se dévoyait dans la besogne coloniale. Nul ne peut contester que sa poésie, lave effervescente, tentait d’éradiquer, à la racine même, « l’omni-niant crachat » du colonialisme.

Cette ambigüité entre la pureté étincelante du dire et les compromis du faire en dérouta plus d’un. Ils trouvèrent que la statue littéraire manquait de ce socle qui fait les hommes d’état. En fait, ce qui manquait c’était la foi en la violence, les certitudes sectaires, cette passion barbare, ce sens enflé du moi qui font les beaux « libérateurs » du peuple.

Peut-être pensait-il que trop souvent le soleil des indépendances vire en volcan imprévisible d’une dépendance encore plus grande : celle de la misère et de la solitude.

Peut-être que tout simplement, accroché à de grands idéaux, croyait-il que la France pouvait accoucher d’une émancipation généreuse et solidaire.

Peut-être !

Toujours est-il que le monde caribéen, afro-américain, africain s’empara de ses mots pour signifier qu’on ne pouvait impunément minorer une partie de l’humanité et qu’il y avait place pour tous au rendez-vous de la fraternité.

Et plus l’homme politique s’usait, plus l’œuvre littéraire et militante agrandissait l’horizon, reformulait l’espérance, irriguait les cadastres minés par l’apartheid, le racisme, l’absence d’une utopie refondatrice. Tout cela au point qu’il devint de son vivant l’incarnation même de cette « blessure sacrée », de cet inconfort existentiel, de cette mémoire souffrante, de cette résistance ontologique où s’écrit le destin contrarié des damnés de la terre.

Et c’est ce qui nous reste ! Non pas des poèmes mais une pensée de nous-mêmes. Non pas de la poésie mais une pétition. Non pas des mots mais une expression de l’identité. Non pas une esthétique mais une vision.

Je n’ai jamais cherché Aimé Césaire dans le mirage de la négritude. Je l’ai trouvé de ce côté où l’homme proteste, parfois en vain, contre le calendrier des humiliations et des damnations de la condition humaine. Ces protestations l’ont érigé en conscience d’une « négraille inattendûment debout ».

Et pourtant c’est un poète ! Un poète comme il en surgit un par siècle !

Poète, parce que ses mots ont su plonger dans la cale des bateaux négriers, transformer les cris de souffrance en voix des peuples, concasser la langue jusqu’à en faire un semis de liberté, thésauriser nos rébellions, espérer une « remontée jamais vue ».

Mots d’une histoire singulière, tragique et toujours espérante.

Mots d’une géographie péléenne où viennent boire les mangroves, éclater les coraux, s’enflammer les balisiers.

Mots d’une existence plus tourmentée qu’on ne le croit, trempée dans une foi inébranlable en l’humanité souffrante.

Mots conjugués en flamme de beauté et portant la torche d’une vérité sans pourquoi.

Aimé Césaire, absolument poète, sincèrement poète, mondialement poète. A cette heure où l’ombre attise tes paupières, nous te pleurons ! Désormais, il nous appartient de regarder l’avenir en face car nous savons que les plus grands bâtisseurs sont ceux qui réveillent l’énergie des cendres à travers les décombres.

Ernest PEPIN

 

Louis-Philippe Dalembert écrivain haïtien .

«Il fait partie de ces écrivains qui, très tôt, ont rendu la Caraïbe intellectuelle et littéraire présente au monde. Pour nous Haïtiens, l’homme a une valeur tout aussi importante que l’écrivain. "Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité", traverse l’ensemble de son œuvre, du Cahier, à son Toussaint Louverture jusqu’à la Tragédie du roi Christophe. Cela dit, son rayonnement dépasse largement les frontières de l’archipel. J’étais au Mali la semaine dernière pour des interventions dans les universités, lycées, etc… Il n’y a pas un seul endroit où on ne m’ait posé une question sur Césaire. Et la plupart de mes interlocuteurs n’étaient pas au courant de son hospitalisation. Dix jours plus tôt, au Danemark, à l’université d’Aarhus, pareil, et aussi en Italie et aux Etats-unis. Partout où j’interviens, je sais que j’aurai une question sur Césaire, le Cahier d’un retour au pays natal, le Discours sur le colonialisme et la négritude. On a voulu parfois l’enfermer dans la négritude, par mauvaise foi, soit par ignorance de son œuvre. En tant que Caribéen, il avait une conscience aiguë de notre héritage multiple. Ce qu’il a voulu, il l’a toujours voulu "pour la faim universelle, pour la soif universelle"».

 

Alain Foix, dramaturge :

Un arbre est tombé, de sa belle mort… Mais il est tombé. Ca me rappelle le mot de Toussaint Louverture lorsqu’il a été arraché à la terre haïtienne : « Vous arrachez l’arbre de la liberté des Noirs, mais il repoussera par toutes ses racines qui sont aussi profondes que nombreuses. » Après Aimé Césaire, son œuvre restera ancrée dans la conscience des humains, car il dépasse très largement sa condition de Martiniquais. Sa pensée est universelle.

Khal Torabully de l’île Maurice, parole pour l’aimé Césaire

J’ai rencontré Aimé en 1996, à la mairie de Fort-de-France. Son accueil et son humanité poétique ont laissé en moi une trace indélébile. Il a lu en toute complicité mon texte Cale d’étoiles-Coolitude, , bousculant ses activités d’élu, et nous avons partagé là un extraordinaire moment poésie et de profonde humanité.

J’en parlerai bientôt dans un hommage à Césaire que j’organise avec la radio mauricienne. Je l’écrirai aussi car cet immense poète m’a donné l’embrassade authentique du poète fraternel. Sans discours, sans coterie. Avec la dignité qui sied au grand, très grand monsieur qu’il fut et demeure.

Poèmes pour Aimé

19/4/O8

Mon cœur, préservez-moi de toute haine

ne faites point de moi cet homme de haine pour qui je n’ai que haine

car pour me cantonner en cette unique race

vous savez pourtant mon amour tyrannique

vous savez que ce n’est point par haine des autres races

que je m’exige bêcheur de cette unique race

(Césaire, Cahier d’un retour au pays natal).



 

Tu sais le cœur

Sans rime

Sans césure

Jamais

sans Césaire

Ces rythmes

Que le temps supprime

Que la mémoire rumine


 

Aimé

Ce dur pigment

Aux muqueuses des damnés

Il est temps

Dis-tu

De comprendre l’importance

De la poussière des négriers

Quand la maladie du sang maudit

Parle en nous

Des organes

Des viscères


 

Il s’est arrêté ce cœur aimé

Avec autant de temps à faire

Qu’à défaire,

Césaire sur césure.


 

Il est temps de regagner

Cette Terre natale

Et supplique suppute suppôt

Supplique supplie ces temps morbides

Comme le gros dogue bagué

Qui aboya sur le nègre

Sensé le mordre

Pour saborder son noir sort

 

Christine Albanel, ministre de la Culture : a estimé qu'il n'était "pas évident" que le poète "ait souhaité quitter sa terre, même pour le Panthéon", alors que plusieurs voix ont plaidé pour le transfert de la dépouille du poète de la "négritude" dans la nécropole parisienne.

"Il y aurait toutes les raisons d'accueillir Aimé Césaire au Panthéon, de par sa personnalité, son oeuvre et son message humaniste". Mais "il faudrait d'abord que lui-même en ait été d'accord", a-t-elle expliqué.

(Interview du Parisien, samedi 19 avril)

 

 

EIA POUR AIME CESAIRE !


 

Au bout du petit matin, ce cruel petit matin du 17 avril, le poète s’est tû.

Nos têtes et nos cœurs bruissent des mots qu’il a inlassablement ciselés pour l’éveil des consciences, chez nous et dans le monde entier ;

Prévenu depuis de longs jours de l’inéluctable, le peuple martiniquais est sous le choc.

Privé désormais de celui dont la seule présence rassurait, celui qui a si merveilleusement chanté ses souffrances, ses combats, ses espérances, si puissamment poussé « son seul cri », si brillamment dit sa soif de fraternité universelle, le peuple martiniquais devra puiser en lui-même la force nécessaire pour écrire la nouvelle page de sa propre histoire.

Dans l’arsenal des « armes miraculeuses » dont ici et ailleurs nous avons besoin pour le combat émancipateur, il faut intégrer la poésie incandescente de notre Caliban national, la richesse de sa pensée rebelle et généreuse, l’exemple de son désintéressement, de son acharnement au travail pour autrui.

Pétri, comme beaucoup d’autres, de son verbe puissant, le Groupe Révolution Socialiste ( GRS) saura, au-delà des divergences, contribuer à fructifier ce « grand cri nègre qui ébranlera les assises du monde » !

Que la famille et les proches d’Aimé Césaire trouvent ici le témoigne de nos très sincères condoléances.

Fort de France le 17 avril 2008

Pour le GRS, Philippe Pierre-Charles

 

Serge DOMI, Sociologue

DEMAIN, CESAIRE

Le plus difficile sera de s’habituer à son silence, c’est-à-dire à la disparition de cette parole, souvent ramassée en formules fortes et fécondes qui exprimaient fréquemment la « substantifique moelle » d’une situation et nous apprenait par la même à nous situer, plus précisément à nous re-situer.

Le plus difficile sera de vivre sans son paradoxe fécond, qui nous obligeait à saisir la réalité dans sa complexité et ses ambigus et à nous départir des simplismes et eschatologies de doctrine. Cet éternel mélange qu’il constituait : de négritude et d’humanisme, de sagesse et de révolte, d’audace et d’humilité n’était que l’aboutissement ultime de son engagement poétique « la poésie est cette démarche qui, par le mot, l’image, le mythe, l’amour et l’humour, m’installe au cœur vivant de moi-même et du monde » a-t-il écrit en effet.

Aimé CESAIRE , à petit pas et en cheminements silencieux était devenu Le guide d’une population à qui il avait appris à faire peuple. Par la vérité et la puissance de son engagement, par l’intimité de sa relation avec son peuple, il était devenu : Le fondamental ; c'est-à-dire celui qui par ses mots ou ses silences influait fortement sur le cheminement de nos consciences.

L’impact de son décès peut être catastrophique, si nos décideurs et nos référents perdent ce sens de la mesure et de la démesure qu’il nous a si magistralement enseigné. Si, comme je le crains, nos décideurs et nos référents, parce que embarqués dans des rivalités de pouvoirs et de territoires perdent de vue la dimension essentielle de l’intérêt général et accentuent par la même l’immobilisme et la fragmentation qui caractérisent déjà notre société.

Malgré cette menace d’une implosion de notre socius par ces rivalités mimétiques, je demeure optimiste, car avec sa mort, est entrain de se produire quelque chose d’essentielle : le peuple martiniquais va à la rencontre de l’œuvre de CESAIRE. Paradoxe, mais peut être aussi revanche de l’histoire : au moment où l’homme disparait c’est à ce moment peut être que son peuple en masse ira à la rencontre de son œuvre. Souhaitons qu’il se l’approprie !

Pour ma part, j’ai confiance en nos générations à venir…


Emmanuel Dongala, auteur de Le Feu des origines, écrit de Boko, au bord du fleuve Congo :
Césaire, j’écris ton nom ! Non, je crie ton nom ! Je crie ton nom du bord de mon Congo-fleuve natal, ce “ Congo bruissant de fleuves et de forêts, où l’eau fait likouala-likouala ” que tu as si bien évoqué dans ton Cahier d’un retour au pays natal.

Rodney Saint-Eloi :
Aimé Césaire nous a transmis la force de regarder demain. Ce nègre fondamental a marqué pour toujours notre vie.

Firmine Richard, comédienne :
Les Africains ont davantage manié ses textes que les Antillais, ils ont magnifié ses textes. Ce sont eux qui m’ont conduite à Césaire.

Frankétienne :

Aimé Césaire est l’un des plus grands créateurs de son temps. Un grand mapou est tombé. Nous avons perdu le père, l’ami, le frère, le poète. Un visa pour l’Éternité à ce grand maître de la parole.

Gary Victor :

Aimé Césaire a donné à l’homme noir et à l’homme antillais sa fierté.

Emmelie Prophète, responsable de la direction nationale du livre en Haïti :
Aimé Césaire a ouvert, facilité et aussi permis un autre regard sur l’histoire d’Haïti. Il a trouvé le dénominateur le plus sérieux du panafricanisme, il a réussi à lier les continents avec sa poésie.

André LUCRÈCE, Ecrivain

« André, viens que je t’embrasse », me dit-il après un entretien.

La voix d’Aimé CÉSAIRE me demeurera familière.

Sa voix chaude était de celles qui ne réveillent pas les oiseaux afin qu’ils ne s’éparpillent en petitesses et pépiements.

Chez CÉSAIRE surtout, la preuve féconde de l’acte poétique, l’intelligence de l’impénétrable propre aux poètes, la grande exploration dédiée à la chose humaine.

Sa poésie avait ce sens de l’inaugurale fragmentation pour dire ou suggérer l’ultime bord supportable dans son contemporain colonial dont il a dénoncé le dessèchement humain, les fatuités et les prétentions conçues dans une épilepsie historique. Ainsi en a-t-il inversé les pôles magnétiques dans son Discours sur le colonialisme si dramatiquement actuel.

De l’empreinte laissée par l’homme, à l’évidence aussi la puissance oratoire s’allumant aux contrescarpes de la ville pour défendre l’existence immédiate de ceux auxquels on promettait la vie mutilée et amère.

Le pays en viduité devant un tel départ.

Mon affection depuis toujours et aujourd’hui ma peine, conçues et scellées à la hauteur de l’esprit.

René Depestre, écrivain franco-haïtien : s'est déclaré "bouleversé" par le décès d'Aimé Césaire, "un penseur, un homme politique brillant et surtout un très grand poète". "On perd un fils illustre de la Martinique, de la France, de la francophonie". René Depestre avait 17 ans lorsqu'il fit la connaissance d'Aimé Césaire."Je n'ai pas perdu le contact depuis 64 ans"."Je me sens presque orphelin à nouveau". "C'était un homme très généreux. Toute sa vie, il m'a aidé. Sans lui je ne serais pas devenu ce que je suis". La France n'a "pas encore réalisé la stature, l'importance de Césaire dans la littérature et dans la conscience publique française". (Déclaration, jeudi 17 avril)

Victorin Lurel, député et président (PS) de la Région Guadeloupe : salue en Aimé Césaire un "nègre total, nègre fondamental", qui "aura tutoyé l'excellence et magnifié l'identité afro-antillaise pour en faire le socle de notre culture".
"Ce phare qui nous a éclairé sa longue vie durant et jusqu'au soir même de sa vie, devient aujourd'hui une lueur dans nos coeurs". (Communiqué, jeudi 17 avril)


Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie :

"Je salue la mémoire d'un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu'il avait en horreur [...] Aimé Césaire a su prendre les dimensions de l'univers, tout en restant profondément attaché aux valeurs culturelles du monde noir [...] Ses oeuvres font chanter la langue que nous avons en partage".

 

Cheikh Hamidou Kane, écrivain sénégalais : Aimé Césaire"était un homme d'une dimension mondiale. Un Noir qui a acquis une stature mondiale du fait de la prise de conscience par l'Homme noir de sa condition et aussi de la prise de conscience par le reste du monde de la condition de l'Homme noir".
"C'est l'homme qui a éveillé à cette conscience de l'identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d'Afrique", a souligné Cheikh Hamidou Kane, auteur d'un des monuments de la littérature africaine "L'aventure ambiguë".
"Il a été aussi éveilleur de conscience en ce qui concerne le débat sur le colonialisme", a-t-il précisé.
"Il était vraiment très Sénégalais, très Africain. C'était admirable car au moment où il a vécu les Antillais que les Africains connaissaient étaient considérés un peu comme des auxiliaires du colonisateur, comme des Français à peau noire", a-t-il rappelé.
"Cahier d'un retour au pays natal, était un peu notre livre de chevet lorsque nous étions lycéens. Nous avions lu ce livre avec délectation, l'avons récité de mémoire, moi-même et ceux de ma génération. Il a été un homme considérable dans notre vie".
Mais "je regrette qu'il n'ait pas été honoré, consacré, salué comme il le méritait au plan international", notamment avec "un prix Nobel, de la paix ou de la littérature".
"Je regrette qu'il n'ait pas été honoré, comme l'a été Léopold Sedar Senghor, par l'Académie française. Il méritait aussi d'être membre de cette académie", a-t-il affirmé.
(Déclaration à l'AFP, jeudi 17 avril, à Dakar)



Lilian Thuram, défenseur de Barcelone et de l'équipe de France : "je l'ai rencontré plusieurs fois, a indiqué le recordman de sélections chez les Bleus (138). Au moment de France-Costa Rica (match amical en Martinique en novembre 2005) j'avais pris la décision d'organiser une rencontre entre les joueurs de l'équipe de France et lui, parce que c'était important que les joueurs sachent qui c'est."
"C'est quelqu'un qui a compté énormément, dans ma vie, on a tous besoin d'un guide, c'était un peu mon guide, a poursuivi le joueur guadeloupéen. Il a laissé une oeuvre pour les générations à venir."
"Il n'a pas eu assez de consécration en France, a estimé Thuram. Il est étudié en université aux USA et en Afrique. En France, très peu d'étudiants le connaissent, parce que Césaire évoque des choses que l'on ne veut pas entendre."
"Léopold Sedar Senghor était à l'académie française, Césaire non, parce qu'il avait un discours critique sur le rôle de la France dans la colonisation, a ajouté le défenseur du Barça. Il dérange car il dit la vérité, c'est un homme droit. Il aurait pu avoir les honneurs mais il aurait dû pour ça courber l'échine et ne pas dire certaines choses."
"Ce que je retiens, c'est le discours sur le colonialisme et sa poésie, même si elle est difficile, a encore confié le footballeur, connu pour ses engagements en dehors du terrain. C'est quelqu'un qui m'inspire avec Mandela ou Luther King. La tentation serait de les enfermer dans un discours d'émancipation des noirs, mais il s'agit avec eux de l'émancipation de l'homme tout court."
(Déclaration à l'AFP, jeudi 17 avril)

Hamidou Dia, écrivain et philosophe sénégalais, a honoré celui qui a «consacré toute sa vie à combattre pour la dignité de l'Homme noir et de tous les peuples opprimés en général». Pour cet ami proche du poète antillais, «il s'est toujours réclamé de l'Afrique» et «reste très présent dans la mémoire des intellectuels, professeurs, étudiants et élèves» du Sénégal.

 Amadou lamine Sall poète, Président de la maison africaine de la poésie internationale –mapi-, Lauréat des Grands Prix de l'Académie française

Césaire,  ce fils du volcan, nous a laissés de belles certitudes. Les grands poètes meurent toujours pour nous ! C'est bien le volcan, c'est bien cette image-là qui renvoie et caractérise dans sa nature éruptive et ardente l'œuvre du fils de la Martinique. Même ceux qui ne l'ont pas lu, ont eu des échos de son chant général, ou se sont accrochés à sa légende, à cette montagne de feu que constitue son œuvre. Césaire est  un cri qui n'épargne même pas l'oreille du profond dormeur. Césaire est un feu debout qui brandit des lances et des fusils qui hurlent tout le long des pages, tout le long de notre esprit. La poésie de Césaire est cardiaque. Il est difficile de soutenir le rythme cardiaque d'un poème de Césaire. On a besoin souvent de répit, de repli ; on a souvent besoin de rebrousser chemin, de résister aux flots, mais l'on ne peut plus s'arrêter. L'asphalte des pages est brûlant mais on y marche, on y laisse ses yeux et ses oreilles. Les vers sont si beaux, si chargés, si furieux que la compréhension ou non des mots vous laisse toujours dans la fascination.  Les images vous  rendent si ivre, que tout  tourbillonne. Les torrents de métaphores de Césaire sont des raz de marée. Césaire est un ouragan et sa poésie est « précise comme des poignards »

 

 

La dernière fois que j'ai discuté avec Aimé Césaire remonte au 3 mars. Conscient du privilège qui est le mien de pouvoir venir frapper à sa porte régulièrement, j'étais venu ce jour-là pour connaître son opinion sur Barak Obama.

 

Malgré l'épuisement de son corps et les moments de faiblesse de son esprit, ô combien légitimes à 94 ans, il m'avait une fois de plus séduit en ne tombant pas dans le panneau de la couleur de la peau : "Je ne connais pas assez son programme, m'avait-il confié. Et ce n'est pas parce qu'il est noir que je vais soutenir a priori sa candidature."

 

Une fois encore, le chantre de la négritude - concept qu'il avait fondé dans les années 1930 à Paris avec le Sénégalais Senghor et le Guyanais Damas - montrait que son regard visait à l'universel, hors tout communautarisme.

Quelques instants plus tard, sa secrétaire me laissait seul avec lui et m'incombait la tâche de lui lire la presse. Depuis qu'il est à la retraite, "maire honoraire de Fort-de-France", Aimé Césaire a un programme régulier. Chaque matin, un chauffeur passe le prendre et, vers 9 h 30, sa voiture entre dans la cour de l’ancien hôtel de ville qui abrite le théâtre municipal, où le grand homme modeste a conservé un bureau.

 

Un discret coup de klaxon prévient Joëlle, la collaboratrice qui veille sur lui bien au-delà de sa fonction de secrétaire, descend du premier étage où il est attendu. Elle l’aide à sortir de l’auto et, bras dessus-bras dessous, tous deux montent l’escalier à pas comptés.

Déjà un ou des visiteurs - ce ne sont plus des solliciteurs, mais le plus souvent des admirateurs - sont là, patients. Lui pénètre dans son bureau. A gauche, une petite bibliothèque, un fauteuil de cuir et sa table de travail, à droite, un coin salon où il a le choix entre une méridienne et des fauteuils de style traditionnel local. Sur les murs, par terre ou sur une table basse, des souvenirs et cadeaux, d’Afrique particulièrement.

Son premier réflexe est pour les quotidiens qu’il a lui-même apportés : France-Antilles, Le Monde et Le Figaro. Il les parcourt rapidement, insensible à l’entour qui l’attend.

Un mot aimable pour l’un, une attention pour l’autre, Aimé Césaire reçoit alors. L’audience commence et le public, restreint, écoute le “Maître”, pour reprendre l’expression chère au président de la République quand il rencontre l’homme à la double occupation, intellectuelle et active, poétique et politique.

Malgré l’âge, en dépit d’une vue et d’une ouïe qui déclinent (sortant son appareil de sa veste, il lance, malicieux : “J’ai mes oreilles dans ma poche”), Aimé Césaire ne se fait pas prier. Chacun veut entendre de sa bouche des épisodes qui relèvent à présent de l’Histoire. L’esprit vif, la mémoire alerte et le verbe choisi opèrent magistralement. Césaire parle, on l’écoute.

Ce matin là, j'avais la mission de lui lire, fort au plus près de son oreille, les quotidiens. Je lui racontais donc les titres du journal local, du Monde et, cette fois, de Libération.

Quelques minutes plus tard, nous étions rejoints par trois lycéennes martiniquaises venues le consulter sur Fort-de-France pour un travail scolaire. Ce fut mes derniers échanges avec Aimé Césaire qui avait la bonté d'avoir considéré, à propos du dictionnaire que je lui avais consacré ("ABC...ésaire") que je l'avais "lu intelligemment".

 

Je garderais naturellement le souvenir du jour où il m'avait dit "Je vous adopte" et de l'autre où il m'avait traité de "vieux complice"...

J'ai vu Aimé Césaire ce jeudi. J'étais au CHU de Fort-de-France en fin de matinée pour prendre de ses nouvelles. Aux urgences, j'ai bien compris que l'ambiance était plutôt au pessimisme. Quelques instants plus tard, il était transféré dans le service de gériatrie au 5e étage.

 

Et comme l'heure des visites commençait, j'ai pu passer de longues minutes à ses côtés, seul avec lui endormi dans la chambre 535 ouverte sur la nature martiniquaise qu'il aimait tant, lui qui, l'après-midi se faisait conduire dans la Martinique profonde, souvent sur les flancs de la montagne Pelée où il parlait aux arbres... Nous l'avons tant Aimé, Césaire...

(texte écrit le 12 avril)

Dominique VOYNET

 Au fil des ans, beaucoup de Martiniquais, beaucoup d’amis de la Martinique, en avaient acquis la certitude : Césaire était immortel. Intellectuels, politiques, journalistes, chercheurs ? nombreux sont ceux qui continueront à analyser, disserter, expliquer Césaire et son œuvre. Comme si l’essentiel, ce n’était pas l’unité d’un peuple autour d’un homme qui avait su, des plus grands aux plus petits, faire partager son désir d’un monde plus humain. A Fort-de-France, on sait depuis longtemps que le Panthéon de Césaire, c’est la Martinique, et le cœur des Martiniquais. Avec vous. DV

 

Nicolas Sarkozy, président de la République française :

"C'est un homme que j'avais rencontré, c'est un homme que j'admirais, c'est un homme éminement respectable, et la France perd un de ses grands serviteurs [...] Je suis très ému parce que c'est un homme considérable que la nation française vient de perdre [...] Esprit libre et indépendant, il a incarné, sa vie durant, le combat pour la reconnaissance de son identité et la richesse de ses racines africaines [...] Par son appel universel au respect de la dignité humaine, à l'éveil et à la responsabilité, il restera un symbole d'espoir pour tous les peuples opprimés".


François Bayrou, président du MODEM :
 

"En se croisant, ces deux destins {Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor NDLR} ont changé la société française et une partie du monde. Ils ont donné aux Africains, aux Antillais et à beaucoup d'autres la fierté de la peau noire et relevé ainsi des générations jusque-là courbées".
 

 

Bernard Accoyer, président UMP de l'Assemblée nationale :

"Par son oeuvre littéraire comme par son action politique, Aimé Césaire n'a jamais eu qu'un but : dire et servir l'identité antillaise. Il y est magistralement parvenu [...] Aimé Césaire, le poète, l'homme politique, l'opposant au colonialisme, fut et restera l'une des grandes consciences du XXe siècle."

 

François Fillon, Premier ministre :

Aimé Césaire a "jusqu'à son dernier jour, tourné son regard vers les combats de demain [...] Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs [...] Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés".

 

Jean-Christophe Lagarde, député-maire Nouveau Centre de Drancy :

"Je pense qu'au regard de l'oeuvre et de la vie d'Aimé Césaire, il serait souhaitable, Monsieur le Président [NDLR, Nicolas Sarkozy], que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l'accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon."

 

Yves Jégo, secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer :

"La France perd l'une de ses plus nobles consciences [...] Aimé Césaire, dont l'histoire ne peut se détacher de sa ville Fort-de-France, fut, sa vie durant, un homme de combat, en politique comme en littérature [...] La nation salue le fils d'instituteur, enfant de la République qui a su éclairer la face sombre de l'esclavage et du colonialisme [...] La littérature pleure le fils d'une couturière qui, brodant avec ses mots, a magnifié la langue française [...] La République rend hommage à l'ardent défenseur de la départementalisation de la Martinique pour qui la vraie liberté a toujours résidé dans l'affirmation d'une appartenance pleine, fière et entière à la France."

 

Ségolène Royal, ex-candidate socialiste à l'élection présidentielle :

"Un éveilleur de conscience, un éclaireur de notre temps, un démineur d'hypocrisies, un porteur d'espoir pour tous les humiliés, un combattant inlassable de l'humaine dignité [...] Je demande l'entrée d'Aimé Césaire au Panthéon."

 

Alain Juppé, ancien premier minsitre, maire de Bordeaux :

Rend hommage au "grand poète amoureux de la langue française, un défenseur acharné de la francophonie" {...} Sa disparition est une grande perte pour ses chères Antilles mais aussi pour toute la communauté nationale et francophone."


 

Lionel Jospin, ancien premier ministre :

"Aimé Césaire était fait d'un alliage rage. C'était un magnifique écrivain et un vrai politique. Un maître de notre langue et un poète de sa terre. Un être fier de sa singularité d'homme noir et un humaniste attaché à l'universel. Un combattant de l'anticolonialisme et un fidèle de la République"

 

 

François Hollande, secrétaire général du Parti socialiste :

Aimé Césaire "n'était pas seulement l'auteur talentueux du Cahier d'un retour au pays natal [...] Il avait aussi dans son Discours sur le colonialisme proposé la critique la plus aboutie d'un système qu'il combattait depuis 1934 [...] Tout au long de ses mandats de maire et de député de Fort-de-France, il a agi aux côtés de ceux qui se battent pour la reconnaissance de leurs droits et de l'égalité sociale [...] Aimé Césaire, leader historique de la gauche martiniquaise d'après-guerre, a toujours été un soutien indéfectible des socialistes lors de chacune des grandes échéances électorales nationales".

 

Jean-Marie Le Guen, vice-président PS de l'Assemblée :

"Je viens d'apprendre une bien triste nouvelle, le décès de notre ancien collègue Aimé Césaire [...] Je me fais l'interprète de l'Assemblée unanime et du gouvernement en exprimant notre profonde émotion devant la disparition du grand poète".

L'Assemblée nationale observera, à la demande de son président Bernard Accoyer, une minute de silence et un rendra au poète un hommage particulier lors d'une prochaine séance solennelle.

 

Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur et de l'Outre-Mer :

"Député et maire de Fort-de-France pendant près d'un demi-siècle, il fut un acteur incontournable de la vie politique antillaise et un véritable symbole de l'Outre-mer. La voix d'un sage s'éteint, et c'est une part de l'âme antillaise qui disparaît avec lui [...] Aimé Césaire restera pour nous un homme d'exception, porteur des valeurs universelles de paix et d'humanisme. L'attachement que lui portent les Martiniquais, et au-delà l'ensemble des Français, en est le témoignage".

Marie-Georges Buffet, première secrétaire du PC, salue «l'ami qui nous quitte, avec tous ceux des Antilles, des Caraïbes, d'Afrique, de France et du Monde qui le pleurent». «Aimé Césaire restera pour moi un homme qui a regardé tout le siècle passé en face, l'homme de toutes les révolutions, poétiques et politiques», ajoute la responsable communiste.

Le secrétaire général de la Francophonie, Abou Diouf, a exprimé quant à lui la «très grande émotion» de toute la «famille francophone» et salué «la mémoire d'un homme qui a consacré sa vie aux multiples combats menés sur tous les champs de bataille où se jouait le destin culturel et politique de ses frères de race, un combat noble car exempt de cette haine qu'il avait en horreur».

Jacques Chirac a salué un «homme de lumière» et «un sage». L'ancien président de la République a indiqué avoir «appris avec une infinie tristesse et beaucoup d'émotion le décès de l'écrivain». «Avec sa disparition, c'est aussi un sage qui s'en va, un homme qui, par son rayonnement, aura su faire progresser les consciences, car à travers son engagement pour la négritude, c'est un message universel pour la dignité humaine, le respect et le dialogue des cultures qu'il a su porter au plus haut».

 

Cheikh Hamidou Kane, un autre écrivain sénégalais et auteur d'un des monuments de la littérature africaine, «L'aventure ambiguë», a regretté «l'homme qui a éveillé à cette conscience de l'identité noire non seulement les Noirs de la diaspora mais, nous, les Noirs d'Afrique». Selon lui, le poète était un «éveilleur de conscience», qui avait acquis une «stature mondiale». «Il était vraiment très Sénégalais, très Africain » a-t-il ajouté, en regrettant qu'il n'ait pas été consacré par un prix Nobel ou intégré à l'Académie française comme l'a été Léopold Sedar Senghor.

 

Christian Paul, député de la Nièvre, ancien secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-Mer : "Pour cacher notre tristesse, il faut relire Césaire. L’annonce de sa mort pousse à le faire découvrir ou à replonger dans ses textes poétiques qui affrontent l’universel.
Le lumineux et libérateur Césaire, terriblement actuel et si éloigné des modes et des facilités, a tant à nous dire. Sur le courage de rompre et de révolutionner, cet homme fraternel possédait des trésors de lucidité qui fondait une liberté indomptable. Pour la vision d’un monde qui exige une perpétuelle émancipation, Césaire le poète, ne fait pas de politique sans faire une civilisation. Pour le quotidien, Césaire le maire n’avait pas déserté la Martinique, son soleil et ses souffrances.
Je le tiens pour un porte-voix majeur de la politique, contre le colonialisme et tous les totalitarismes, contre le racisme et pour des identités ouvertes sur le monde." (Communiqué, jeudi 17 avril)

L'Express du 17/10/2002

 

Didier Pourquery

Dignité

De Césaire, on aime parfois retenir l’image du lycéen pauvre et méritant qui, grâce au système éducatif français, devient normalien. Et rencontre ceux qui avec lui fonderont le concept de «négritude». Comme un coup de pouce de l’école républicaine à ses fils d’outre-mer, futurs autonomistes ou indépendantistes. On peut aimer le voir écrire «J’ai plié la langue française à mon vouloir-dire» et s’en tenir là… C’est ainsi en effet qu’on peut voir l’histoire. Mais c’est un peu court.

Césaire restera plutôt, ainsi que l’écrivit André Breton, comme «le prototype de la dignité».

A travers son combat, au fil de ses poèmes, le chantre de la négritude incarnait, au-delà de ses origines revendiquées, un appel. Un appel proprement universel à la dignité humaine. Aimé Césaire appelle à l’éveil de ses frères humains où qu’ils soient, appel à retrouver leur identité et appel à leur responsabilité. C’est cela qui fait d’abord sa force. Mais dans le même temps, il reconnaissait lui-même : «J’accepte mes origines, mais que vais-je en faire ?» Il a prouvé dans son parcours politique que ce qu’il avait découvert et vécu lui servait aussi à en appeler à ceux qui veulent changer le monde. Au cœur de son discours sur le colonialisme de 1950, il y a cette prophétie : «Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.»

Et la grandeur de Césaire fut aussi de prendre à bras-le-corps ces problèmes issus du colonialisme et de les régler au jour le jour, sans relâche. Poète et député, maire et visionnaire, Aimé Césaire fut l’homme de la culture en action.

 

Patrick Lozès : Si je devais définir brièvement Aimé Césaire, je choisirais trois mots : nègre, universel et révolté. Nègre parce qu’il préférait ce mot qui bravait l’aliénation culturelle (Césaire a endossé l’insulte, "petit nègre", prononcée à son encontre par un automobiliste pour en faire un catalyseur de l’identité noire NDLR) et disait avec force une identité assumée, une conscience noire. Césaire a fait de la "négritude" un mouvement de résistance au racisme.

Louis-Georges Tin : Aimé Césaire est une figure essentielle de la lutte pour l’émancipation noire et un héraut du combat contre le colonialisme. Il est par ailleurs un écrivain de premier ordre qui habitait la fonction politique en homme de lettres. Et c’est justement la jonction de ces deux domaines qui me paraît tout à fait singulière et exceptionnelle chez cet homme.

 

Henri MOUCLE

 

CESAIRE AIME

Voila que tu nous quittes

Quand le printemps s’annonce

Voici que tu t’en vas

Quand l’hiver renonce

Lorsque l’éden enfin

Ouvre un œil plus joyeux

Peignant d’un trait d’azur

La calotte des cieux

Et que quelques bourgeons

Se nippent de soyeux.

Pourtant mon cœur a froid

Le sang glace mes veines.

Sur quelle nuée de nacre

As-tu posé bagage

Je cherche dans les ténèbres

Ton étoile de Mage.

Tu t’en vas simplement

Et nous laisses orphelins

Mais ne sois pas inquiet

Ta lutte ne fut vaine.

Ton souvenir saura

Déflorer le chemin.

J’ai appris de ton nom

La saveur du mot Nègre

A la source de tes maux

La fierté des anciens

Effacés de l’histoire

Amnésique pensée

Ou trompeuse mémoire.

J’ai recouvré l’honneur

De ces Nègres Marrons

Dont l’esprit s’évadait

Des cages des prisons.

Colibri Négritude

Aux plumes couleur de nuit

Tu matures en bouches

Et vogues de lèvres en lèvres

Négritude mot magique

De noblesse et d’honneur

Tu combles de fraîcheur

La voûte de mon palais.

De ta mangue juteuse

Je prise la saveur.

Je frisonne et mon corps

Danse au rythme des tambours.

Tu réveilles les mannes

Des ancêtres endormis

Des figures jaillissent

Des nimbes de l’oubli.

Enfants éveillez-vous

Aux contes de votre histoire

Découvrez vos racines

Vous n’en vivrez que mieux.

Il fut de grandes âmes

Au sein de vos aïeux.

Aimé encore une fois

Tu nous as réunis

Poète, homme politique

Te voici en partance

Pour rejoindre la cohorte

Des plus grands philosophes

Qui firent cette France.

Combattant de la paix

Humain parmi les sages.

Pour tout cet héritage

Je veux te dire merci


 

P.K Murthy

Le Flambeau de la Lutte que Césaire avait allumé, ne s’éteindra qu’au jour où "l’ Emancipation de l’ Homme dans sa totalité" n’est achevé.

La Négritude " Black is Beautiful " symbolise ce cris de "Réveil" pour mettre fin à l’Injustice, à l’Oppression et au Racisme.

Zingha Ericka

"Je ne suis pas esclave de l'esclavage qui déshumanisa mes pères.

Je ne suis pas venu sur terre pour faire le bilan des valeurs nègres.

Je ne suis pas venu sur terre pour faire payer au monde blanc, par mon
ressentiment, le malheur fait à mes pères.

Mon unique prière : ô mon coeur, fais de moi toujours un coeur qui
interroge !" Frantz Fanon

 
Raymonde PATER TORIN, nègrès gwadloup


Eh oui gran nonm la monté an filao,jwen épi Martin Lutherking,Ghandi,
Marcus Garvey,Moïse, Jézikri......Moun kon li ..

Moun profèt, moun voyé, moun immowtel pou vansé a limanité.

Mèsi bondyé dè té fè mwen jwenn épi pansé ay on jou a si ban lékôl ;

mèsi bondyé lèw vwè an té an fin fon Fwans ka pléré péyi an mwen é an jwenn
épi démo maké a Misyé Césaire ; ka souyé zyé an mwen, soukré kô an mwen
chouboulé lespwi an mwen,fè mwen lévé tèt an mwen.

mèsi bondyé an fèt adan on épôk an té an prézans fizik a on léjand vivant
fondalnatal,réel, potomitan....fondamantal

.

Drôle de prénom ,AIME!

Cet homme ,Il a été envoyé, désigné, destiné

envoyé pour nous dire "an sé nèg fier de l'être! je suis nègre intelligent
beau, vertical

désigné pour sortir les gens de conditions dite inférieures de la fange
argileuse de la pensée occidentale

destiné à aimer et à être aimé même par ses détracteurs et adversaires.



Je suis fière de cet homme, fière de ce martiniquais si guadeloupéen dans
son esprit rebelle, si haïtien dans ses cris de révolte, si Sainte Lucian
dans ses colères british maîtrisées ,si caribéen dans son attachement à
son bout du monde géographique à peine visible sur une mappe monde.

Fier de ce nègre universel... "on a beau peindre l'arbre l'écorce en
dessous cri"

Moïse a vaincu Pharaon, David a tué Goliath, Gandhi a fait taire l'empire
britannique, Martin Luther King a brisé la honte ségrégationniste, Mandela a
gagné la réunification humaine de l'Afrique du sud ...

CESAIRE, homme modeste ,permettez, a fait plus et autrement...

Sa pensée et son regard critique ne se sont pas pas seulement tourné sur sa
terre natale , La Martinique, mais sur LA TERRE des hommes couleur de terre,
la terre des hommes venu de l'enfer crée de toute pièce ,en pensée en parole
par action et par omission par l'occident ," les damnés de la terre" dira un
autre célèbre martiniquais.

Aimé CESAIRE appartient à l'humanité car il a su éveillé en nous la
conscience, la foi , la générosité en l'homme quelque soit ,son espace
géographique ,sa couleur de peau, surtout quand elle est sombre.

Ce n'est pas un idole, une icône , un mythe car on ne peut accéder a ceux si
C'est un homme en mission qui restera toujours disponible, à l'écoute, au
service ,sans tutelle, au delà de la mort..

"je ne reconnais à personne le droit de m'habiter" mais "ESPRIT CESAIRE," je
te demande de me guider.

Kô la pati men lespwi la étewnèl . "A nous de continuer le chemin et de
faire de la trace qu'il a construit une autoroute de la foi dans le nègre
humain ,humaniste.

Avec le départ de Monsieur AIME CESAIRE c'est le début du commencement ."
au travail citoyens je dis au travail comme je dirais aux armes , c'est une
guerre qui a commencé, la guerre pour l'avenir du pays" A. Césaire "une
saison au Congo

Merci à toi chantre de la négritude.

Honneur et respect a cet immense GJDN(gran jan de nèg)



Ainsi soit il , hanhan , sé sa menm.

19/04/08

 


 

Léonce LEBRUN

.Laissez mourir les mourants. voilà un titre, et le contenu lui étant dédié, qui aurait plu au poète parti sans laisser d'adresse, car Césaire Aimé ne se raconte pas pour un Nègre, il se vit, pour un Nègre, pour tous les Nègres de cette Planète, du moins celles et ceux qui se considèrent comme tels, la Négritude étant un combat qui se mène au quotidien, pas à coup d'assimilation d'intégration, et autre diversité.

De l'homme je n'ai plus rien à exposer, ou du moins, il y a beaucoup trop de choses à dire depuis que nous nous sommes rencontrés un beau jour de 1956, moi un jeune scolaire perdu sur la savane de la ville, et lui tenant un discours enflammé devant une foule indescriptible, pour s'élever contre un Budapest( Hongrie) à feu et à sang, envahi par les troupes du Pacte de Varsovie, après avoir fait un beau pied de nez au Parti Communiste Français, et créant dans la foulée le Parti Progressiste Martiniquais.( PPM)

Etrange que dans mon mode de fonctionnement se mêlent les pensées de Fanon, de Césaire (voir portrait sur AFCAM) et ma grand-mère, ces gens qui savaient dire NON.(lire AFCAM dans chronique Un rêve et Prémonition)

Ma grand-mère petite fille d'esclave, cette dame à qui je dois tant, avec son merveilleux créole d'antan, tenant sa pipe bourrée d'un tabac aussi âgé, me disait sans animosité.je cite

« Cé vié blanc an Kouè ki yo pli malin ki nou, ou tan ne Yiche moin. » Traduction . Les blancs pensent qu'ils sont plus intelligents que nous, tu as entendu (compris) mon fils.

Bien plus tard, loin du pays, je compris le sens et la grande portée de ces propos, dont Aimé Césaire ne me démentirait pas, lui qui a vécu toute sa vie dans ce contexte.

Mais revenons à laissez mourir les mourants, une perspective qui n'aurait pas dérangé certains, un excellent moyen de se débarrasser de ces crèves la faim, ces vas nu pieds, ces damnés de la terre, une petite famine par çi, un petit sida par là une méthode souple qui évite l'utilisation des armes de destruction massive. ( la solution finale du problème africain). à nous les grands espaces, les matières premières, le bois précieux, les mimerais inépuisables et tout ça à bon compte sans bourse déliée.

Car voyez vous dans les années 1970 des experts avaient déjà proposé que pour les personnes dites du 3è âge que l'on cessât de leur accorder des soins pour solutionner le problème du coût élevé des assurances maladie et vieillesse.

En fait, pour bien comprendre ces solutions extrêmes il faut savoir que la planète n'est pas extensible, alors que les populations augmentent, et que la production n'est pas suffisante pour satisfaire les besoins.

Alors pour résoudre la quadrature du cercle des âmes bien nées sont tentéss par des pratiques sanctionnées me semble-t-il lors du procès de Nuremberg en 1945.

Et nous vivons dans ce grand bain de l'hypocrisie et de la malhonnête intellectuelle que j'ai qualifié de mamelles de la bêtise humaine( lire sur même site dans Forum "OBAMA le magnifique" suite et fin) quand des politiciens proposent du sparadrap, alors qu'ils défendent leur agriculture nationale à grand renfort de subventions et de maintien du PAC en l'état, vous savez, la fameuse politique agricole commune..

En vérité, et tous les spécialistes des questions alimentaires sont unanimes, la production mondiale est largement suffisante pour satisfaire l'ensemble des populations, alors pourquoi ce tohu bohu, parce que certains ont décidé de laisser mourir les mourants.

Ce qui m'autorise à donner la parole à Césaire Aimé avant qu'il parte à jamais, n'ayant plus le courage de poursuivre.

.Il faudrait d'abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l'abrutir au sens propre du mot à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis , à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral..
...Le colonisateur, qui pour se donner bonne conscience, s'habitue à voir dans l'autre la bête, s'entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-même en bête. C'est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu'il importait de signaler....

Extrait de "Discours sur le Colonialisme" d'Aimé Césaire

Au revoir Monsieur CESAIRE Aimé, sous d'autres cieux sans doute, ce qu'on fait dans la vie résonne pour l'Eternité

Léonce LEBRUN

 

Maxette Olsson

 

"Tu vois, plus nous serons Nègres, plus nous serons des Hommes". Aimé Césaire à Léopold Sedar Senghor.

 
En apprenant la disparition d'un des derniers leaders révolutionnaires de notre temps et l´un des fondateurs du mouvement littéraire de la négritude soit M. Aimé Fernand David Césaire, je me suis demandée moi petite négresse du peuple qui ne sait rien, est-ce une prétention d'être inspirée par lui. Et soudainement je crus le ouïr et je le vis presque déclamer "le poing à l'allongée du bras":
" Faites aussi de moi un homme d'initiation
Faites aussi de moi un homme de recueillement
mais faites aussi de moi un homme d'ensemencement "
Et puisque l'ensemencement appartient à tous les hommes de la terre, je me suis souvenue qu'il tenait à être le poète du peuple et que je fis sa connaissance à travers son esprit omniscient uni vers ceux qui embrassent la seule liberté : celle de se métamorphoser en une mort digne d'avoir passionnément étreint l'état et la force de vie dont le contraire n'est pas la mort, mais l'éternité bien présente en ce jour national du 20 avril 2008.

 
Ainsi me voilà recueillie à savoir que j'ai un jour d´illumination douloureusement épousé le paraclet poétique du chantre universel en lisant son "Cahier de retour au pays natal", précisément parce que je suis de : "ceux qui n'ont connus de voyages que de déracinements
ceux qui se sont assouplis aux agenouillements
ceux qu'on domestiqua et christianisa
ceux qu'on inocula d'abâtardissement "

 
Je ne l'ai jamais appelé papa, car je ne connais pas l'esprit de ce mot et je n'ai même jamais osé personnifier "L'étudiant noir", je l´ai intégré, ce qui signifie qu'il est là et sera toujours là, car je l'ai jadis lu comme je lis aujourd'hui Frankétienne : pleine de gratitude d'être née Négresse qui rime avec tresse, finesse, caresse,  allégresse, noblesse, déesse... 

 
C´est bien la première fois que je confesse avoir côtoyé l´intimité intellectuelle de ce grand Martiniquais. Oui ! En compagnie de Frantz Fanon et M. Lauriette, Aimé Césaire me plongea dans les abysses de Négresse jusqu'à la transcendance et la transparence. En pleine rébellion à la puberté, grâce à ces hommes, je n'ai malgré tout jamais nier la Nègresse fondamentale qui m'émeut, me verse dans l'ire, me fait rire à gorge déployée ou me fait pleurer en hoquets jusqu'à perdre le souffle. Le raccourci fût qu'à travers Aimé Césaire j'ai lu Hegel, Heidegger, Nietzche, Descartes, Kierkegaard... je ne pus donc tout simplement que puiser et saisir à bras le corps la magnificence du je-suis-Nègresse-donc-je-suis.

 
Ceux qui ont inventé le mot nègre pour souiller, infecter et profaner la race noire avaient compté sans Aimé, ce verbe qui se fît cher à générer la passion d'être Nègre ou ne pas être du tout. Je tiens à déclamer avec vous tous en ce jour la litanie éternelle : Aimé Césaire est et restera un Grand Nègre !

Maxette Olsson
 

Madeleine de Grandmaison

« Aimé Césaire, c’est toute mon initiation, c’est tout mon parcours, mon éveil aux choses publiques, ma prise de conscience de femme martiniquaise, de femme noire, fière de l’être. Il nous a donné un état d’existence suffisant pour être, sans quémander quoi que ce soit au monde
Aimé Césaire c’est aussi celui qui a ouvert les yeux et la conscience des Martiniquais sur la valeur que nous portons en nous. Aimé Césaire nous a façonnés ; nous sommes des enfants de Césaire et des enfants du monde, dans le même mouvement, car Aimé Césaire a toujours refusé l’étroitesse des choses. Pour lui, la Négritude n’était pas un enfermement.
A mon sens, la Martinique perd beaucoup ; le monde perd beaucoup et le monde noir perd un poète essentiel. Mais il est parti pleinement convaincu qu’il avait donné plus encore qu’il ne pouvait et qu’il avait bien fait sa part. il était prêt. Nous avons été à ses côtés et, en tout cas dans ma famille, nous avons souhaité que ce passage ne lui soit pas pénible. Qu’il lui soit doux. Il n’y a pas de raison de souffrir quand on a bien vécu et qu’on a fait tout ce qu’on avait à faire.
La Martinique pleure Césaire. Mais il y a longtemps que la Martinique a compris que Césaire appartenait à l’humanité. J’associe tous nos frères, La Réunion aussi. Nous ne sommes pas isolés. Césaire était le rendez-vous du donner et du recevoir. Nous sommes constamment en rendez-vous avec d’autres autour de Césaire. C’est ce que je retiens aujourd’hui. »

 

Claude Lise

« Césaire nous a enseigné la fraternité agissante »

Claude Lise est Président du Conseil Général et Sénateur de la Martinique. Il évoque ici son compagnonnage littéraire et politique avec Aimé Césaire.

« Ma première rencontre avec Césaire, c’est le Cahier d’un retour au pays natal. J’avais 14 ans. Je suis tombé en extase devant ce verbe extraordinaire. J’ai commencé à me passionner pour l’œuvre, bien avant de le rencontrer. Plus tard, j’ai eu la chance de pénétrer dans son premier cercle.

Notre rencontre a d’abord été une rencontre dans l’approfondissement de son œuvre. Je lui ai fait part de mon admiration pour sa poésie. C’était essentiel pour lui. Il considérait que, pour bien comprendre sa pensée, il fallait la pénétrer à travers sa poésie, que c’était dans sa poésie qu’il allait le plus loin. Il fallait quelques clés pour entrer dans cette poésie, que l’on dit hermétique mais qui ne l’est pas dès qu’on est entré en connivence avec le poète. J’ai d’abord connu une sorte d’aventure littéraire avec Césaire.
Et tout naturellement, il m’a convaincu de la nécessité de le rejoindre. En 1978, j’étais secrétaire général du Parti socialiste martiniquais et, suite aux législatives qui avaient été assez difficiles, sur Fort de France - nous avions participé à des meetings ensemble - il m’a proposé d’entrer au PPM avec tous mes camarades. Il y a eu une fusion du PSM et du PPM. Ensuite, cela a été une longue aventure. J’ai été élu au Conseil général en 1980 ; il m’a fait entrer à la mairie de Fort de France en 1982 et j’ai été son 5e puis son 3e adjoint. Je suis parti de la municipalité en 2001, en même temps que lui. Pendant 18 ans, j’ai été son adjoint ; on se voyait tous les jours.
J’ai été élu député en 1988, sénateur en 1995, président du Conseil général en 1992. Nous avons eu une aventure politique qui est venue se surajouter à notre aventure poétique.

Un humanisme enraciné

Au moment où il vient de disparaître, je pense surtout à l’homme. Ce qui fait la différence entre lui et d’autres grands humanistes, c’est qu’il est l’homme d’un humanisme enraciné : dans une terre, une communauté humaine qui est un peuple. Ce n’est pas un humaniste qui pense à “l’homme en général”, qui cherche à rencontrer l’homme - comme dit Fanon - « à des hauteurs où on ne le rencontre jamais ». Césaire est un humaniste qui était au plus près des autres, et surtout les plus humbles. J’ai tiré un enseignement extraordinaire auprès de lui : son humilité, sa modestie, son respect de chacun, même des adversaires. C’était un démocrate, qui respectait beaucoup, à l’intérieur du parti, les positions des uns et des autres ; il respectait tous les courants. Je n’ai quitté le PPM il y a deux ans que parce qu’une nouvelle génération est arrivée, que je sens moins sur ces positions-là. J’ai toujours connu Césaire refusant le sectarisme, prônant le plus large rassemblement. Il avait une formule pour cela : “le plus large contre le plus étroit”.
Et dans sa vie quotidienne, c’était également l’homme de la Fraternité. Je peux en témoigner. Il vous enseignait la fraternité agissante.
Son rayonnement va bien au-delà de la Martinique. On a dit beaucoup de bêtises sur la négritude ; c’était souvent mal compris. Mais pour lui, c’était quelque chose qui unissait tous les hommes qui avaient dans leur mémoire collective une grande tentative de déshumanisation d’une catégorie d’hommes. Il parlait souvent de la négritude “de toutes les couleurs” ; cela n’avait rien à voir avec la couleur de la peau. C’était un homme d’ouverture et je crois que dans le monde, tous ceux qui souffrent, qui sont humiliés, qui veulent accéder à une émancipation, trouvaient tout naturellement en lui un porte-parole. Il était « la bouche de ceux qui n’ont pas de bouche » comme il dit dans un de ses poèmes.
Cela me fait très chaud au cœur de penser qu’avec La Réunion, nous sommes en communion de pensée au moment où ce grand Martiniquais vient de disparaître.

 

André Ekama (Poète et ecrivain)

Hommage au Père de la Negritude

Un sage ne meurt pas, il quitte ce monde pour se reposer mais il demeure en esprit et alimente la pensée par son oeuvre. comme un mur élevé tout haut, il vient cadrer l’image vivante de son temps et projeter des repères sur l’avenir. Cesaire a hissé pour ainsi dire cette voile de lumière dans la grande baie où il demeurait un sujet opprimé mais dont la voix fut la seule arme pour se défaire du manteau dans lequel on l’avait englouti et humilié par son être. Plus encore il reconnut sous cet habillement une lourdeur de son essence et recherchait un pagne pour laisser circuler le vent des Antilles. Il le préféra aussi simple fut-il. La brise défaisante d’orgueil le rendait plus acharné par son combat pour la vérité.

De tout cet envi de voir briser ses origines d’élève face au Maitre Sieur d’un orgueil indélébile par son art, il réussit à scier la branche et ramener le maitre au pas lent de l’imaginaire humain. Avec une telle candeur, il poussa le maitre à reconnaître son tort et à comprendre ses abus sur son élève d’une grande posture mais d’une modestie sans fin. Il ne contemplait plus seulement les chênes de conifères mais revoyait aussi l’autre forêt non loin de lui mais qui lui était toute proche. Il ne supportait pas du tout ce mistrade dans cette forêt équatoriale aux espèces non à l’abris du bulldozer mais exposer aux lianes. Le chant du rossignol le séduisait et le sage y trouvait du verbe pour ouvrir les cœurs qui ne chantent pas. Le sage y va donc pour d’autres cieux mais laissant derrière une richesse immense dont les générations s’en serviront. Voilà un milliardaire des mots, décousant au passage des maux qui nous a dit au revoir. Le voila parti nous léguant tout ce capital. Nous te serons reconnaissants O Sage Césaire qui en toute modestie nous a tous renchéri. Cher Patriarche Cesaire, nous te disons MERCI.

 

Réaction du Parti communiste réunionnais

Le PCR : « Pour Aimé Césaire »

Dans un communiqué, Élie Hoarau, Secrétaire général du Parti Communiste Réunionnais, souligne qu’Aimé Césaire n’a cessé de bousculer « les désordres établis et les remettra fondamentalement en cause. Avec succès le plus souvent, sa rébellion ébranlera tous les conformismes ».

 

 

AIMÉ Césaire vient d’achever sa riche traversée d’une longue vie tout entière dédiée à la cause si clairement exposée, à l’âge de 25 ans, dans son “Cahier d’un retour au pays natal,” cause dont jamais il n’a dévié.

Né à Basse-Pointe, au pied de la Montagne Pelée dont les rares fureurs sont redoutables, Aimé Césaire tenait de son volcan une écriture poétique qu’il s’amusait à qualifier de péléenne. Mais, à la différence de son volcan, jamais au cours de sa longue vie, Aimé Césaire ne s’est endormi. Sans cesse, il bousculera les désordres établis et les remettra fondamentalement en cause. Avec succès le plus souvent, sa rébellion ébranlera tous les conformismes.

Étudiant dans une France majoritairement acquise à l’idée des bienfaits de la colonisation et de la supériorité raciale du Blanc, il promeut le concept de “Négritude”, englobant ainsi en un seul mot toutes les luttes des opprimés d’Afrique et d’Amérique. La Négritude, c’est tout à la fois la lutte pour la justice et l’égalité ; la lutte pour la culture ; la lutte pour la dignité et la liberté, une lutte pour une nouvelle ère de l’Histoire.

Nul ne s’étonne qu’Aimé Césaire soit, avec le Docteur Raymond Vergès et Léon de Lépervenche notamment, l’un des pères de la loi abolissant le statut colonial en Guyane, Guadeloupe, Martinique et à La Réunion. Cette deuxième abolition a permis de jeter les fondations sur lesquelles, depuis ce 19 mars 1946, nous nous efforçons de bâtir La Réunion de nos rêves sans fin.

C’est dire combien ce fut un honneur et un réel bonheur pour le jeune responsable politique que j’étais alors de travailler avec Aimé Césaire à Morne Rouge en août 1971, puis de le retrouver en 1986 à l’Assemblée nationale.

Ainsi qu’il le proclame dans l’un de ses poèmes :
j’ai pour l’échouage des dieux réinventé les mots,
où j’ai pris pied j’ai défoncé la friche,
creusé le sillon, modelé l’ados ;
 

Aimé Césaire, par l’exemplarité d’une vie vouée aux autres, par son œuvre politique, par les concepts qu’il a forgés, par la richesse d’une œuvre littéraire plongeant au cœur des luttes d’un monde en ébullition, a aidé et aidera longtemps encore à la transformation de l’humanité.

Huguette Bello

rend hommage au chantre de la négritude

Le Maire de Saint-Paul a réagi jeudi soir à la mort d’Aimé Césaire et publié cet hommage.

 

LA mort d’Aimé Césaire me touche profondément. Poète, essayiste, réanimateur et animateur passionné de la négritude, homme politique, pamphlétaire, il fut tout cela à la fois. Cette vie multiple, pourtant, fut d’un seul tenant, comme un grand pont d’une seule portée lancé sur le drame du monde.

En Aimé Césaire, le génie poétique était déjà action. Ce qu’il nommait changeait. Lui rendre hommage, c’est poursuivre son mouvement, accompagner le geste de son esprit, s’identifier comme lui à la douleur humaine pour l’aider à se transcender. Je souhaite que des occasions soient fournies aux Réunionnais, et surtout aux jeunes, d’étudier et de méditer son message.

« Jamais l’Occident, écrivait-il dans le “Discours sur le colonialisme”, dans le temps même où il se gargarise le plus du mot, n’a été plus éloigné de pouvoir assumer les exigences d’un humanisme vrai, de pouvoir vivre l’humanisme vrai, l’humanisme à la mesure du monde. » Ces lignes ont bientôt soixante ans. Elles gardent, hélas, leur actualité. Elles nous indiquent encore le chemin.

Césaire a été le pourfendeur infatigable de l’assimilation des cultures et des peuples. Comme il le disait magnifiquement, il entendait conduire les cultures « hors des jours étrangers ». Non pas pour les isoler ni pour les enfermer en elles-mêmes. Pour leur permettre de faire entendre leur voix dans le concert universel, pour qu’elles enrichissent l’harmonie.

Au nom des Saint-Paulois et en mon nom propre, je présente à ses proches et aux Martiniquais mes condoléances attristées.


Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise
Aimé Césaire, une figure centrale du siècle

Françoise Vergès, présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, Carpanin Marimoutou, et toute l’équipe de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise rendent hommage à Aimé Césaire.


Il avait écrit : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».
Aimé Césaire est mort. Son immense voix s’est tue. C’est avec beaucoup d’émotion et de tristesse que nous apprenons sa disparition.

Parrain de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise dont il a soutenu la démarche dès le début, écrivain, penseur, homme politique, Aimé Césaire a été une figure centrale du siècle.

Avec lui disparaît le plus grand poète contemporain de langue française, l’un des plus grands poètes du monde. Avec lui disparaît l’homme politique, rapporteur de la loi du 19 mars 1946 à l’Assemblée Constituante, dont la pensée et les prises de position ont influencé les combats des peuples de l’Outre-mer français pendant des décennies. Autorité morale et intellectuelle de premier plan, Aimé Césaire s’est attaqué aux questions du colonialisme et du racisme, et de la négation identitaire en appelant à un nouvel humanisme.

Le combat d’Aimé Césaire a toujours reposé sur cette conviction que l’égalité est possible sans assimilation car elle implique la reconnaissance, l’acceptation et le respect des différences, de la diversité. Ce sont des questions centrales aujourd’hui pour le monde entier ; ce sont les questions qui sont à la base de la MCUR : l’égalité des cultures, la diversité culturelle comme fondement de la démocratie et de la condition du vivre ensemble.

Aimé Césaire est mort, mais plus que jamais, comme le disait André Breton, « sa voix est belle comme de l’oxygène naissant ».

Dominique Berthet. Universitaire et auteur

Hommage à Aimé Césaire


André Breton disait de lui qu’il était « le prototype de la dignité », un « être de total accomplissement » et que sa parole était « belle comme l’oxygène naissant ». Le père du surréalisme avait immédiatement mesuré la personnalité péléenne d’Aimé Césaire, la portée de son message, les enjeux de ses revendications. Aimé Césaire fut l’un des plus grands poètes du XXe siècle. Il fut aussi un éveilleur des consciences, un grand esprit portant haut la juste parole émancipatrice, le légitime combat contre la domination et le colonialisme. Poète solaire, on retiendra aussi de lui qu’il fut un ardent et infatigable bâtisseur. Sachant qu’un peuple sans culture est un peuple sans avenir, il œuvra pour que la culture martiniquaise s’affirme et s’épanouisse. Sa parole et sa pensée ont franchi les frontières géographiques de son île pour s’étendre aux continents et concerner tous les peuples opprimés. Aimé Césaire s’est éteint, mais sa pensée flamboyante vibre encore et continuera à nous accompagner dans les luttes à venir pour la liberté et l’égalité.

Pierre Pinalie

Blanc des Antilles, père de deux fils métis, je ne pouvais pas ne pas être très sensible à la mort d’Aimé Césaire. Totalement dépourvu de religion, j’ai été profondément touché par la dimension laïque de la cérémonie d’inhumation au stade Aliker, même si l’agréable et intelligent personnage Michel Méranville était présent en habit ecclésiastique. La dimension sublime de cette vaste réunion d’hommage au disparu m’a ému dans des frémissements dus à la peine et à l’admiration.

Communiste dans l’esprit et dans la culture, je ne peux évidemment pas oublier que le grand poète l’était également et avait quitté le Parti après les très regrettables événements de Budapest, comme je l’ai fait moi-même après la condamnable entrée des forces de l’Est dans Prague.

Et je ne peux jamais cesser de repenser que j’ai été pendant 10 ans professeur au Lycée Louis-le-Grand où l’élève d’hypokhâgne Césaire avait connu Léopold Sédar Senghor. Et ces pensées m’ont souvent poussé à imaginer cette rencontre dans des salles où j’enseignais.

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Jenny Hippocrate

Disparition de Monsieur Aimé Cesaire

Que dire d'un homme que j'ai eu l'honneur de rencontrer, moi une illustre inconnue ?

Monsieur Aimé CESAIRE m'a consacré un peu de son temps si précieux, toutes les fois que nous nous sommes rencontrés. Il m'est apparu comme un homme dont l'aura rayonnait dans la mesure où, il savait être humble et se mettait à la portée de tout un chacun.

Aimé CESAIRE n'a pas usurpé son prénom ; il savait, en effet, se faire aimer de tous. Petit homme par la stature, mais grand par son humanité et son érudition. Par ailleurs, IL était poète et chantre de la négritude ; il a su rendre sa fierté à l’homme noir parce que, justement, il s'était aperçu que les hommes sont les mêmes, quelle que soit leur couleur de peau.

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On verra aussi le très beau site:

http://www.hommage-cesaire.net/