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Hommages à Pierre Pinalie
 



Ligue des Droits de l'Homme
section Fort-de-France
créée en 1903

C’est avec une tristesse infinie que les membres de la section Martinique de la Ligue des Droits de l’Homme ont appris la nouvelle de la disparition de Pierre Pinalie.

Avant de tracer un portrait du militant des droits de l’homme je voudrais me rappeler des deux premières fois où j’ai vu Pierre Pinalie.

La première fois fut à l’occasion de la présentation d’un ouvrage de Georges Mauvois. La présentation se fit en créole
J’étais au fond de la salle et il me semblait que l’homme que je distinguais ne pouvait être qu’un béké par sa maitrise du créole. Je compris plus tard ma méprise ethnocentrique.

La seconde fut à l’hôtel l’Impératrice, autour d’une lettre qu’un groupe de personnes avait rédigé pour défendre une connaissance et une amie, précieuse dans l’édition de nos textes dans une grande revue du monde noir.
Il me découvrait, mais avait lu quelque chose de moi et l’écriture lui faisait se poser des questions sur mes origines. Il avait deviné l’entre deux. Pierre était aussi un grand et fin lecteur, homme curieux des multiples facettes de la culture. Nous lui devons des ouvrages de référence sur la culture martiniquaise.
Ensuite nos chemins se sont souvent croisés, et je me souviens d’une fois où , après avoir qu’il eu fait un gros travail de relecture d’une revue que j’avais coordonné, il s’étonnait qu’en exergue nous le remerciâmes.

Pinalie était à la Ligue des droits de l’homme par conviction et par amitiés.

Ses convictions le faisait parfois partir dans des diatribes assassines envers les fauteurs d’injustices, lui qui se vivait comme citoyen du monde.
Il a été compagnon de la section LDH à partir de l’an 2000, donc quasiment au début de la renaissance de cette section plus que centenaire.

Parmi les actions que nous lui devons il y a cette représentation de la section lors d’un rassemblement à Saint-Domingue d’où l’hispanisant qu’il était est revenu ému et enthousiasme comme il savait l’être de cette internationale des droits de l’homme.

Il y aussi ce qui va changer considérablement notre vision de notre action, de nos combats avec cette organisation qu’il fit magistralement de la rencontre avec Jacky Dahomay, avec lequel il avait sympathisé. Une conférence eu lieu à l’université, elle nous aguerri car depuis nous nous apercevons qu’elle pointait déjà la sortie des brutes du bois.
Il tenait à ce que ces propos demeurent : nous devons à Pierre la retranscription de cette conférence, et l’on sait le travail que cela demande, mais ceci le vivifia encore plus.

Pierre avait épousé la cause créole (dans tous les sens) et il n’avait aucune condescendance dans ses combats pour celle ci. Pierre Pinalie aura été un compagnon remarquable, exemplaire dans la fidélité à ses idéaux politiques et humanistes et un exemple d’intégration dans le paysage martiniquais dont il vivait la langue créole dans toute son âme en étant dès la première heure l’un de ses plus ardents promoteurs.

Les droits de l’homme sont indivisibles ; il connaissait l’histoire de ce pays, il la respectait. La preuve ?

Artik 1
Tout moun ka fet ek ka rété lib épi menm wotè dwa douvan lalwa.
Diférans ki ni andidan la sosiété pa ni dot fondas ki ta sèvis piblik.


Artik 4
Libèté sé fè tou sa ki pa ka fè dot moun ditò :
kidonk, laliman dwa natirel chak moun pa dot ki sa ki ka pèmet lézot
manm lasosiété jwi di sé menm dwa-tala.
Sé laliman-tala pou trasé anni anba lopsion lalwa.

Ce sont deux articles de l’ensemble de la déclaration de droits de l’homme traduites en créole, dont il fut l’un des artisans, car les droits de l’homme n’ont pas de race, de couleurs et autres arguties fallacieuses. Nous espérons un jour pouvoir enfin réaliser l’affiche qu’il attendait pour que chaque école puisse la posséder.

Pierre Pinalie, militant du quotidien, c’est aussi celui qui nous prêtât pendant deux ans son appartement pour tenir nos réunions de la Ligue. Peut-être y retrouvera-t-on un crucifix perdu par mégarde qui nous valu une scène à la Don Camillo et Pepone.

C’était le dernier des communistes, mais notre stalinien préféré, aussi intolérant (en façade) qu'attachant (en réalité).

Si Pierre vous aimait, il vous le disait, ce qui est rarement dit par la plupart d’entre nous ; il vous embrassait, vous appelait son frère. Il aimait quelqu’un, il vous le disait. Nous avons une pensée amicale et fraternelle pour sa compagne Nicoletta dont il nous parlait en très grand bien.

Il faut comprendre la désillusion qu’il ressentit de la trahison de ceux qui se dirent ses amis, le traînèrent dans la boue simplement parce que Pierre était anti-raciste, non de manière réfléchie, mais viscérale, un reflexe humanitaire. Pierre était de ceux qui ne plient pas devant les brutes et osait prendre la plume et la parole lorsqu’il estimait que les droits humains venaient à être bafoués, car il savait le chemin qu’il nous reste encore à parcourir pour vivre ensemble.

Comment peut-on soutenir en Martinique le triste sire Dieudonné et employer toujours la phraséologie de certains groupes extrémistes qui ursurpent le qualificatif de tribu ?

Mais Pierre n’était pas un être sombre : il disait, avec une grande sincérité et un profond espoir dans son propre avenir :

"rien de plus beau au monde qu'un joli petit cul de négresse".

C'est certainement l'épitaphe qu'il aurait choisi. L’un de nos membres absent ce soir pour cet hommage demande que le dieu laïque et fornicateur l'accueille chaleureusement, il sera son zélateur.

Qui va nous dire encore qu’il nous aime et à nos ligueuses qu’elles sont belles ?

Il nous manquera tout simplement parce qu'il était inclassable.



Pour la section Martinique de la Ligue des Droits de l’Homme,
William ROLLE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kara Walker

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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