La question se pose car
il semble évident que la
fin de la période
idéologique appelle une
réflexion sur la nature
de la société de demain.
Nombre d’observateurs
ont cru qu’avec la fin
du communisme, le
capitalisme s’imposerait
de façon durable et
structurelle et d’aucuns
ont alors accéléré le
passage amorcé à une
forme évoluée du
libéralisme, le
néo-libéralisme, porté
par le triomphe de la
valeur suprême, les
libertés individuelles.
Enterrées les théories
qui prétendaient que la
société devrait
s’analyser à travers le
prisme de la classe
sociale, abandonnés les
intérêts dudit
prolétariat et oubliée
cette lutte prétendument
moteur de l’histoire des
hommes. Au grand dam des
seigneurs de l’Olympe,
du marché, ce début du
XXIe siècle a montré
qu’il en était autrement
et que les dynamiques
sociétales historiques
ne sauraient souffrir
des injonctions de
groupes économiques ou
politiques, voire de
celles d’individus
isolés. La notion
d’hyper-puissance a vite
été écartée suite aux
crises nourries par une
économie virtuelle
stérile au plan des
activités et des
richesses réelles.
L’unilatéralisme s’est
effacé devant les
difficultés à être le
gendarme du monde, quand
bien même les décisions
internationales
contournent à l’excès
ces Etats placés au bon
endroit pour faire
entendre leur voix,
quoiqu’ils aiment à
courber l’échine pour
ramasser les prébendes
offertes en paiement de
bons et loyaux services.
Complaisance aux dogmes
d’une pensée dite unique
concourant à la primauté
d’un monde singulier,
celui des acteurs des
conquêtes coloniales
d’hier et d’aujourd’hui,
aux dépens de tous les
autres.
Le socialisme, le
libéralisme,
l’intervention de l’Etat
pour imposer les
équilibres économiques
et sociaux et dessiner
l’espace réservé à
l’intérêt général, le
libéralisme conçu,
construit en référence
aux seules activités
mercantiles de l’homme,
l’ultralibéralisme qui
livre l’avenir à une
économie prioritairement
financière, virtuelle,
tout cela montre que le
choix de l’extension
outrancière des libertés
individuelles,
phagocytant la moindre
parcelle d’expression
collective, témoigne
d’une approche
philosophique au centre
de gravité fort mal
positionné.
Il convient de revisiter
les dogmes, tant ceux
qui tapissent les
théories des partisans
des lois naturelles du
marché, que ceux des
tenants de l’idéologie
de l’Etat, autorisant
quelque part
l’expression de la
paresse de l’homme.
La lutte des classes,
moteur de l’histoire tel
que défini par
l’idéologie socialiste
et combattu par le
libéralisme, ne joue
point le rôle qui lui a
été attribué. Elle n’est
pas le moteur de
l’histoire comme
certains l’ont prétendu.
Elle ne rend pas compte
de ce que l’homme porte
d’essentiel en lui. Elle
n’a pas ce caractère
systémique qui lui
permettrait d’expliciter
tous les grands
changements de société
observés depuis les
« communautés
primitives ». Et pour
cause, les classes
sociales n’ont pas
toujours existé. Et pour
fondement, si la
satisfaction des besoins
demeure essentielle,
elle ne représente pas
pour autant ce qui
caractérise l’homme. En
réalité la classe
sociale ne représente
pas le composant
élémentaire ou la plume
de l’Histoire. Dans la
sphère économique elle
n’est que simple entité
découlant de
l’organisation de
l’entreprise.
Faut-il alors opter pour
le travail comme
fonction libératrice et
vecteur d’acquisition de
pouvoir au service de
l’homme ? Est-ce le
travail qui a toujours
procédé au classement
des individus en
référence à l’effort
fourni ? Notamment,
doit-on considérer que
l’agriculture, source de
travail intensif, en
remplacement de la
cueillette de la chasse
et de la pêche, aurait
été à l’origine de
l’émergence de la
société esclavagiste ?
Si la réponse est
positive, comment
apprécier le pouvoir et
la richesse liés à
l’économie virtuelle, à
la spéculation ou au
profit que dégagent les
« start-up » ? Cette
réflexion conduit
inévitablement à prendre
en compte autant le
travail physique que
l’effort intellectuel,
dont le seul point de
convergence devrait être
l’exercice de la
créativité.
Il n’y a pas de
valorisation humaine qui
vaille hormis celle
qu’attribue l’exercice
audacieux de la
créativité. La seule
répétition fort adroite
de méthodes, de
savoir-faire appris,
créés par d’autres, ne
saurait générer le
mérite. C’est toute la
différence entre
l’original et la copie,
entre le génie et la
routine. Le présent a
surtout besoin du second
mais l’Histoire ne
retient que le premier.
Elle impose à tous
l’exercice de la
créativité pour nourrir
le progrès, elle exige
de l’homme qu’il se
surpasse pour
qu’ensemble ils sellent
une autre pierre du
bonheur collectif. C’est
l’exercice de sa propre
créativité qui détermine
pour chacun, la place
qu’il occupe dans la
sphère sociétale. C’est
la capacité de l’homme à
exercer de façon
productive sa créativité
qui le placera dans un
groupe ou dans un autre.
C’est sa création qui le
fera reconnaître par la
communauté. C’est
l’exercice productif de
la créativité qui
représente l’essentiel
de l’homme, en ce que
c’est cette fonction qui
détermine sa place à
l’intérieur du groupe.
Affirmons aussi que sa
tache sera d’autant plus
aisée qu’il aura accepté
de se former à la
production des autres et
qu’il aura fait preuve
d’audace, d’une
propension certaine à
côtoyer le risque, quel
que soit son domaine de
prédilection.
La stratification des
sociétés d’hier et
d’aujourd’hui a toujours
procédé de
l’appréciation de ce
fondamental de l’homme
et celle de demain
s’exhaussera sur les
mêmes fondations. C’est
dans cette direction
qu’il faut tenter
d’inventer le système et
l’idéologie qui se
mesureront au
capitalisme et au
libéralisme. C’est à
l’intérieur de ce
chapitre que le
philosophe se doit
d’investiguer car à cet
endroit se meut le
moteur de l’Histoire
toujours en
responsabilité du
bonheur de l’homme.