Après
le bébés éprouvette, le bébé médicament voici le
bébé-élection. La maîtrise du processus de fécondité
permet de programmer les naissances en fonction de
nécessités externes au processus de la grossesse.
Cette maîtrise peut servir des fins politiques.
La
dernière élection présidentielle a été l'occasion
pour les agences de communication de tester avec
succès une technique venue des Etas-Unis le "storytelling",
en bon français la communication narrative. Le
procédé en politique consiste à introduire dans la
présentation du candidat une histoire à fort niveau
de séduction qui s'adressera, principalement pour ne
pas dire uniquement, à l'émotion et surtout pas à la
raison. Les conseillers en communication du
politicien ( les spin doctors) sont donc des
machines à fabriquer des histoires toujours
réinventées pour formater les esprits et ainsi les
détourner du débat politique au risque de vider de
sens toute consultation démocratique.
Il y a
cinq ans nous avons eu droit à l'histoire de la
famille moderne recomposée unie par l'amour
autour de Cécilia. L'imposture a volé en éclats le
jour même de l'élection puisque la parfaite épouse
n'était pas allée voter pour son mari et demandait
le divorce quelques semaines plus tard pour
rejoindre l'amant de son cœur, qui patientait le
temps de la campagne.. Qu'à cela ne tienne! Les
spin doctors, jamais en retard d'une histoire,
en inventèrent, une autre au moment du vote du
bouclier fiscal : celle du mannequin poussant la
chansonnette qui épouse le Président, variante à
peine édulcorée de la bergère et du prince charmant.
La bergère s'est-elle révélée volage? Une certaine
presse le prétend. Qu'importe, cette histoire est
usée, il en faut une autre. Celle du père apaisé
pour faire oublier les impairs de l'agité.
L'histoire à raconter étant trouvée reste à fixer
"le timing" du "plan com". Un journal populaire ( Le
Parisien, une radio non moins populaire ( RTL), un
Journal Télévisé de la France profonde, celle de
l'anisette ( JP Pernault) devaient avoir la primeur
de l'info. Las! Ben Laden et DSK ont tout foutu par
terre. Le début de la narration de l'histoire ne
pouvait être parasitée par d'autres évènements.
C'est donc le beau-père de la future maman qui
a lâché le morceau dans la presse allemande!
L'éclatement de la bulle DSK est intervenue trop
vite, trop tôt disent les spécialistes chargés de la
communication du candidat. C'eut été mieux à la
veille du scrutin ou alors au pire après la
désignation officielle de l'adversaire par le
primaires. "Ah! le bonheur d'opposer l'image
rassurante du bon père de famille à celle d'un
violeur présumée de femme de ménage". La sexualité
apaisée d'un ex(?)agité face à l'hybris ( démesure)
libidinale et maladive d'un faux calme.
Le
début de l'histoire est un peu ratée mais rien n'est
perdu. Les médias sont invités, avec toute la
complaisance dont ils savent faire preuve, à se
lancer sans retenue dans le suivi de la grossesse.
La future mère, ex-mannequin, a-telle des nausées?
Est -elle fatiguée? N'est-elle pas radieuse? Quelle
sera la marque des couches culottes utilisées,
D'abord, soucieuse de l'environnement
utilisera-t-elle des couches culottes? Le futur papa
est-il attentionné? N'est-il pas transformé?
N'est-ce pas un autre homme? [ ça c'est bon coco
s'il veut être réélu, il faut changer l'image,
changer l'image.., sinon c'est foutu...]
On nous
avait déjà rabâché la formule gavée de cynisme selon
laquelle "Les promesses électorales n'engagent que
eux qui les écoutent", maintenant il n'est même plus
question de politique, encore moins de programme. Il
faut raconter des histoires glamour, des histoires
pour endormir les gens, quitte à instrumentaliser la
vie, la vie des autres bien sûr . Ne pas parler des
questions qui fâchent comme la pauvreté qui ne cesse
de s'étendre, les inégalités qui se creusent, le
chômage qui grimpe, la misère qui ronge. De la
politique de lutte contre la misère à la misère de
la politique, pauvre pays.
R.S.
Fort-de-France le 18 mai 2011