Un coup de
gueule qui coûte cher!
La situation n'était pas
brillante mais d'un étiage de 19% d'intention de
votes en septembre 2009 on arrivait fin novembre
à 32% d'intention de votes en faveur du oui.
Dans le même temps le Non s'étiolait doucement
en passant de 53% à 49%. La progression du oui
était lente mais continue. C'est cet élan qui
semble aujourd'hui brisé. Le dernier sondage LH2
dom enregistre un score de 28 % pour le Oui soit
une baisse en valeur absolue de 4
points de % ou de 12.5% en valeur relative.
Cette baisse ne profite pas au camp
du non qui stagne à 49%, incapable qu'il est lui
aussi de faire campagne sur un projet, mais
profite intégralement, si l'on peut dire aux
indécis.. comme le suggère
Rudy Rabathaly dans France-Antilles du 15-12-09 c'est
très certainement le coup de gueule de M. Alfred
Marie-Jeanne contre un professeur qui lui posait
sereinement la question : "Pourquoi ne
pouvez-vous pas rencontrer M; Letchimy pour
trouver une solution à la reconstruction du
lycée Schoelcher" qui a brisé ( momentanément?)
la dynamique du oui. La violence exacerbée et
les incivilités d'Alfred Marie-Jeanne avaient
été confirmées le lendemain soir dans un meeting
au Robert. A ce moment il s'en était de nouveau
pris à ce professeur "venu d'ailleurs" et il se
glorifiait en créole de l'avoir "envoyé
chier et de l'avoir "renvoyé la queue entre les
jambes". La vulgarité et l'excès du propos en
ont choqué plus d'un. Ces actes de
violence ont été commis pendant la semaine de
lutte contre les violences, et les pédagogues
n'ont pas manqué de souligner l'exemple négatif
d'un tel comportement vis à vis des jeunes dont
ils ont l'éducation en charge. Les élèves
eux-mêmes avaient été scandalisés.
Ce qui avait surtout choqué
au-delà de la grossièreté c'étaient aussi les
connotations xénophobes, l'insistance sur les
"venus d'ailleurs". Un psychanalyste
s'interrogera sans doute sur la personnalité
d'un homme qui renie ostensiblement sa propre
part "venue d'ailleurs". On connait la phrase de
Lacan : " Ce qui perdure comme perte pure à ce
qui parie du père au pire...". Ce qui retient
l'attention ici c'est la recherche de complicité
avec des militants prêts à décoder les demi-mots
du leader sur des thématiques pour le moins
sulfureuses. Un peu comme Jean-Marie Le Pen. Le
chef montre la voie, les sous-fifres s'y
engagent sans nuance, comme l'a montré un élu de
troisième rang au Conseil Régional le 14
décembre 2009. Les élèves étaient de nouveau
"montés à La Région", comme ils disent pour faire
valoir leurs revendications à savoir : le
maintien de la communauté du lycée Schoelcher la création d'un lycée de transit sur
la zone de l'ancien hôpital civil en attendant
que les politiciens se mettent d'accord sur la
reconstruction des bâtiments. Ils sont arrivés
en chantant mais ont vite déchanté. Daniel
Marie Sainte avait convoqué par courrier
électronique les gros bras du Mim et de ses
alliés pour " défendre le Conseil Régional".
Et les gros bras étaient là. Remontés à souhait. Certains d'entre
eux se sont mis à invectiver les élèves qui se
sont vus signifier les propos xénophobes et
racistes suivants : " Les Martiniquais ne
devrait pas se faire manipuler par des
professeurs blancs." ( France-Antilles
15-12-09 p. 4). "Les élèves ont manipulés par
des blancs mal coiffés et qui sentent.." (RCI
même jour). " Ces petits négrillons qui se
laissent conduire par trois blancs" etc.
Deux choses
retiennent dans ce discours : la
manipulation et le racisme. La
thématique de la manipulation
d'élèves est presque aussi
vieille que l'école, mais c'est
bien mal connaître celle-ci que
de s'imaginer qu'il suffit de
dire aux élèves "Descendez dans
la rue" pour qu'ils le fassent!
Il faut avoir quitter l'école il
y a bien longtemps pour croire
qu'ils obéissent ainsi au doigt
et à l'œil. La socialisation
scolaire est depuis longtemps
concurrencée par d'autres
socialisations. Par celle des
parents en premier lieu qui est
toujours largement dominante,
puis par celle des pairs et
celle des médias qui n'est pas
la moindre. Il y a surtout une
sacrée dose de mépris que
de s'adresser à un jeune et de
lui dire : " tu es manipulé".
C'est nier sa capacité de
réflexion, son intelligence et
le faire demeurer indéfiniment
dans le statut d'"infans",
c'est-à-dire
étymologiquement de celui qui
n'a pas droit à la parole. Le
racisme, celui des "odeurs",
c'est-à dire ceux qu'on ne peux
pas sentir, à été actualisé il y
a quelques années de cela par un
ancien Président de la
République. Le Conseiller
Régional martiniquais qui a usé
de cette formule ne fait que
dire tout haut ce que le Chef
incite à dire quand il
stigmatise les "non-natifs-natals". Les élèves
indignés sont allés dés le
lendemain à la rencontre des
professeurs en leur demandant de
porter plainte!
Quoi qu'il
en soit la sanction risque de
venir là encore de l'électorat.
auquel cas il faudrait bien se
résoudre à constater que le
principal obstacle à la percée,
à la victoire du oui réside dans
la personnalité même du chef de
camp des soixante-quatorzistes!
Ce que nombre de Martiniquais
formulent en disant que tout en
étant d'accord en théorie avec
le passage à l'article 74,
l'état d'irresponsabilité de la
classe politique martiniquaise,
à l'image de la classe politique
française dont elle est sinon
l'émanation tout au moins le
reflet, ils ne peuvent en l'état
actuel des choses que dire non
le 10 janvier. On aura beau leur
expliquer que la classe
politique peut changer, que son
irresponsabilité n'est qu'un
épiphénomène, et que le choix
institutionnel doit dépasser cet
immédiat, ce factuel il y a de
grandes chances qu'ils restent
sourds à ce type d'arguments. La
personnalité d'AMJ, le mode de
commandement dont il use et
abuse, les
inquiétudes qu'il génère quant à
la réalité de son ancrage
démocratique, l'insécurité
psychologique qu'il entretient
autour de ses foucades autoritaristes, sa
conception personnelle du
pouvoir, attisent les craintes à
la veille d'une consultation
importante pour l'avenir du
pays. On aurait aimé que les
partisans du oui aient une
attitude du genre "force
tranquille", une attitude qui rassure la
population au lieu de laisser
poindre la menace d'un
aventurisme politique. On
n'invite pas la population à un
changement en créant autour
d'elle un climat d'insécurité. Les
soixante-treizistes n'ont même
pas à faire campagne : ils leur
suffit de laisser leurs
adversaires sur le devant de la
scène discréditer la cause pour
laquelle ils prétendent
s'engager.
Si le débat
autour de la survie du Lycée Schoelcher
parasite la campagne
sur le changement
institutionnel, il faut que nos
politiques soient de bien
piètres stratèges pour s'être
laissés enfermer dans une telle
nasse.
Roland Sabra le 15/12/09