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FORT-DE-FRANCE

Fort-de-France : des dizaines de milliers de Martiniquais disent adieu à Césaire

 
 

Le cortège transportant la dépouille mortelle du poète a traversé la capitale martiniquaise jusqu'au stade de Dillon où auront lieu dimanche ses obsèques nationales. Le transfert, qui ne devait prendre que trois heures, a duré jusqu'à la tombée de la nuit en raison de la foule.

Aimé Césaire (Sipa)

Aimé Césaire (Sipa)

Des dizaines de milliers de Martiniquais ont dit adieu, vendredi 18 avril dans une ambiance chaleureuse, au poète Aimé Césaire, dont la dépouille mortelle a été acheminée à travers Fort-de-France jusqu'au stade de Dillon où doivent avoir lieu dimanche ses obsèques nationales.
Parti en milieu d'après-midi de la maison familiale des Césaire, le cortège était attendu dans la soirée à Dillon, dans le sud de la ville dont Aimé Césaire, décédé jeudi à 94 ans, a été le maire pendant 56 ans. Le transfert, qui devait initialement durer trois heures, s'est prolongé jusqu'à la tombée de la nuit, en raison de la densité de la foule massée le long du parcours.
Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète.
Des inscriptions "Merci Papa Aimé" ou "Merci Césaire", avaient été tracées à la peinture sur les trottoirs et des portraits du poète collés aux murs.

Personnalité symbolique

Dès le départ du cortège, une foule ininterrompue s'est massée le long des rues et des avenues, pour saluer celui qui fut la personnalité symbolique et le principal représentant politique de l'île pendant plus d'un demi-siècle.
Accompagné de nombreux militants du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) vêtus de blanc, le cortège a traversé plusieurs quartiers populaires, comme Trénelle ou Texaco, qu'il avait contribué à créer et à assainir.
Des arrêts plus politiques avaient également été programmés, au siège du PPM, qu'il a crée en 1958, où devant l'ancien Hôtel de Ville, où Aimé Césaire avait toujours son bureau.
Les grands axes de l'itinéraire avaient en effet été choisis pour leur relation avec son oeuvre et son combat pour l'émancipation des peuples et la justice, l'Avenue Jean Jaurès, la Rue Emile Zola ou l'Avenue Nelson Mandela.

"Papa Aimé, tu voyageras toujours avec nous"


A l'étape de l'Hôtel de Ville, l'ex-candidate PS à l'Elysée, Ségolène Royal, arrivée en fin d'après-midi, s'est entretenu avec le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, et Pierre Aliker, l'un des plus proches compagnons de Césaire, aujourd'hui âgé de 101 ans.
Ailleurs, des billets épinglés aux arbres témoignaient de l'émotion des Martiniquais : "Merci d'avoir contribué à l'émancipation du peuple noir", "Papa Aimé, tu voyageras toujours avec nous".
Après une veillée familiale jeudi soir, une veille, à laquelle la population est conviée, doit se tenir jusqu'à dimanche matin au stade de Dillon, avant les obsèques nationales, dimanche après-midi, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy et de nombreuses personnalités.
Une importante délégation du Parti Socialiste conduite par François Hollande était notamment attendue à Fort-de-France, avec les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Lionel Jospin.

Au Panthéon ?

Un hommage de la Nation extrêmement rare pour un écrivain, qui n'a été rendu depuis le XIXè siècle qu'à Victor Hugo, Paul Valéry (1945) et Colette (1954).
"La volonté du président de la République est que le format et le style de l'hommage répondent aux souhaits de la famille, avec la conscience qu'Aimé Césaire aurait voulu quelque chose d'extrêmement simple", a indiqué vendredi le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, arrivé jeudi en Martinique.
Interrogé sur le souhait évoqué par plusieurs responsables politiques d'un transfert de la dépouille du poète au Panthéon, il a estimé que l'idée ne correspondait "pas du tout aux souhaits de la famille et des Martiniquais".

NOUVELOBS.COM | 19.04.2008 | 09:31

Aimé Cesaire, père et maire de la patrie

Reportage à Fort de France, petite ville d’à peine 110.000 habitants, fière autant que meurtrie.
Correspondance à Fort de France, Sabine Albertini.
LIBERATION.FR : samedi 19 avril 2008
Au siège du Parti progressiste martiniquais les militants, des sympathisants se rassemblent depuis les premières heures. Ils y resteront la journée, la nuit. On évoque souvenirs personnels, on apprivoise le mythe dans les contours de l’intimité, on rappelle ici ou là quelques déterminations politiques indestructibles . Tout au deuil sacré, nul ne se risquera en public à évoquer un « après » Césaire.
En boucle, une mélopée tranquille : des poèmes de Césaire, mis en musique, au-dessus d’un calme brouhaha d’émotion. Une réunion de famille en l’honneur d ’un père commun, du père primordial. 

Depuis quelques jours déjà, la bâtisse accrochée à un morne, un de ces vallonnements qui enserrent la ville, soigne sa mise. Les vert-rouge-noir, couleurs du parti progressiste claquent de frais.

Au dessus , dans Trenelle, l’un de ces quartiers que les touristes au mieux apercevront d’une voie rapide qui contourne la ville  par les hauteurs, quartier pauvre parmi les pauvres, on parle peu. Pas davantage à Volga plage, coincée entre cimenterie et constructions navales, bastion césairiste s’il en est. Les plus anciens, ceux qui ont partagé la volonté têtue de lutte et de  résistance, qui ont gagné mètre par mètre sur la mangrove, la friche, la décharge, le lopin où poser les premiers abris de fibrociment rafistolés de  tôle, ceux-là,  pudiques à l’extrême, ne vont pas larmoyer en public. Trop émus.

C’est la génération des 60 ans, celle qui se savait déjà soutenue sans restriction par Césaire, qui montrera les patientes réalisations, les preuves de la conquête d’une identité. Le premier signe patent de la reconnaissance que gagneront  ces habitants précaires, descendus du  cœur montagneux des mornes de Martinique,des « communes » du nord ou du sud, que les crises sucrières chassent vers la ville, fut  d’avoir une adresse. On vous racontera que Césaire venait- à pied- à Volga, à Texaco, dans les autres quartiers déshérités, ... affirmer une protection officielle et l’autorité du  maire pour  empêcher les démolitions violentes que décrit Chamoiseau dans  Texaco,  et toujours exhorter à la vie solidaire.

Au centre, en travers de la rue de la République la communauté syrienne forte de ses bazars et commerces de tissus a déployé  une banderole sombre en hommage à Césaire, maire 12 fois élu. Non loin du marché, la librairie Alexandre où Aimé Césaire à chaque sortie d’un de ses livres se pliait avec affabilité et simplicité aux séances de signature a connu une affluence soutenue. La plupart des gens venus aujourd’hui connaissaient déjà bien l’œuvre de Césaire. C’est pour la famille, au loin, en métropole qu’ils ont acheter un exemplaire du «cahier» .

Sur la place de l’église des Terres-Sainville, qui, se peuplèrent au lendemain de l’éruption de la Pelée, en 1902 de nombreux rescapés de St Pierre, l’ancestrale  capitale ravagée, c’est la communauté haïtienne qui tient veillée. Dans la cour  paisible de l’ancien Palais de Justice, les artistes préparent une longue nuit de chant , de tambours, de poésie pour célébrer le Sermac, la plus « césairienne » des réalisations de son administration qui ouvrit à tous les portes de la culture nègre, créole, universelle. 

Le long chemin qui conduit la dépouille , n’oubliera personne. Il s’arrêtera devant  le « Bienvenue à Volga Plage » inscrit en grosses fleurs de ciment sur la levée qui retient les eaux de la rivière Monsieur, traître en temps de grosses pluies, la pelouse fraîche autour des  pieds qui le borde, devant  l’ancien bidonville qui  en hommage à Papa Césaire et à lui-même veut se faire beau ?

Aimé cesaire est mort « au bout du petit matin »(1) long de 94 années qui lèguent à une nation orpheline une bien lourde exigence d’espoir.  «  Bouche de ceux qui n’ont pas de bouche » (1),  il avait en plaisantant évoqué l’épitaphe qu’il aurait souhaité : « ci-gît celui qui ne rêva que d’une seule chose, d’être un Homme et un bon Martiniquais »

Dans une société qui accorde toute sa  force aux signes, ceux de la nature, du temps qui passe et  du temps qu’il fait, le premier jour d’après Césaire s’est achevé sur  un double arc en ciel descendu du morne pour s’ancrer à la pente incertaine de  Texaco.

1) Cahier d’un retour au pays natal


http://www.liberation.fr/culture/322103.FR.php
© Libération

 

L'adieu de dizaines de milliers de Martiniquais à Césaire

C'est dans une ambiance chaleureuse que la dépouille mortelle du poète a été acheminée à travers Fort-de-France jusqu'au stade de Dillon où doivent avoir lieu dimanche ses obsèques nationales.
AFP
LIBERATION.FR : samedi 19 avril 2008
Des dizaines de milliers de Martiniquais ont dit adieu vendredi dans une ambiance chaleureuse au poète Aimé Césaire, dont la dépouille mortelle a été acheminée à travers Fort-de-France jusqu'au stade de Dillon où doivent avoir lieu dimanche ses obsèques nationales.
Parti en milieu d'après-midi de la maison familiale des Césaire, le cortège était attendu dans la soirée à Dillon, dans le sud de la ville dont Aimé Césaire, décédé jeudi à 94 ans, a été le maire pendant 56 ans. Le transfert, qui devait initialement durer trois heures, s'est prolongé jusqu'à la tombée de la nuit, en raison de la densité de la foule massée le long du parcours.

Très émus, mais dans une ambiance sereine, souvent joyeuse, les habitants de Fort-de-France et des autres communes de l'île, tous âges confondus, ont applaudi le passage du fourgon transportant la dépouille de Césaire en chantant, en scandant son nom ou en brandissant des portraits du poète.

Des inscriptions "Merci Papa Aimé" ou "Merci Césaire", avaient été tracées à la peinture sur les trottoirs et des portraits du poète collés aux murs.

Dès le départ du cortège, une foule ininterrompue s'est massée le long des rues et des avenues, pour saluer celui qui fut la personnalité symbolique et le principal représentant politique de l'île pendant plus d'un demi-siècle.

Accompagné de nombreux militants du Parti Progressiste Martiniquais (PPM) vêtus de blanc, le cortège a traversé plusieurs quartiers populaires, comme Trénelle ou Texaco, qu'il avait contribué à créer et à assainir.

Des arrêts plus politiques avaient également été programmés, au siège du PPM, qu'il a crée en 1958, où devant l'ancien Hôtel de Ville, où Aimé Césaire avait toujours son bureau.

Les grands axes de l'itinéraire avaient en effet été choisis pour leur relation avec son oeuvre et son combat pour l'émancipation des peuples et la justice, l'Avenue Jean Jaurès, la Rue Emile Zola ou l'Avenue Nelson Mandela.

A l'étape de l'Hôtel de Ville, l'ex-candidate PS à l'Elysée, Ségolène Royal, arrivée en fin d'après-midi, s'est entretenu avec le maire de Fort-de-France, Serge Letchimy, et Pierre Aliker, l'un des plus proches compagnons de Césaire, aujourd'hui âgé de 101 ans.

Ailleurs, des billets épinglés aux arbres témoignaient de l'émotion des Martiniquais : "Merci d'avoir contribué à l'émancipation du peuple noir", "Papa Aimé, tu voyageras toujours avec nous".

Après une veillée familiale jeudi soir, une veille à laquelle la population est conviée devait durer de vendredi soir à dimanche matin au stade de Dillon, avant les obsèques nationales, dimanche après-midi, en présence du président de la République Nicolas Sarkozy et de nombreuses personnalités.

Un hommage de la Nation extrêmement rare pour un écrivain, qui n'a été rendu depuis le XIXè siècle qu'à Victor Hugo, Paul Valéry (1945) et Colette (1954).

"La volonté du président de la République est que le format et le style de l'hommage répondent aux souhaits de la famille, avec la conscience qu'Aimé Césaire aurait voulu quelque chose d'extrêmement simple", a indiqué vendredi à l'AFP le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, arrivé jeudi en Martinique.

Interrogé sur le souhait évoqué par plusieurs responsables politiques d'un transfert de la dépouille du poète au Panthéon, il a estimé que l'idée ne correspondait "pas du tout aux souhaits de la famille et des Martiniquais".

Une importante délégation du Parti Socialiste conduite par François Hollande était notamment attendue à Fort-de-France, avec les anciens Premiers ministres Pierre Mauroy, Laurent Fabius et Lionel Jospin.


http://www.liberation.fr/culture/322107.FR.php
© Libération