
Modérateur : Karl SIVATTE, journaliste
Quand on évoque la question de la musique
moderne et de sa fonction dans la société créole
antillaise, il est évident que les approches
divergent d’autant que la musique n’est toujours
pas considérée comme élément culturel et
économique déterminant. Comme tout ce qui
constitue l’identité culturelle et
l’appartenance au monde caribéen et
panaméricain, la musique et spécifiquement le
zouk,
est reléguée au plan de l’insignifiance. Musique
le plus récemment créée, donc moderne, le zouk
subit les mêmes rejets qu’ont subis en leur
temps la musique et la danse traditionnelles, le
conte ou la figure du nègre marron.
L’opinion publique refuse de croire que cette
expression culturelle moderne peut, dans un
premier temps, amplifier et consolider
l’identité culturelle. Dans un deuxième temps,
qu’elle est émettrice de valeurs montrant au
reste du monde les potentialités peu exploitées
et l’ingéniosité culturelle et artistique
relativement reconnue des peuples de la Caraïbe.
En matière musicale, c’est par le zouk que,
durant les dernières décennies nous avons fait
relation avec les mondes américains, européens,
africains et asiatiques. Cela dit, le zouk n’est
pas une voie inédite. Bien au contraire, il
s’agit là d’une adaptation nouvelle, heureuse,
productive et créatrice de ce que savaient faire
les aînés dans les fameux bals des casinos
parisiens par exemple. Ainsi, s’agit-il en somme
de la continuation d’une tradition bien ancrée
dans les consciences et dans l’inconscient
collectif. Les agents du zouk ont su démontrer
une grande capacité progressiste et combinatoire
d’alliance signifiante entre l’ancien et le
nouveau pour l’équilibre et l’identification
culturelle. En nous reposant principalement sur
les matières littéraires et orales, nous
démontrerons comment le zouk s’inscrit dans la
continuité d’une tradition ancrée et qu’ainsi,
bien que produit postmoderne, il est
syllogistiquement un produit traditionnel.
Jean-Georges CHALI est maître de Conférences en
Littérature comparée à l’Université des Antilles
et de la Guyane en Martinique. Il est diplômé de
l’université Paris Sorbonne (Paris IV), a été
successivement Directeur du Département des
Lettres Modernes, Directeur du CERALEC (Centre
de Recherches et d’Etudes en Langues et
Littératures Comparées), Directeur de
publication des Cahiers du CERALEC et de la
Revue Carilang et Doyen de la Faculté des
Lettres de 2000 à 2005. Il est l’auteur de
nombreux articles sur les contes créoles et
caribéens ainsi que sur la littérature
américano-caraïbe et panaméricaine. En 2006, il
a publié Vincent Placoly : conteur ou la
projection esthétique d’un écrivain panaméricain
et Le rapport à l’oeuvre avec Dominique Berthet.