À propos de « Love », et de l’extrême droite

censure

love— Par Maurice Ulrich —
L’interdiction aux moins de 18 ans du film de Gaspar Noé, au-delà des questions de la représentation 
du sexe et de l’amour au cinéma, est bien une question politique et idéologique.

Le 31 juillet dernier, le tribunal administratif de Paris prenait la décision d’interdire aux moins de 18 ans le film de Gaspar Noé Love. La ministre de la Culture a introduit un recours devant le Conseil d’État pour faire annuler cette décision assez surprenante. Car on peut en premier lieu s’étonner d’une décision de justice accédant aussi facilement à la requête d’une seule association, Promouvoir, et de son avocat et cofondateur, André Bonnet, ancien responsable du MNR de Bruno Mégret dans le Vaucluse et se définissant lui-même, en jouant lourdement sur les mots, comme un « avocat d’extrême droiture ». Promouvoir a déjà mené campagne contre les films Baise-moi de Virginie Despentes, Ken Park de Larry Clark, Nymphomaniac de Lars von Trier, mais aussi la Fnac d’Avignon au motif qu’elle diffusait des BD pornographiques. C’est aussi à Avignon que des intégristes s’en étaient pris en 2011 à une photo de l’artiste Andres Serrano, Immersion (Piss Christ). Il ne s’agit donc pas ici de juger de la qualité du film de Gaspar Noé. On se contentera d’indiquer que sans doute le réalisateur a tenté d’évoquer, d’une façon à la fois crue et minimaliste, une histoire d’amour dans toute sa réalité, y compris physique. Quand la pornographie, la vraie, qui ne se limite pas au sexe, est partout, la tentative est louable. Plus largement, la question posée par ce nouvel épisode est peut-être celle-ci. Pourquoi retrouve-t-on toujours dans ces sortes « d’affaires » l’extrême droite ou la droite de la droite ? Dans quel bouillon de culture idéologique mijotent ces fausses indignations morales qui se recoupent à l’évidence avec les thèmes de la Manif pour tous, ou encore les batailles judiciaires contre certaines expositions comme « Présumés innocents » à Bordeaux, qui évoquait la sexualité infantile, etc.

Le corps fantasmé de l’identité de la race

La pensée de l’extrême droite, dans toutes ses versions, dont le fascisme, s’est fondée largement sur une conception du corps. Non pas le corps réel, mais le corps fantasmé de la race, de l’identité, de la souche, du sang. Il est menacé de corruption par l’autre, l’étranger. Il doit, pour rester ce qu’il est, se perpétuer dans la normalité absolue. Le mariage, c’est un homme et une femme. Un enfant, c’est un papa et une maman. Les enfants (jusqu’à 18 ans) sont innocents et doivent être protégés contre la corruption et les tentations du sexe. Ceci, bien sûr, en toute hypocrisie…

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